Comment évaluer si une entreprise est sous-évaluée en utilisant les ratios financiers

Entreprises sous-évaluées

Une stratégie axée sur la valeur consiste à dépister les titres sous-évalués dans le contexte de leur secteur et par rapport à l'ensemble du marché. Pour y parvenir, nous disposons de mesures quantitatives tels que les ratios financiers de l'entreprise et de les comparer avec ceux de son industrie d'attache et de l'économie globale.

Parmi les principaux ratios financiers, nous retrouvons le ratio cours/bénéfices, le ratio cours/valeur aux livres, le ratio cours/ventes et le ratio cours/cash flow, entre autres, qui visent à déterminer la valeur d'une entreprise par rapport aux autres. Dans le cas des titres de valeur, ces ratios sont généralement inférieurs à la moyenne des entreprises semblables. Il est également indispensable de considérer dans notre évaluation l'étude du niveau de l'endettement ainsi que les prévisions sur la croissance future de l'entreprise.

Il convient de noter que les ratios ne sont que le point de départ d'une analyse fondamentale de l'entreprise afin de savoir, notamment, pourquoi son titre est sous-évalué et quelles sont ses perspectives.

Ratio cours/bénéfices inférieur à 20 et 25 fois

Le ratio le plus populaire est le ratio cours/bénéfices. Ce ratio permet d'évaluer le niveau de valorisation d'une action en indiquant le multiple du bénéfice auquel se vend une action. Le ratio cours/bénéfices est important, car une entreprise est évaluée d'abord par sa capacité à réaliser des profits. Une façon simple d'évaluer si le ratio cours/bénéfices est élevé ou pas, n'est pas d'utiliser la norme historique de 40 ans de 14 fois, car nous vivons une période de faible taux d'inflation, de faible taux d'intérêt et les économies occidentales connaissent un taux de productivité plus élevé que la moyenne des 40 dernières années. Par conséquent, les études académiques nous indiquent qu'un ratio de 25 fois aux États-Unis et de 20 fois au Canada serait qualifié de normal.

L'étude du ratio cours/bénéfices s'applique principalement aux entreprises à maturité. Ce ratio n'est donc pas le meilleur pour évaluer les entreprises qui connaissent un niveau de croissance très élevé ou évaluer les entreprises cycliques. L'étude du ratio cours/bénéfices est contesté, puisqu'il oblige les investisseurs à ramener leurs analyses sur du court terme. La détermination du profit est aléatoire et difficile à prévoir. D'ailleurs, Philip Fisher, aux États-Unis (une des références de Warren Buffett), suggère que la progression des ventes est plus facile à prévoir, donc que l'étude du ratio cours/ventes est plus valide à long terme.

Également, le ratio cours/bénéfices ne donne pas la bonne mesure de la valeur d'une compagnie lorsque celle-ci est très endettée. En effet, un titre à 10 fois les profits, mais avec beaucoup de dettes, est plus cher que ce ratio le laisse croire.

Un autre problème de ce ratio est la validité des méthodes comptables sur la comptabilisation des profits. L'affaire Enron en est un exemple. Le calcul du profit d'exploitation avant intérêts et amortissements (EBITDA) est la mesure la plus utilisée pour les entreprises de la nouvelle économie.

Ratio cours/valeur aux livres inférieur à 4 fois

Ce ratio est une autre mesure permettant de déterminer si l'entreprise se transige à un prix dispendieux ou pas. Une méthode simple pour identifier une entreprise sous-évaluée consiste à chercher un ratio cours/valeur aux livres inférieur à 4. Encore là, l'évaluation diffère en fonction du secteur et de l'industrie dans lesquelles l'entreprise évolue.

Le ratio cours/valeur aux livres compare le cours des actions ordinaires d'une société par rapport à l'avoir des actionnaires (ou capitaux propres attribuables aux actionnaires) à la fin de l'exercice fiscal. La valeur aux livres représente la valeur monétaire de l'entreprise qui, après remboursement de toutes les dettes, revient aux propriétaires de cette entreprise - ou aux actionnaires - si la société est liquidée. Cette valeur est calculée à partir du bilan, en soustrayant de l'actif de la société, la valeur de ses actions privilégiées et son passif, et en divisant ce qui reste par le nombre total d'actions ordinaires en circulation.

