Optimisme et causes matérielles

*Chronique d'André Gosselin, vice-président recherche de Orientation Finance, parue sur le site lesaffaires.com.

Sur le plan psychologique, la table est mise pour donner un autre élan à la bourse, peu importe les secteurs industriels, ou le caractère cyclique ou non-cyclique des entreprises.

Les marchés boursiers canadien et américain on atteint un sommet des 14 derniers mois, votre portefeuille s’est apprécié de 20 % depuis le début de l’année, et vous fantasmez à l’idée que, si tout se passe bien, vous pourrez prendre votre retraite à 55 ans plutôt qu’à 65 ou encore, acheter plus tôt que prévu ce joli chalet dans les Laurentides.

La très grande majorité des experts et des prévisionnistes des marchés sont optimistes. Il n’y a pas de raison que vous ne le soyez pas vous aussi. D’ailleurs, un courtier qui ne vous avait donné aucun signe de vie depuis trois ans, vient tout juste de vous appeler pour vous parler d’un titre technologique qui s’est apprécié de 50 % depuis six mois et qui devrait en faire autant lors des six prochains. Et pour une rare fois depuis fort longtemps, vous portez une oreille attentive à ce qu’il vous dit…

Cette mise en scène, aussi fictive soit-elle, nous permet de comprendre une facette de ce qui se passe derrière la hausse boursière des derniers mois, et de ce qui a de bonnes chances de se produire au cours des six prochains. Car la montée des marchés n’est pas qu’une question d’adéquation entre des données économico-financières et les cours des actions.

C’est aussi et surtout une question d’attitude collective, une sorte de processus social où différents acteurs des marchés financiers (courtiers, planificateurs financiers, chroniqueurs et journalistes, gestionnaires de fonds et analystes, petits investisseurs, etc.) changent tout à coup d’humeur ou de perspective et s’activent plus que jamais pour saisir ce qu’ils croient être de bonnes opportunités, ou tout simplement pour être en harmonie avec l’air du temps.

Plus de 80 % des stratèges chez les grands courtiers américains et canadiens dressent un scénario optimiste pour les mJusqu’à maintenant, les plus optimistes recommandaient une répartition de l’actif de 60% en actions, 35% en obligations et 5% en liquide. Aujourd’hui, ils vous recommandent une répartition de 75% en actions, 15% en obligations et 10% en liquide.archés boursiers, du moins pour les 6 à 12 prochains mois.

Les opinions, toutefois, divergent toujours autant quant aux secteurs qui devraient connaître du succès et ceux qui pourraient écoper. Il s’en trouve, par exemple, pour dire que les titres de haute technologie ont encore de l’espace pour croître, alors que d’autres vous diront de prendre vos profits puisque ces titres ne peuvent pas monter plus haut, et qu’ils ont de bonnes chances de faire une correction de l’ordre de 20% à 30% au minimum.

Certains vous diront qu’il est temps plus que jamais de miser sur les secteurs cycliques, car de toute évidence nous amorçons enfin un cycle de croissance économique. D’autres pensent qu’il est plutôt temps de sortir de ces secteurs, de prendre à tout le moins une partie des profits, afin de miser sur les compagnies à croissance stable comme Johnson & Johnson et Procter & Gamble.

À peu près tout le monde est surpris par la vigueur des marchés boursiers lors des mois de juillet et août. On s’attendait à une correction importante après la solide hausse qui a suivi la «victoire» des Américains en Irak, ou du moins à une pause. Mais voilà que la bourse poursuit sur sa lancée, comme si les stratèges rejetaient le scénario d’une morosité ou d’une panique des investisseurs en septembre et octobre (les deux pires mois pour investir nous disent les statistiques des 100 dernières années).

Comprenez-moi bien! Il ne s’agit pas de dire que la bourse est présentement sous la totale influence de la psychologie et de l’humeur des investisseurs. Plusieurs indicateurs économiques nous permettent de croire que, enfin, l’économie américaine et mondiale sort de sa torpeur et, surtout, de ses grandes incertitudes géo-politiques.

Des causes matérielles très concrètes, observables et mesurables peuvent expliquer la hausse des marchés depuis un an, à commencer par les faibles taux d’intérêt, l’inflation pratiquement inexistante, la baisse des impôts par le gouvernement Bush, la hausse des profits des compagnies et les milliards de dollars pompés par la Réserve fédérale américaine (à des niveaux jamais atteints) dans le système financier (plusieurs de ces milliards s’en vont chez les gestionnaires de portefeuilles et alimentent la hausse des indices boursiers).

Mais rappelons-nous qu’il n’y a rien comme un été qui s’avère être une surprise générale, et six mois de gains substantiels, pour donner des arguments de vente à tous ceux qui veulent gérer votre portefeuille, et surtout pour leur donner un enthousiasme renouvelé et contagieux a l’occasion de la rentrée d’automne, après trop d’années de déception et de découragement.

Bref, on dirait bien que sur le plan psychologique, la table est mise pour donner un autre élan à la bourse, peu importe les secteurs industriels, ou le caractère cyclique ou non-cyclique des entreprises. À preuve, les investisseurs ne semblent pas tenir compte des indices économiques plutôt négatifs en termes de croissance économique qui sont, faut-il l’avouer.

Pour consulter les chroniques précédentes "Bourse et prévisions", cliquez ici