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La famille Fugger, selon William Sterling  (en reprise)

Source: CIFUNDS.COM

La famille Fugger
selon William Sterling (septembre 2005)

« Divisez votre fortune en quatre parties égales : actions, placements immobiliers, obligations et monnaies d'or. Soyez prêt(e) à en perdre la plupart du temps sur au moins une de ces parties. Pendant les périodes d'inflation, vous devez vous attendre à subir des pertes au niveau des obligations et des gains à partir des placements immobiliers et des monnaies d'or. Les périodes de déflation entraînent des pertes pour les placements immobiliers et des gains pour les obligations, alors que les placements boursiers enregistrent des résultats variés pendant ces deux phases économiques. Lorsque les écarts de rendements représentent un déséquilibre important, il vous est conseillé d'effectuer un rééquilibrage afin de rétablir l'égalité entre les quatre parties de votre fortune ».

Jacob Fugger, le Riche (1459-1525)

La célèbre famille des princes Fugger d'Allemagne joua un rôle de première importance dans le domaine du commerce. La fortune de la famille se bâtit grâce à l'industrieux Hans Fugger qui, en 1367, s'installa à Augsbourg comme tisserand. Les descendants de cette famille se sont enrichis davantage en devenant de grands banquiers et commerçants. Le plus important membre de la famille fut Jacob Fugger II, qui porta aussi le nom de « Jacob le Riche ». Celui-ci exerça un monopole sur les champs aurifères, principalement par l’exploitation et le commerce de l’argent, du cuivre et du mercure. Ces efforts ont conduit à la mise sur pied d'un vaste réseau de flottes marchandes, d’immeubles et de palais à travers l'Europe. Au cours de cette époque, Jacob a contribué à la naissance d’une succession d’hommes politiques, il a établi certains droits souverains en matière de territoires familiaux et il a même introduit sa propre devise. Les Fugger formèrent la plus riche famille de l’Europe et ce, en bonne partie grâce à Jacob. Cette famille a contribué généreusement au développement des arts et de l'enseignement.

La citation à l'entête de cet article révèle que Jacob Fugger aurait pu être considéré comme étant le père de la répartition de l'actif, l'un des fondements de la Théorie moderne du portefeuille. Il était clairement conscient de l'incertitude des tendances économiques et de l'importance de la diversification comme élément fondamental dans la constitution et la préservation du patrimoine. À notre connaissance, il était aussi le premier à témoigner de l'importance de la répartition stratégique de l’actif et de l’avantage des rééquilibrages de portefeuille périodiques, en tant que principes fondamentaux de la gestion du patrimoine.

Jacob Fugger basa sa discipline de répartition stratégique sur la simplicité : Il divisa son patrimoine en quatre parties égales, deux d’entre elles dans les biens financiers et les deux autres dans les actifs réels (les biens immobiliers et l’or). L’attention qu’il accorda au suivi des écarts de rendement et au rééquilibrage périodique de son patrimoine lui a évidemment porté des fruits et a servi de modèle à d’autres gestionnaires de patrimoine pendant plusieurs générations.

Pas tous les membres de la famille Fugger ont réussi à s'enrichir comme Jacob. Sous le règne de Raimund et d’Anton Fugger, la famille a atteint l'apogée de son pouvoir et de sa fortune au 16e siècle lorsqu’elle finança les guerres déclenchées par l'Empire des Habsbourg. Contrairement aux principes efficaces de la répartition de l’actif, la famille des Habsbourg a fini par mettre trop d'œufs dans le même panier. Le déclin subséquent de la famille Fugger rappelle celui des Habsbourg. Malheureusement, très peu de cette fabuleuse richesse circule de nos jours.

Sens commun/Discipline exceptionnelle

Y a-t-il des choses que les investisseurs de notre temps peuvent apprendre de Jacob Fugger? Effectivement, son approche de partager ses actifs entre plusieurs catégories semble se baser uniquement sur le sens commun. De plus, l'ancien dicton « ne mettez pas tous vos œufs dans le même panier » se disait sûrement avant Jacob le Riche.

Si son approche était basée sur le sens commun, il devait également suivre une discipline exceptionnelle afin de pouvoir la mettre en pratique. Son conseil « Soyez prêt(e) à en perdre la plupart du temps sur au moins une de ces parties » sous-entend la nécessité d'avoir des nerfs d'acier alors que la plupart des investisseurs sont loin d'en être là. Et son conseil de rééquilibrer tout portefeuille « lorsque les écarts de rendements représentent un déséquilibre important » est évidemment beaucoup plus facile à dire qu'à faire. C'est presque toujours le cas puisque cette démarche exige de vendre les placements détenus dans la catégorie dont les résultats les plus récents sont exemplaires et de réinvestir ces gains dans une autre catégorie moins profitable.