La valeur aux livres d'une société peut être trompeuse car les chiffres utilisés pour la calculer sont parfois peu réalistes. Pourquoi? Parce que l'actif comprend, tel qu'indiqué au bilan, des éléments comme les stocks, les bâtiments, les terrains et l'argent en banque. Toutefois, les valeurs établies pour ces éléments d'actif sont des chiffres comptables historiques.

Ratio cours/ventes inférieur à 3,5 fois

Le ratio cours/ventes est généralement utilisé pour évaluer des compagnies qui ne génèrent pas de bénéfices et ne paient pas de dividendes.

Le ratio cours/ventes de l'économie globale est actuellement de 3,7 fois aux États-Unis. Un ratio inférieur à 3,5 est alors considéré comme sous-évalué. Ce ratio doit toutefois tenir compte de l'industrie, du niveau de croissance potentielle de l'entreprise et de la marge bénéficiaire. Par exemple, si une entreprise se transige à 2 fois ses ventes et qu'elle affiche une marge bénéficiaire de 24%, alors que la marge bénéficiaire moyenne de l'économie globale est de 48%, cela nous amène à dire que son ratio cours/ventes ajusté serait plutôt de 4 fois. Ainsi, cette entreprise ne sera pas considérée comme sous-évaluée comme le laissait croire son ratio cous/ventes initial.

Plus le ratio cours/ventes est élevé, plus cela indique que la compagnie réalise de fortes marges et probablement domine son secteur. Alors que les ventes tendent à être moins volatiles, le ratio cours/ventes peut donc être utilisé dans les situations où le cours/bénéfices est faussé par d'inhabituelles variations des bénéfices.

Ratio cours/cash flow inférieur à 20 fois

L'indice S&P 500 (la mesure de l'économie américaine) se transige actuellement à 23 fois le cash flow. Une entreprise est alors considérée comme sous-évaluée si elle se transige à un ratio cours/cash flow inférieur à 20.

Le free cash flow est une mesure très utilisée par les gestionnaires. C'est une mesure simple qui détermine la capacité de l'entreprises à générer de l'encaisse additionnelle. Le free cash flow est un flux de liquidités généré par l'exploitation de l'entreprise une fois que les investissements nécessaires au développement ont été payés.

Un endettement inférieur à la capitalisation boursière de l'entreprise

La dette peut permettre à des entreprises d'accroître leur taille rapidement mais le risque est toujours plus grand.

La meilleure façon d'établir à quel point une entreprise est endettée est de comparer son endettement total (à court terme et à long terme) à son avoir (dette totale / avoir des actionnaires). Un ratio de plus de 1,0 signifie que l'entreprise a plus de dette que ce qu'elle vaut. Il est donc préférable que ce ratio soit confortablement sous la barre de 1,0.

Les entreprises américaines se transigent en moyenne à une fois leur dette. Un ratio inférieur à 1,0 est considéré comme favorable alors qu'un ratio supérieur à 1,0 peut être très défavorable. Une entreprise qui n'a aucune dette mérite des ratios d'évaluation plus élevés.

Prévisions de la croissance future de l'entreprise

L'évaluation d'une entreprise dépend également de la croissance future de cette dernière. Toutefois, ce critère est le plus difficile à évaluer. Une entreprise avec des ratios d'évaluation un peu dispendieux pourrait être considérée comme sous-évaluée si celle-ci compte réaliser des ventes et des bénéfices par actions en hausse de 20% par année. C'est à ce niveau que l'analyse financière devient un art.

Par exemple, si la croissance des ventes et des bénéfices par action est estimée à 30% par année et que l'entreprise est un chef de file de son industrie, elle mérite donc un niveau d'évaluation plus élevé.