Dans les petits pots, la meilleure diversification
En dépit de la mondialisation de l’économie, l’investisseur peut encore aspirer à des gains appréciables lorsqu’il applique les règles de la diversification internationale à la gestion de son portefeuille. À la condition de le faire avec des titres de petites capitalisations. Quant aux grandes entreprises des pays développés et des économies en émergence, elles sont soumises à des marchés et des conditions d’affaires de plus en plus similaires, si bien que l’investisseur ne gagne plus grand-chose à diversifier son portefeuille avec ce genre de titres.
Depuis les premiers travaux de Grubel, Levy, Sarnat et Solnik au début des années 1970, de nombreuses études sont venues confirmer, jusqu’à la fin des années 1980 à tout le moins, les gains appréciables que réalisent les investisseurs lorsqu’ils s’adonnent à la diversification internationale de leur portefeuille d’actions. La science financière, à cette époque, admettait volontiers que ces gains sont le résultat d’un faible niveau de corrélation entre les marchés boursiers des différents pays. Autrement dit, les conditions et cycles économiques entre les divers pays étaient suffisamment distincts pour permettre de tirer un avantage substantiel de la diversification du portefeuille à l’échelle d’un continent, voire de la planète.
Mais voilà ! Le monde a beaucoup changé depuis 20 ans . Les barrières douanières et les obstacles au commerce international s’estompent peu à peu, et les économies nationales sont de mieux en mieux intégrées au système économique international, régulé par des organisations comme la Banque mondiale, le Fonds monétaire international et l’Organisation mondiale du commerce.
Dans un article qui a fait date en 1999 ("Can the Gains from International Diversification Be Achieved without Trading Abroad?", 1999), Errunza, Hogan et Hung montrent que les gains tirés de la diversification internationale ne cessent de diminuer depuis le milieu des années 1970. Une analyse comparative des marchés boursiers américain, britannique, allemand et japonais a montré que sur la période qui s’étend de 1980 à 2000, la corrélation entre les indices de ces quatre grandes bourses de la planète a pratiquement doublé en moins de 20 ans (Berben et Jansen : "Comovement in International Equity Markets: A Sectoral View", 2001).
Une autre étude tout aussi importante de Butler et Joaquin ("Are the Gains from International Diversification Exaggerated? The Influence of Downside Risk in Bear Markets", 2001) montre que la diversification internationale était de mise quand, dans leur propre pays, les investisseurs faisaient face à un marché baissier séculaire. Or, concluent les deux chercheurs, les grandes bourses mondiales sont au diapason non seulement lors des marchés haussiers, mais également, et de plus en plus, à l’occasion des marchés baissiers. Autrement dit, il est de plus en plus difficile d’échapper à un marché baissier à l’intérieur des frontières d’un même pays, puisque les « bear markets » arrivent plus que jamais au même moment, avec la même durée, dans les principales économies de la planète.
Small is beautiful !
Depuis quelques années, les études sur la diversification internationale du portefeuille, par les biais des titres de petites capitalisations, se multiplient. Les conclusions vont toutes dans la même direction : la diversification boursière est beaucoup plus profitable avec les petites firmes qu’avec les grandes.
L’étude de Eun, Huang et Lai ("International Diversification with Large- and Small-Cap Stocks," 2004), les rendements des titres de grandes entreprises, disent-ils, dépendent de plus en plus de facteurs économiques mondiaux, alors que les rendements des titres de petites entreprises dépendent essentiellement de facteurs économiques locaux ou nationaux.
André Gosselin PhD , Auteur de 8 livres en analyse financière