La Finance comportementale ou la psychologie de l'investisseur
Les analystes sont d'ailleurs de plus en plus nombreux à admettre l'influence de facteurs irrationnels, comme l'excès de confiance, le mimétisme, les erreurs de perception, … sur la formation des cours de bourse. Autant 'd'irrationalités' qu'étudie la Finance comportementale. Recherche académique par Philippe de Brouwer
La Finance comportementale l’a bien compris, elle qui étudie les comportements d’investisseurs ‘sous influence’ dans l’espoir d’en tirer le meilleur parti possible, c.-à-d. pour une meilleure appréciation des risques et des opportunités.
Comme tous les investisseurs n’ont pas la même logique, les cours de bourse sont, en pratique, différents
de ceux que produirait, en théorie, un processus décisionnel ‘exact’. Que vous soyez investisseur ou analyste, voilà une réalité dont il vaut mieux tenir compte. Du moins si vous n’êtes pas friand de mauvaises surprises
L’ETRE HUMAIN EST ENCLIN A INTERPRETER LES SERIES
COMME DES TENDANCES ET A IMAGINER UN LIEN
CAUSAL ENTRE DES EVENEMENTS SUCCESSIFS
A l’instar de notre perception visuelle, nos choix et nos décisions
(y compris lorsqu’ils concernent des placements) peuvent être faussés par des erreurs cognitives. La littérature spécialisée
parle de biais ou d’anomalies de raisonnement ou de comportement, et distingue plusieurs sources. L’excès de confiance en est
une.
Demandez par exemple à quelquesuns de vos amis ou collègues s’ils appartiennent aux 50% de bons ou aux 50% de
mauvais conducteurs. Vous constaterez que
plus de 98% d’entre eux estiment faire partie de la première catégorie. Alors que l’on
pourrait s’attendre à ce que dans un groupe composé d’individus rationnels avec
une juste autoperception, la moitié d’entre
eux se considèrent comme de moins bons
conducteurs.
Cette anomalie de raisonnement est inhé-
rente à la culture et à l’histoire humaine.
L’excès de confiance et d’optimisme est
en effet à l’origine des guerres, mais aussi
des découvertes scientifiques et de l’activité économique. Le problème est que lorsqu’il s’agit d’investissements, cet excès
débouche trop souvent sur de mauvaises
décisions.
Autre exemple d’anomalie de raisonnement: l’heuristique bornée, qui consiste à
prendre des décisions un peu à la légère,
en prenant en considération un nombre insuffisant de critères. Il s’agit une fois de
plus d’un travers propre à la nature humaine. Il est en effet difficile d’analyser un problème quand il faut tenir compte de mille
et une données.
En règle générale, les investisseurs éprouvent une véritable aversion pour la perte,
et lorsque leurs décisions ne donnent pas
le résultat escompté, ils regrettent plus souvent ce qu’ils ont fait que ce qu’ils n’ont
pas fait.
Une autre anomalie de comportement, à savoir l’instinct
de troupeau. L’individu a tendance à adapter son comportement à celui des autres
individus. Ce qui n’est pas sans conséquences,
SOUS-REACTION ET SUR-REACTION.
si les données fondamentales se dégradent, les investisseurs auront tendance à minimiser
cette information, à ‘sous-réagir’
Ils refuseront de remettre leur choix en question, préférant jouer l’autruche. Souvent,
ils ne verront même pas les signaux de danger
Jusqu’au
jour où la bulle devient tellement grosse,
qu’elle éclate: quelques ‘donneurs de ton
vendent l’action, l’euphorie retombe, la tendance s’inverse (mean reverting) et, cette
fois, les investisseurs ‘sur-réagissent’ aux
mauvaises nouvelles.
Bref, dans le monde des investisseurs, les
choses ne se passent pas vraiment comme
les modèles classiques voudraient nous le
faire croire. Les investisseurs ne sont pas
(toujours) rationnels et les marchés ne sont
pas efficients (en ce sens que les cours ne
reflètent pas toujours exactement les informations disponibles). Est-ce à dire qu’il
ne faut plus investir en bourse ou qu’il faut
jouer à pile ou face? Non, mais l’investisseur doit prendre conscience des anomalies de raisonnement qui peuvent lui jouer
des tours et, surtout, en tenir compte. C’est
précisément ce que fait la Behavioral Finance ou Finance comportementale.