|
|
Recherche et développement (R&D) et rendement boursier : les conditions du succès (2e partie) Les entreprises technologiques La deuxième observation d'importance qu'on peut tirer des études financières sur les retombées boursières de la recherche et développement est que le marché, face aux annonces de projets d'investissement en R&D, récompense davantage les entreprises qui évoluent dans les secteurs hautement technologiques que celles qui se trouvent dans les secteurs à faible technologie (ou à technologie arrivée depuis longtemps à maturité). En observant de près ce qu'il en retourne pour 95 annonces publiques d'investissement faites entre 1979 et 1985, les professeurs Chan, Martin et Kensinger ont découvert que dans les deux jours qui suivent une annonce d'investissement en R&D, le rendement des titres grimpe de 1,38%. Par contre, quand ils subdivisent leur échantillon entre les firmes à haute technologie et les firmes à basse technologie, ils observent des rendements boursiers significativement positifs dans le premier groupe, mais négatifs dans le second. Enfin, comme quelques autres chercheurs, ils ont remarqué que les dépenses d'investissement doivent être supérieures à la moyenne de l'industrie si l'on espère que le marché réagisse plutôt bien à la nouvelle. Une bonne utilisation du ratio cours/dépenses en R&D de Fisher commande donc, à mon avis, d'investir dans les entreprises à haute technologie et, surtout, dans les secteurs industriels à forte concentration ou quasi monopolistique. Les brevets reconnus Une croyance largement partagée par les investisseurs est à l'effet que le boom économique et boursier des 20 dernières années a été causé par les innovations scientifiques et technologiques. La recherche universitaire, gouvernementale et corporative ont créé un courant d'innovations et de gains de productivité qui ont eu un impact direct sur la performance économique et, par ricochet, sur la hausse des cours boursiers. L'information disponible au grand public concernant les activités de R&D des entreprises n'est pas d'une très grande utilité quand vient le temps de prendre des décisions d'investissement. Outre les dépenses d'investissement en R&D, on n'a pas grand chose à se mettre sous la dent. La nature, la qualité et les résultats de la R&D sont rarement publicisés par les entreprises, sans doute par crainte de la concurrence. Une équipe de trois chercheurs en finance (Deng, Lev et Narin) a montré que les brevets d'invention déposés par les entreprises américaines constituent une source profitable d'informations pour dénicher les titres à plus fort potentiel que la moyenne. Les documents qui accompagnent les demandes de brevet permettraient aux investisseurs d'avoir un bon aperçu de la qualité des recherches scientifiques et technologiques réalisées dans les laboratoires des entreprises. Par exemple, les demandes de brevet doivent identifier les inventions, découvertes, études académiques et brevets (même ceux de la concurrence) qui sont liés de près ou qui ont servi à l'invention pour laquelle on demande un brevet. On a observé que les brevets et innovations les plus fréquemment cités dans les demandes (même quand ces innovations ne sont pas encore commercialisées), sont ceux qui ont le plus de potentiel et de valeur sur le marché. Les compagnies dont les brevets et innovations sont fréquemment cités par les autres demandeurs connaissent plus de succès sur les plan des innovations et sur le marché des capitaux. L'étude de Deng, Lev et Narin a porté sur 388 compagnies américains, pour la période qui va de 1985 à 1995. Les trois économistes ont montré que plus les brevets d'une compagnie sont citées dans les demandes des concurrents, plus son titre en bourse connaît du succès. Pour l'investisseur passionné par les entreprises de haute technologie et de biotechnologie, les informations contenues dans les demandes de brevet des entreprises me paraît être une information non seulement pertinente et payante, mais aussi plus simple à interpréter que les rapports annuels, prospectus et rapports de recommandation des firmes de courtage. Tout ce que les rapports
des analystes financiers nous disent au sujet des entreprises de biotechnologie,
par exemple, c'est que les dépenses de recherche et développement
ont augmenté de X pourcent durant l'année. On ne sait jamais
rien de la valeur de la recherche du point de vue des compagnies concurrentes.
Pourtant, c'est dans les demandes de brevet qu'on retrouve une information
pertinente sur la valeur et le potentiel de cette recherche. Pour consulter les chroniques précédentes de "Évaluation des entreprises", cliquez ici
|