|
|
Quand acheter une compagnie extraordinaire et surtout à quel prix… *Chronique extraite du volume « Investir à la Bourse et s’enrichir » de l’auteur Bernard Mooney Commander en ligne le volume de Bernard Mooney Nous traitons ici de deux idées importantes, mais apparemment contradictoire :
Commençons par le premier point. L'idée d'acheter des aubaines est attrayante à première vue. On fait facilement l'analogie avec notre comportement de tous les jours. Par exemple, j'aime mieux payer mes chaussures lorsqu'elles sont à rabais. Dans ce sens, il est sensé d'acheter des aubaines. Mais même dans la vie quotidienne, ce concept a ses limites car toujours il y a l'importante question de la qualité et de la durabilité. Je peux bien acheter des chaussures à rabais à 25 $, mais je ne peux le faire en pensant que leur qualité me permettra de les conserver plusieurs années. L'important est donc dans ce cas de ne pas me leurrer sur la qualité. Ainsi, si je veux des chaussures de qualité médiocre avec l'idée de les conserver un an au maximum, mon achat est rationnel. C'est exactement la même situation avec les actions. Si je me dis investisseur à long terme et que j'achète uniquement sur la base du prix en recherchant des «aubaines», je me raconte des histoires. En d'autres mots, je suis un très mauvais investisseur. En fait, celui qui achète et qui revend des titres peu importe leur qualité dans l'espoir de les revendre rapidement en pleine connaissance des risques, cette personne est un investisseur plus rationnel que le précédent! Car le concept le plus crucial pour un vrai investisseur à long terme est la qualité de la compagnie achetée. Pour cet investisseur, ce n'est pas le prix payé qui déterminera s'il fera ou non de l'argent; ce sont les caractéristiques économiques de la compagnie achetée. Pour l'investisseur à court terme (si dans un élan de générosité il mérite ce terme), c'est le hasard qui détermine s'il fera de l'argent ou non. L'investisseur qui est obsédé par les «aubaines» se retrouvera sans vraiment s'en rendre compte avec un portefeuille bourré d'entreprises médiocres, voire en déclin. S'il les garde longtemps, son rendement approchera leur performance économique et dans bien des cas, cela approchera le zéro. Du côté purement philosophique, j'en suis venu à presque me révolter contre l'idée même de la recherche «d'aubaines». Cette idée s'apparente trop facilement à cette quête universelle de la gratuité... obtenir quelque chose en donnant le moins possible en retour.. idée qui s'approche du vol ou de la fraude... idée dont les racines se trouvent dans la facette la moins attrayante de la nature humaine. il n'y a pas grand-chose de valable qui soit gratuit et, le plus souvent, on en a pour notre argent. C'est la nature des choses qui le veut et c'est bien ainsi. C'est pourquoi souvent l'investisseur débutant réalise que le titre qu'il croyait être une aubaine n'en était pas... au contraire... Dans sa sagesse, le marché boursier avait déjà anticipé le déclin de l'entreprise, dévaluant son titre... En fait, une des curiosités de la Bourse, c'est l'utilisation outrancière de termes comme «sous-évalué» et «aubaines». La très grande majorité des investisseurs se convainc facilement que le titre acheté est une aubaine, qu'il est «sous-évalué», peu importe son prix, peu importe son évaluation. Aucun investisseur ne dira que le titre qu'il vient d'acheter est «surévalué». Ce genre d'expression vide est typique du langage boursier. Vous n'entendrez jamais des gens d'affaires dire qu'ils viennent d'acheter une compagnie «sous-évaluée». Ils diront qu'ils ont payé tel prix et qu'ils ont bon espoir, si leur travail d'évaluation est correct et qu'aucune malchance ne vient entraver son développement, de réaliser tel rendement à long terme. Ils pensent en véritables investisseurs et c'est ainsi que vous avez également avantage à penser à la Bourse. De plus, à écouter les investisseurs, on dirait que les «aubaines» abondent à la Bourse. C'est bien sous-estimer le marché boursier. Je suis le premier à être convaincu que la Bourse est loin d'être efficace, étant trop souvent «maniaco-dépressive». Par contre, j'admets volontiers que le marché boursier est beaucoup plus efficace qu'on le croit avec des millions d'investisseurs avec des milliards de dollars interprétant instantanément toutes les informations publiées et non publiées. Le marché boursier est un