La plupart des conseillers financiers confirment que, du point de vue émotionnel, la majorité des investisseurs trouvent cette démarche très difficile à suivre. Les données récentes sur les achats et rachats effectués par les fonds communs de placement canadiens attestent de la vérité de cette remarque. Après quelques années d'euphorie collective sur les marchés boursiers, les actions américaines et étrangères sont devenues les catégories de fonds qui comptaient le plus de placements en 2000 — tel que le confirme le Tableau 1. Ces deux catégories ont enregistré des rendements négatifs au cours des cinq années subséquentes. Par contraste, les catégories de fonds les moins populaires en 2000 se composaient d’actions canadiennes, de titres de revenu et de placements équilibrés. Ces catégories ont enregistré des rendements positifs au cours des cinq années subséquentes. Pendant le premier semestre de 2005, les catégories qui ont enregistré le plus de ventes nettes se composaient de titres de revenu et de placements équilibrés.


Tableau 1 : Les catégories de fonds les plus populaires en 2000 ont enregistré subséquemment des rendements décevants. La popularité actuelle des fonds de revenu s’avère-t-elle positive pour les rendements futurs?

En d'autres termes, au lieu de vendre les placements à rendement élevé afin d'ajouter des fonds aux catégories d'actif qui ralentissent le marché, les investisseurs, dans l'ensemble, agissent carrément dans le sens inverse. Voilà pourquoi la stratégie de rééquilibrage suivie par Jacob le Riche exige une discipline exceptionnelle — elle oblige l'investisseur à aller à contre-courant et de résister à toute réaction instinctive de poursuivre des rendements élevés.

La poursuite de rendements supérieurs entraîne de nombreux pièges

Certaines données publiées par l'Institut des fonds d'investissement du Canada (IFIC) et Morningstar Canada confirment que les investisseurs ne réalisent aucun profit supplémentaire lorsqu'ils tentent de dégager des rendements supérieurs. Le Tableau 2 souligne les flux de trésoreries nettes par catégorie de fonds communs de placement entre 1998 et 2004, ainsi que les rendements correspondants pour chacune de ces années. Les conclusions tirées de ces données sont sans équivoque :

  • Toute catégorie de fonds ayant enregistré des rendements exemplaires au cours d'une année spécifique n'a jamais succédé à une année où les rentrées de nouveaux fonds s'avéraient à leur niveau le plus élevé.
  • Les investisseurs qui choisissent d'investir chaque année dans la catégorie de fonds qui était la moins populaire au courant de l'année précédente réalisent un rendement cumulatif positif de 18 %.
  • Les investisseurs qui choisissent d'investir chaque année dans la catégorie de fonds qui était la plus populaire au courant de l'année précédente réalisent un rendement cumulatif négatif de 13 %.

Est-ce que la tendance de ces quelques dernières années est tout simplement le résultat d'un coup de chance? Afin de mettre cette théorie à l'essai, nous avons étudié le rendement global enregistré par les obligations canadiennes et les actions canadiennes et mondiales au cours des 25 dernières années. Ensuite, nous nous sommes posé une question très simple : Quel rendement aurait été enregistré par un portefeuille dont l’objectif était de « cibler des résultats supérieurs » en investissant chaque trimestre dans les catégories d’actif ayant obtenu le meilleur résultat au cours des cinq dernières années?

Selon le Graphique 1, 10 000 $ investis dans le cadre de cette stratégie, depuis le début de 1980 jusqu’à la fin de 2004, aurait atteint un solde de 71 000 $. Cet exemple ne tient pas compte de l’imposition et des frais de transactions associés aux transferts effectués entre les différentes catégories. La première hypothèse pourrait convenir à ceux qui investissent dans des comptes RER, mais la deuxième semble vouloir embellir la stratégie un peu trop.


Tableau 2 : Ce tableau souligne le rendement annuel d’une catégorie de fonds, ainsi que les ventes de cette même catégorie (exprimées en tant que pourcentage des ventes nettes totales de l’industrie pour l’année en question). Ce tableau illustre entre autres que la catégorie qui enregistre le plus de ventes pendant une année n’atteint jamais la position de catégorie la plus rentable au courant de l’année suivante.

