Les critères de qualité d'une entreprise à dividende

* Cette chronique est tirée du livre " Investir dans les titres de grandes entreprises " de André Gosselin, vice-président recherche de Orientation Finance

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Si le rendement du dividende permet de déterminer les titres sous-évalués par le marché, il ne permet pas, du moins directement, de distinguer un titre de qualité d'un autre de moindre qualité.

Il y a plusieurs façons de mesurer la qualité d'une compagnie, tout comme il y a plusieurs catégories d'entreprises qui versent un dividende à leurs actionnaires. Toutes ne sont pas également recommandables. Le type d'entreprise sur lequel les stratèges du rendement en dividende jettent leur dévolu est celui des blue chips. Leurs principales qualités, selon Geraldine Weiss, éditrice depuis 1969 de la lettre financière Investment Quality Trends et auteure de deux ouvrages très instructifs sur sa stratégie de placement, sont les suivantes :

Ces compagnies sont gérées par les meilleurs et les plus expérimentés des gestionnaires. Leurs produits et services sont bien connus et largement distribués. Ils sont souvent vendus dans les marchés étrangers et dans ceux des pays en voie de développement où le potentiel de croissance est extraordinaire. Les sociétés appelées blue chips possèdent les centres de recherche les plus sophistiqués, ils disposent des programmes de marketing et de publicité les plus élaborés, et leurs équipes de vente sont non seulement très organisées et efficaces, mais leur feuille de route est jalonnées de succès très profitables. Les compagnies blue chips sont les plus enclines à partager les profits réalisés avec les actionnaires et à leur donner un dividende qui peut les protéger contre l'inflation et les soubresauts du marché boursier. Les titres blue chips sont les piliers du marché. Ils sont les premiers à monter au moment des marchés haussiers, et les derniers à descendre au moment des marchés baissiers.1

Ces qualités sont fort remarquables, mais elles ne sont pas suffisantes pour dénicher les compagnies blue chips. Pour employer le jargon des sciences, ces critères ne sont pas opérationnels pour distinguer les blue chips des autres types de compagnies. Aussi Weiss et Lowe proposent-elles les six critères concrets et observables suivants pour caractériser une entreprise blue chips :

  1. Le dividende a augmenté au moins 5 fois au cours des 12 dernières années.

  2. Au moins cinq millions d'actions sont en circulation, ou du moins l'activité du titre est assez grande et assez volumineuse pour permettre aux investisseurs institutionnels de vendre et d'acheter les actions en tout temps, sans faire varier trop considérablement le cours du titre.

  3. Au moins 80 institutions (fonds de placement, fonds de retraite et autres) possèdent le titre dans leur portefeuille, permettant ainsi une bonne diversification des détenteurs institutionnels, sans qu'aucun puisse avoir le pouvoir sur la direction de la compagnie ou sur le prix du titre.

  4. Une compagnie classée blue chip doit avoir connu une augmentation des ses bénéfices durant au moins 7 des 12 dernières années.

  5. La compagnie doit avoir versé à ses actionnaires, sans interruption, un dividende au cours des 25 dernières années.

  6. La compagnie doit détenir la cote " A ", ou une cote supérieure, attribuée par l'agence Standard & Poor's (la croissance régulière des bénéfices et du dividende est le principal critère d'évaluation utilisé par cette firme).

Ces six critères sont très rigoureux et peuvent être compris sans équivoque, mais, à ma connaissance, ils n'ont pas été validés par la recherche académique.

Certains s'étonneront de la sévérité de quelques-uns de ces critères. Par exemple, la distribution des dividendes durant 25 ans n'est pas une qualité que l'on trouve au sein de toutes les grandes compagnies. Même les sociétés qui ont une très grande capitalisation boursière et qui se classent parmi les 10 ou 15 entreprises les plus grandes du monde (Microsoft, Wal-Mart) n'ont pas ce curriculum.

Il faut un regard historique pour comprendre l'importance et la signification, pour les Américains, de la remise d'un dividende aux actionnaires par les grandes compagnies de la nation. Ainsi, au moment où le livre de Geraldine Weiss et Janet Lowe était publié, les compagnies américaines suivantes avaient un historique de dividende ininterrompu plutôt impressionnant : Exxon (103 ans de remise d'un dividende), Chemical New York Bank (158 ans), American Express (115 ans), City Corp (172 ans), Coca-Cola (92 ans), IBM (69 ans), 3M (69 ans). Le record américain est détenu par la Banque de Boston, alors que la vénérable institution en était, en 1988, à 202 ans de dividende remis chaque année aux actionnaires soit depuis 1786.2

Vingt-cinq ans de dividendes ininterrompus n'est donc pas chose rare en Amérique. Certaines compagnies réussissent même à augmenter leur dividende pour une très longue période.

L'investisseur qui décide de sélectionner les titres de son portefeuille en respectant ces critères ne devra pas s'étonner de constater que les compagnies américaines de l'industrie de l'automobile (General Motors, Ford, etc.) ne réussissent pas à passer le test. Elles sont trop cycliques et trop dépendantes de la conjoncture économique pour se permettre, selon les critères de Weiss, une période de croissance des bénéfices et des dividendes qui soit significative.

Lorsqu'une compagnie a, dans le passé, suspendu son dividende, ne serait-ce que pour un an ou deux, elle est immédiatement retirée de la liste des recommandations de Geraldine Weiss. C'est sans appel :

Quand un dividende est suspendu, dit-elle, l'affaire est vue par les investisseurs et les actionnaires surtout, comme une faille importante dans la gestion de l'entreprise et un acte de trahison vis-à-vis des actionnaires qui peuvent avoir besoin des revenus de ce dividende. À mon avis, écrit Weiss, une compagnie qui commet un tel geste doit immédiatement être écartée de la liste pour être remplacée par une autre.3

  1. Weiss, G. et Lowe, J. Dividends Don't Lie : Findings Value in Blue Chip Stocks, Longman, New York, 1988. p. 21.
  2. Weiss, G. et Lowe, J. Op. cit., 1988, p. 25.
  3. Weiss, Geraldine et Weiss, Gregory. Op. cit., 1995, p. 32.