Acheter des titres de rêves signifie obtenir de faibles rendements potentiels

Le palmarès de Business Week pour les entreprises de croissance.

* Chronique d'André Gosselin parue dans Finance et Investissement.

Jusqu’à tout récemment, toutes ces études ont porté sur les grandes entreprises américaines. Pourtant, on trouve aussi dans la presse financière américaine des palmarès qui font, bon an mal an, la liste des meilleures petites entreprises cotées en bourse.

Le plus célèbre est sans conteste le hit-parade annuel du magazine Business Week, publié au mois de mai de chaque année, sous le titre Hot Growth Companies.

Lancé en 1985, ce palmarès annuel est établi à partir d’une liste de 7000 à 10 000 entreprises cotées en bourse, ayant une capitalisation boursière supérieure à 25 millions de dollars, et dont le prix de l’action est d’au moins 5 dollars. Évidemment, les éditeurs du magazine n’hésitent pas à dire que ce sont des titres de rêve que tout investisseur devrait détenir dans son portefeuille.

Trois critères de sélection permettent aux analystes de Business Week de faire leur classement des 100 meilleures entreprises dites de croissance : le rendement moyen sur le capital, la croissance des ventes et la croissance des bénéfices lors des trois dernières années.

Ainsi, les 100 compagnies qui font le classement de 2003 ont réalisé, depuis 2000, une croissance annuelle de leurs bénéfices de 44,4 % et une croissance de leurs ventes de 25,5 % en moyenne. Cela se compare à une croissance des profits et des ventes de –24 % et de 5,8 %, respectivement, pour les entreprises de l’indice industriel composé S&P. Quant au rendement sur le capital, il est de 14,9 % pour le Hot Growth Companies de Business Week, et de 5,25 % seulement pour les sociétés de l’indice S&P.

Rendements décevants

L’investisseur a-t-il eu raison de choisir des titres du palmarès de Business Week pour son portefeuille? À en croire une étude récente de Bauman, Conover et Cox, la réponse est négative.

Les trois chercheurs ont analysé en détail le rendement boursier et la performance financière de toutes les entreprises qui ont fait partie du hit-parade entre 1985 et 1995.

Comme les analystes de Business Week établissent leur classement en fonction de la performance des entreprises sur les trois dernières années, Bauman et ses collègues ont calculé la performance des firmes sur les trois ans qui suivent leur apparition au palmarès.

En moyenne, les compagnies vedettes de Business Week ont sous-performé l’indice de référence général (CRSP Database) par une marge de 16,56 % par année, et de 5, 52 % comparé à un indice de petites capitalisations. Est-ce que les titres sélectionnés par les éditeurs du magazine américain seraient déjà surévalués, si bien qu’ils n’arriveraient pas à rencontrer les prévisions des investisseurs? C’est sans doute une partie de l’explication.

Mais le plus troublant est de voir à quel point la performance économique et financière des compagnies vedettes de Business Week est décevante, après qu’elles aient été listées dans le club sélect des Hot Growth Companies.

Affichant une croissance annuelle des ventes de 65,47 % en moyenne lors de leur période de pré-publication dans les pages de Business Week, cette croissance des ventes chute à 22,21 % par an lors des trois années de post-publication. C’est encore plus catastrophique sur le plan des profits, puisqu’ils passent d’une croissance annuelle de 76,22 % à 3,12 % après publication. Même chose pour le rendement sur le capital, qui passe de 13,76 % en moyenne par année, à 7,77 % lors des 3 ans qui suivent la publication dans Business Week.

Ces résultats illustrent une fois de plus l’implacable force de la loi du retour à la moyenne. Les compagnies étoiles de Business Week n’arrivent pas à maintenir ce rythme de croissance et cette rentabilité qui en faisaient, visiblement, des titres de premier choix pour l’investisseur. Profits, ventes et rentabilité dégringolent à des niveaux inférieurs à la moyenne. Comme la croissance prévue des profits n’est pas au rendez-vous, il ne faut pas s’étonner de la performance boursière très décevante de ces titres.

L’ensemble des titres qui ont constitué le palmarès de Business Week entre 1985 et 1995 ont généré un rendement total sur trois ans, après publication dans les pages du magazine, de 31,86%, soit une performance de 50 % inférieure à celle de l’indice de référence.

Comme pour tout bon palmarès, celui de Business Week classe les titres en rang hiérarchique, de 1 à 100 dans ce cas-ci. Bauman et al. ont voulu savoir si les titres qui se classent dans le premier rang quartile (les 25 premiers) performent mieux que ceux des autres rangs quartiles. Les titres du premier rang quartile performent certes mieux que ceux des autres rangs quartiles, mais leur rendement est quand même inférieur à celui du marché.

La compagnie qui se classait au 1er rang en 2001, Optical Communication Products, a généré un rendement négatif de –88,8 % en 24 mois. L’investisseur qui pense faire une bonne affaire en achetant les titres qui occupent les 10 premiers rangs court des risques considérables.

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