Prévoir les prévisions

Les profits des entreprises sont la principale cause des fluctuations boursières.

*Chronique de André Gosselin Vice-président recherche de Orientation Finance parue sur le site Lesaffaires.com.

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Les profits des entreprises sont la principale cause des fluctuations boursières. Cette simple vérité est tellement connue des investisseurs qu'il ne sert à rien de l'exploiter en pensant obtenir des rendements exceptionnels. Pour espérer réussir en bourse, il vous faut normalement avoir des renseignements qui vous donnent une longueur d'avance sur l'information dont dispose le grand public.

Par exemple, les investisseurs professionnels savent pertinemment que ce ne sont pas les profits en soi des compagnies qui importent, mais bien les profits déclarés qui dépassent les attentes des analystes. Et pourtant, diront les plus hardis, même ce filon, qui a fait les beaux jours des gestionnaires de fonds de placement, est épuisé depuis longtemps. Pour tirer son épingle du jeu, il faut aller davantage en aval, en portant une attention particulière aux révisions auxquelles s'adonnent les analystes quand ils décident de changer leurs prévisions sur les profits d'une entreprise.

Les investisseurs individuels, familiers avec les bons sites financiers sur l'Internet, savent très bien que même rendu à ce niveau, ce genre d'information est désormais disponible au grand public, gratuitement et sans aucun délai supplémentaire par rapport à ce que savent les investisseurs professionnels.

Puisque ce ne sont pas tous les investisseurs qui exploitent ce type d'information financière, on pourrait croire qu'il est encore possible d'en tirer certains gains. Il ne faut cependant jamais oublier que sur les marchés financiers, quand une source d'information est exploitée par à peine 10% des investisseurs, c'est assez pour en faire une source épuisée, consumée, sans valeur véritable pour celui qui recherche des rendements supérieurs à la moyenne.

Il semble qu'on a réussi à franchir un pas de plus dans le domaine de la prévision. En effet, un site financier spécialisé, qui a pour nom StarMine (www.starmine.com), prétend qu'il est possible de prévoir quelles compagnies feront l'objet d'une révision des prévisions des profits par les analystes qui suivent ces compagnies. En d'autres termes, les créateurs de StarMine soutiennent qu'il est possible de prévoir ce que feront les prévisionnistes.

La mission de StarMine consiste à traquer les recommandations et les prévisions de profits pour chacune des 4 400 compagnies américaines suivies par au moins un analyste financier. On cherche à identifier, pour chaque entreprise, les analystes qui ont le plus de succès de ceux qui en ont moins. Selon les éditeurs de StarMine, il y a de bonnes probabilités de révision des profits par les analystes quand les prévisions des meilleurs analystes dévient passablement de la prévision qui fait consensus parmi l'ensemble des analystes.

Meilleur est l'analyste, plus élevé sera son pointage dans le système StarMine. Et plus une prévision est récente, plus grande sera sa pondération. La technique employée par StarMine consiste ensuite à comparer cette " prévision plus intelligente " (smart estimate) avec la prévision qui fait consensus parmi l'ensemble des analystes. L'écart entre les deux est ce qu'ils appellent la " surprise prévue ".

Si, disons, la " prévision intelligente " des profits de la compagnie A lors du prochain trimestre est de 1,10$ par action, alors que la prévision consensuelle est de 1,00$, la surprise prévue est alors supérieure de 10%. Autrement dit, plus la prévision intelligente est supérieure (ou inférieure) à la prévision consensuelle, plus la surprise en termes de profits déclarés sera positive (ou négative).

Mieux encore : plus l'écart entre la prévision intelligente et la prévision moyenne sera grand, plus les analystes s'adonneront à une révision de leurs prévisions en fonction de la prévision intelligente. Chaque titre reçoit alors une cote de 1 à 5 (1 étant le meilleur), qui est fonction de l'écart entre les deux types de prévision.

Dans un exercice de simulation sur des données boursières qui s'étalent de 1994 à 2000, les chercheurs de StarMine ont cherché à connaître le rendement d'une stratégie qui consiste à acheter, à chaque semaine et pour une période d'au moins 30 jours, les titres qui ont la meilleure cote. Résultat : les titres qui ont une cote de 1 ont obtenu 12,8% de rendement net de plus que les titres ayant une cote de 5.

Les révisions de profits par les analystes, à une certaine époque du moins, ont été plutôt lucratives pour les gestionnaires de fonds, comme pour les courtiers et les analystes d'ailleurs. En raison bien sûr de la trop grande tolérance des organismes de réglementation, mais aussi à cause du long délai dans la diffusion de ce type d'information avant qu'elle ne soit totalement publique.

Aujourd'hui, grâce à des sites financiers comme StarMine, l'investisseur professionnel n'a plus d'avantages indus par rapport à l'investisseur individuel. La même information est disponible pour tous. Les organismes de réglementation ont joué un rôle déterminant pour en arriver jusque là. Mais plus que l'intervention de l'État, ce sont les initiatives et les innovations dans le secteur de l'information financière qui ont permis l'égalité des chances entre les experts et les amateurs, entre les gros investisseurs et les petits.

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