Bien que la stratégie qui cible des résultats supérieurs ait réussi à obtenir d’excellents rendements pendant cette période — un cycle caractérisé généralement comme étant favorable pour les actifs financiers — les résultats enregistrés sont médiocres par comparaison avec les stratégies basées sur le principe « acheter et conserver ». Par exemple, 10 000 $ investis dans le marché boursier canadien selon une stratégie basée sur le principe « acheter et conserver » aurait atteint un solde de 103 000 $ vers la fin de 2004. Les obligations canadiennes et les actions mondiales auraient obtenu des résultats beaucoup plus élevés — le capital initial de 10 000 $ aurait monté à 169 000 $ et à 182 000 $ respectivement, pour cette même période.

Nous avons obtenu des résultats similaires pour des périodes historiques encore plus longues, ce qui nous mène à conclure que la stratégie qui cible des rendements supérieurs s’est souvent révélée être une stratégie perdante en raison de sa tendance « à acheter à la hausse et à vendre à la baisse ». Bien sur, il va de soi qu’il est plus probable qu'une catégorie d’actif ayant obtenu d’excellents résultats pendant cinq ans soit surévaluée et exceptionnellement populaire par comparaison avec une autre catégorie d’actif dont les rendements plus récents sont décevants.

À quelle fréquence les placements devraient-ils être rééquilibrés?

La nature humaine n'a pas changé beaucoup depuis le temps de Jacob le Riche, mais les technologies de l'information et les bases de données modernes permettent maintenant d’analyser plus facilement les avantages et désavantages liés aux différentes stratégies de rééquilibrage de portefeuille. Dr William Bernstein, un analyste de premier ordre qui suit la discipline de Fugger, a écrit de nombreux articles sur ce qu'il appelle « l'avantage du rééquilibrage ». Ses publications sont disponibles sur le site www.efficientfrontier.com.

Dr Bernstein a calculé des chiffres relatifs à de nombreuses stratégies liées au rééquilibrage de portefeuille, y compris les rééquilibrages périodique, mensuel, trimestriel et annuel. De plus, il a étudié ce qu'il appelle « le seuil du rééquilibrage ». Ce concept correspond exactement à la notion de Jacob Fugger par rapport au rééquilibrage des portefeuilles « lorsque les écarts de rendements représentent un déséquilibre important ». Les conclusions du Dr Bernstein à propos des rééquilibrages périodiques étaient un peu ambiguës. Bien que chaque type de rééquilibrage périodique semble ajouter de la valeur à l’ensemble des marchés, peu importe les échéances de placement, la question demeure toujours de savoir si le rééquilibrage devrait se faire sur une base mensuelle, trimestrielle ou annuelle pour être le plus efficace.

Il est fort intéressant de noter que l’ensemble des recherches du Dr Bernstein ont suggéré que le concept de Fugger à propos du « seuil du rééquilibrage » — c.-à-d. le concept de rééquilibrer un portefeuille seulement après qu'un déséquilibre ait été créé par les fluctuations du marché — n’était pas aussi efficace que la simple stratégie de rééquilibrer périodiquement, même si c'était mieux que ne pas rééquilibrer du tout. 


Graphique 1 : Les investisseurs qui auraient placé leur argent dans la catégorie d'actif ayant enregistré les meilleurs rendements au cours des cinq dernières années auraient obtenu de faibles rendements par comparaison à ceux qui suivent des stratégies cherchant à « acheter et conserver ».

Nous concluons que, pour la plupart des individus qui ne veulent pas se préoccuper des aspects ennuyeux associés aux rééquilibrages de portefeuille mensuels ou trimestriels, il suffit de rééquilibrer sur une base annuelle. Dans la mesure où le rééquilibrage exige d'établir des répartitions d'actif cibles — tel que le conseil Fugger « Divisez votre patrimoine en quatre parties égales » — un rééquilibrage de portefeuille suffit pour la plupart des investisseurs.

Quel investisseur peut se permettre de ne pas se préoccuper de la répartition de l'actif, de la diversification ou du rééquilibrage de son portefeuille? Harry Markowitz, l'inventeur de la théorie du portefeuille moderne, a identifié un tel groupe : les clairvoyants.

Quant au reste d'entre nous, nous pouvons trouver un certain réconfort dans le fait que même Jacob Fugger le Riche n'appartenait pas à ce groupe distinct. Il a, tout de même, réussi à atteindre un niveau de succès financier assez exceptionnel.

Avez-vous rééquilibré votre portefeuille dernièrement?

William Sterling
Directeur des placements
Trilogy Advisors, LLC

 
Pour consulter les chroniques précédentes "Opinions de William Sterling", 
 
30/04/2013 Sommet du 9 octobre 2007* Creux du 9 mars 2009**
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*Depuis le sommet du S&P500 le 9 octobre 2007**Depuis le creux du S&P500 le 9 mars 2009