système complexe d'une incroyable puissance. En fait, la Bourse, la plupart du temps, est efficace. Ce qui signifie que la plupart du temps les titres sont bien évalués et que les aubaines sont la fabrication des imaginations fertiles des investisseurs. L'évidence est criante: s'il y avait tant d'aubaines, il serait facile de réaliser des rendements supérieurs à ceux des principaux indices boursiers, ce qui est loin d'être le cas. C'est le lot de l'investisseur néophyte de voir des «aubaines» partout. L'investisseur a avantage à faire preuve de plus d'humilité et de modestie face au marché boursier. L'aubaine, la vraie, est rare, très rare. Et elle n'apparaît qu'à l'investisseur avisé, bien préparé, qui a une compréhension supérieure de la compagnie en question. Je vous encourage donc à vous débarrasser de cette idée d'acheter des «aubaines» et des titres «sous-évalués». Vous devez plutôt penser en termes d'entreprise qui à tel prix vous offre tel rendement. Si le prix descend et que les caractéristiques fondamentales demeurent les mêmes, le titre offre donc un meilleur rendement potentiel. Cela m'amène à la deuxième idée: le prix payé EST important parce qu'il affecte votre rendement à long terme et il peut avoir un impact majeur sur votre probabilité de réaliser ce rendement. Par exemple, pour exactement la même compagnie, si vous payez 5 $ l'action au lieu de 10 $, vous doublez votre potentiel de rendement. C'est dans ce sens que le prix est crucial. À première vue, je contredis ce que je viens d'écrire quelques paragraphes plus haut. Il y a toutefois une subtilité à saisir qui a une grande importance. Et cette subtilité se reflète dans la façon d'aborder tout le marché boursier et signifie un virage catégorique dans l'approche de placement. Ainsi, l'investisseur ne cherche plus d'idées de placement parmi les titres qui ont dégringolé en Bourse (par exemple, en scrutant la liste des titres qui font de nouveaux creux). Car c'est généralement le refuge des compagnies ordinaires, médiocres et souvent en voie de disparition. La stratégie de l'investisseur est plutôt de suivre une vingtaine de titres (ou plus si possible, selon le temps et les ressources disponibles) qui représentent des compagnies extraordinaires (ou des entreprises extraordinaires en devenir). Le plus souvent, ces titres se vendent cher parce qu'ils valent cher - sauf lorsque la Bourse devient dépressive. Environ une fois par année, un vent de pessimisme fait chuter les principaux indices boursiers de 10 %. Cela peut faire baisser un grand nombre de titres d'au moins 25 %, créant des occasions de placement. Une fois tous les trois ou quatre ans également, un vent de panique fait dégringoler les indices boursiers de plus de 20 %. Évidemment, c'est le temps d'acheter les plus belles entreprises, dont plusieurs peuvent voir leur titre reculer de 50 % pendant ces moments noirs. Enfin, il arrive que le pessimisme s'empare d'un secteur en particulier, faisant fondre la valeur des titres reliés à ce secteur en Bourse. Si ce secteur est intéressant et qu'on y retrouve des compagnies extraordinaires, c'est encore une fois une belle occasion. C'est mon ami François Rochon, investisseur et président de la firme de gestion Giverny à qui revient le mérite de m'avoir ouvert les yeux sur la grande importance qu'a ce regard différent sur la Bourse. il y a quelques années, je concentrais presque exclusivement mon regard sur les titres déprimés. La liste des titres dans un creux depuis un an était une source importante d'idées. François m'a fait remarquer que ce n'était pas surprenant que je me retrouve trop souvent avec des compagnies ordinaires. Mon esprit était occupé à chercher des «aubaines» au lieu de tenter de trouver des compagnies extraordinaires pour ensuite attendre qu'elles soient disponibles à un prix raisonnable. J'étais un peu comme quelqu'un qui cherche des montres Rolex dans les ordures et qui s'étonne d'en trouver très peu souvent. Évidemment, pour un investisseur qui veut acheter un titre déprimé à 5 $ pour le revendre à 7 $ quelques mois plus tard, l'approche de la poubelle peut être valable. Par contre, pour celui qui veut investir dans une entreprise pour plusieurs, années dans le but de multiplier son placement par 10, par 100 et même par 1000, ce n'est pas du tout approprié. Bernard Mooney Pour consulter les chroniques précédente de "Évaluation des entreprises", cliquez ici
|