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Les paradoxes de la régie d’entreprise On dit souvent
que les conseils d'administration des entreprises travaillent trop souvent
contre les intérêts des actionnaires. Une enquête
du Globe and Mail sur la qualité de la régie des entreprises
canadiennes a fait beaucoup de vagues dans les conseils d’administration
de nos compagnies inscrites en bourse. La réaction la plus intéressante à cette enquête, à mon avis, est venue de deux professeurs de l’UQAM, Yvan Allaire et Mihaela Firsirotu. Les deux chercheurs ont soumis deux entreprises américaines bien connues, Enron et WorldCom, à la grille d’évaluation du Globe pour savoir si une bonne note en termes de régie d’entreprise permet d’éviter les compagnies qui s’adonnent à des malversations et fraudes comptables d’envergure. Selon leur analyse, une compagnie comme Enron aurait obtenu une note de 85% si elle avait été évaluée par les «enquêteurs» du Globe and Mail, ce qui lui aurait permis de se classer au 14e rang sur 270. WorldCom aurait obtenue une note de 84%, la classant au 17e rang sur 270. Autrement dit, les pratiques de régie d’entreprise ne nous aident pas beaucoup pour identifier les entreprises délinquantes. Au contraire. Les pires fraudes comptables et administratives peuvent être le fait d’entreprises dont les conseils d’administration sont des modèles de corporate governance. Cette observation troublante n’est pas le pire. Les deux chercheurs ont aussi relevé que les entreprises qui se classent dans le peloton de queue des entreprises canadiennes les moins exemplaires en termes de régie d’entreprise ont réalisé des rendements boursiers nettement supérieurs à celles qui se trouvent dans le peloton de tête. Pour la période de 5 ans se terminant le 10 octobre 2002, les 25 entreprises ayant obtenu le meilleur score du Globe ont réalisé un rendement moyen de 2,2% (excluant les dividendes). Les 25 entreprises ayant obtenu la pire note sur le plan de la qualité de leur gouvernance ont généré un rendement moyen de 28,2%. Sur une période de 10 ans, la tendance est la même : les 25 entreprises qui sont un modèle de gestion et de gouvernance ont fourni un rendement moyen de 150,8%, alors que les 25 entreprises «délinquantes» ont donné un rendement moyen de 220,7%. On dit souvent que les conseils d'administration des entreprises travaillent trop souvent contre les intérêts des actionnaires. C’est ce que pensent notamment Claude Lamoureux, président de la puissante caisse de retraite Teachers de l’Ontario, et le financier montréalais Stephen Jarislowsky, de Jarislowsky Fraser, qui viennent de fonder une coalition d'investisseurs institutionnels canadiens. Malgré toutes les bonnes intentions derrière ces initiatives des gros gestionnaires de portefeuilles, il faudra se faire une raison et se dire qu’il n’y aura pas là d’ «asurance tout risque» contre les déboires des actions d’une entreprise. Même si le conseil d'administration de Nortel avait été plus vigilant, je reste convaincu que cela n’aurait absolument rien changé à la baisse vertigineuse du titre de la compagnie depuis deux ans. On peut rendre les conseils d’administration plus efficaces, mais on ne peut pas en même temps leur demander des rendements plus élevés ou moins risqués. Les coalitions d’investisseurs institutionnels et des règles plus rigoureuses de régie d’entreprise peuvent limiter, par exemple, les régimes d'options d'achat pour les dirigeants d'entreprises et les membres d'un conseil d'administration, mais elles ne peuvent en aucune façon transformer les membres d’un conseil d’administration en visionnaires d’une industrie, et faire ainsi profiter tous les actionnaires de rendements enviables. Jusqu’à
ce jour et fort probablement pour de nombreuses années encore,
la régie d’entreprise n’est pas le gage de succès
d’une entreprise. Ce n’est qu’un élément,
bien petit, parmi tant d’autres.
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