Les dividendes peuvent contribuer pour près de 50% dans le rendement total d'un portefeuille qui suit le rendement moyen du marché

* Chronique de André Gosselin parue dans Finance et Investissement

Lors des belles années de l'euphorie spéculative sur les titres de haute technologie, la plupart des investisseurs n'avaient que du mépris pour les bonnes vieilles compagnies offrant un dividende régulier sur leurs actions ordinaires. Devenus un peu moins arrogants qu'avant, les investisseurs passionnés par le high tech ont remplacé le mépris par le dédain. Ils savent que les titres à dividendes sont nécessaires pour la santé de leur portefeuille, mais ils n'ont pas le goût d'en acheter. Ils sont comme ces adolescents qui savent que le brocoli est bon pour la santé, mais de là à en manger…

Les compagnies qui offrent de bons rendements en dividende reviennent peu à peu à la mode. Mais étonnamment, l'incertitude économique et politique ambiante, même avec la quasi certitude d'une récession, n'a pas provoqué de course acharnée vers les titres réputés pour offrir un dividende constant et substantiel.

Tout se passe comme si les investisseurs attirés par les compagnies en croissance ne recherchaient que les gains rapides sur les titres technologiques, et faisaient le pari qu'ils ne peuvent pas descendre plus bas. De toute façon, disent-ils, c'est la seule façon pour eux de se "refaire". Ce n'est pas avec les dividendes des banques, des pétrolières et des pharmaceutiques qu'on peut récupérer des pertes de plus de 50%, pensent-ils.

Avec des réflexions de ce genre, il ne faut pas s'étonner de voir autant de boursicoteurs courir à leur perte. Pourtant les faits sont clairs : avec les années, les dividendes peuvent contribuer pour près de 50% dans le rendement total d'un portefeuille qui suit le rendement moyen du marché.

Selon la firme Ibbotson Associates, les dividendes ont compté pour 40% du rendement offert par les compagnies du S&P 500 entre 1926 et 2001. Lors des 30 dernières années, les titres de compagnies qui offrent un dividende moyen (entre 2% et 4% disons) ont généré un rendement deux fois supérieur à ceux qui n'offrent pas de dividende du tout.

Les titres à bons dividendes avaient perdu de leur lustre à la fin des années 1990, car la bulle des technos à fait en sorte que la hausse des actions sur le marché pouvait compter pour plus de 90% sur le rendement total. Par exemple, entre 1996 et 2001, les dividendes n'ont compté que pour 11% dans le rendement de l'indice S&P 500.

Le problème n'est pas que les compagnies ont coupé dans les dividendes remis à leurs actionnaires. Le problème est que les prix des actions sont rendus très élevés, et qu'ils le sont encore malgré la sévère correction du marché. Et quand le prix des actions est élevé, la contribution du dividende est moins grande dans le rendement total du portefeuille. De 1980 à 2000, par exemple, le rendement en dividende sur les actions du S&P 500 est passé de 5,4% à 1,1%. Il faut prendre la peine de fouiller attentivement pour trouver des compagnies en croissance capables de vous donner un dividende d'au moins 2% ou 3% par rapport au prix courant de leurs actions.

Un problème particulier que nous connaissons depuis quelques mois est que certaines grandes compagnies comme Quebecor, AT&T, Xerox et plusieurs autres ont choisi de ne pas remettre de dividendes à leurs actionnaires, du moins jusqu'à nouvel ordre. Quand les profits ne sont plus au rendez-vous, ou que les pertes sont plus grandes que prévues, il est difficile pour les sociétés de poursuivre leur politique du dividende.

Les compagnies bien implantées qui offrent un bon rendement sur leur dividende sont rares, et celles qui ont les reins assez solides pour augmenter le montant de leur dividende sont plus rares encore. Pourtant il en existe, comme avec les pharmaceutiques Merck, Johnson & Johnson et Pfizer, ou encore avec des géants comme PepsiCo, Philip Morris, Chevron-Texaco et The Limited. On peut difficilement se tromper avec une grande compagnie qui offre un bon dividende, dont le prix des actions n'est pas trop élevé par rapport à ses bénéfices, et qui est prévue pour avoir un taux de croissance de ses profits d'au moins 10% par année pour les cinq prochaines années.


André Gosselin de l'équipe de Orientation Finance