|
|
Déflation : menace dans les esprits? Par définition,
la déflation est un phénomène de psychologie collective
qui s’alimente par lui-même. Pour mieux
connaître André Gosselin et découvrir ses 6 volumes
de la série L’Amérique boursière.
Cliquez ici Prenons le cas de la déflation. Un économiste français disait le mois dernier que ce spectre était, à ce moment, davantage dans les esprits que dans les chiffres. Mais quand la menace de la déflation est dans les esprits, n’est-ce pas une façon pour elle de s’installer et de commencer ses ravages? Par définition, la déflation est un phénomène de psychologie collective qui s’alimente par lui-même. En période de déflation, les ménages et les entrepreneurs ont tendance à reporter leurs dépenses, puisque les prix baissent, ce qui évidemment déprime encore plus la demande, dans une belle spirale qui peut durer très longtemps. C’est le cas au Japon depuis plus de 10 ans. Quand Jerry Jasinowsky, président de la National Association of Manufacturers, déclare que la menace de déflation fait trembler les chefs d’entreprise et les marchés financiers et que le gouvernement américain doit absolument relancer l’économie, cela a sans doute autant d’importance que les études des économistes qui pensent que la déflation n’est pas à nos portes. Si les manufacturiers craignent la déflation, difficile alors de compter sur eux pour relancer les investissements. Au cours des douze derniers mois, les prix des ordinateurs ont diminué en moyenne de 21%. Dans ces conditions, un responsable des achats informatiques dans une entreprise se dira qu’il vaut la peine d’attendre encore 6 ou 12 mois avant de remplacer les équipements. Et quand les prix chuteront encore de 10%, il pourrait être tenté d'attendre encore six mois. Et c’est ainsi que tout le monde se retient de dépenser et d’investir, que les emplois se perdent, que les revenus diminuent et que l’économie s’enlise.En 2002, les prix des automobiles, des meubles, de l'habillement, des communications téléphoniques, des billets d'avion, des chambres d'hôtel, etc., ont baissé de 2 % à 4 %. Même les avocats et les notaires réduisent leurs honoraires. En fait, les prix de la moitié des biens et services composant l'indice des prix sont en baisse. Une première. L'histoire nous apprend que la déflation se produit souvent après l'éclatement de bulles financières majeures. Cela était vrai aux États-Unis dans les années 1930 et au Japon dans les années 1990. Or, l’indice S&P 500 a encaissé une troisième année de baisse en 2002. Après avoir perdu plus de 10% de sa valeur en 2000 et 13% en 2001, voilà qu’il enregistre une dérive de plus de 20% en 2002. Trois glissades consécutives de plus de 10%, on n’avait pas vu ça depuis la grande dépression des années 1930. En somme, la conjoncture boursière n’a jamais été aussi favorable à la venue de la déflation. Pour certains économistes, la mondialisation est un autre facteur aggravant. En élargissant la concurrence, elle réduit encore la possibilité pour les entreprises de redresser les prix de leurs produits. Ces dernières subissent plus durement un environnement de baisse des tarifs et d'excès de capacité aussi bien dans les télécommunications, l'acier, l'aluminium et l'automobile que dans le secteur bancaire, les transports aériens et l'hôtellerie. On pourrait enfin citer le vieillissement de la population, qui est un autre aspect du danger qui nous guette. Au fur et à mesure que la première génération d'après-guerre s'approche de l'âge de la retraite, elle tend à restreindre sa consommation et à épargner plus, ce qui n'encourage pas la croissance et peut déprimer le niveau des prix. Et comme cette génération est de plus en plus nombreuse, notamment au Canada et aux États-Unis, on ne peut pas dire que le facteur démographique nous soit favorable. Après une douzaine de baisses consécutives du loyer de l'argent, à un taux qu’on n’avait pas vu depuis 41 ans, la banque centrale américaine n'a plus beaucoup de solutions à sa disposition, disent certains, pour relancer l’économie. Alan Greenspan se veut bien sûr rassurant quand on lui parle de déflation. Il dispose de d’autres armes que la politique monétaire pour faire face à la musique. Il pourrait acheter massivement des obligations afin de faire baisser les taux à long terme ou vendre des dollars pour affaiblir la devise américaine et rendre son économie plus compétitive. Intervenant au Club économique de New York il y a quelques semaines, il a dit qu'il n'y avait pas de raisons de craindre que les États-Unis soient exposés à un risque de déflation. Et si une déflation devait se développer, plusieurs outils sont disponibles selon lui. En attendant, pense-t-il, la forte croissance de la productivité du travail, accompagnée par des réductions d’impôt substantielles, soutiendra encore les revenus et les dépenses. La baisse des prix n'est pas une mauvaise nouvelle en soi. Surtout quand elle est le résultat d’un progrès technologique qui augmente la productivité, de l’ouverture des marchés mondiaux et d’une amélioration des mécanismes de la concurrence. La baisse des prix devient toutefois un phénomène inquiétant quand il est la conséquence d'une stagnation et d'une chute de la demande, d'un excès de capacités de production et de la tentative d'entreprises endettées et peu rentables pour défendre coûte que coûte leurs parts de marché, comme c’est le cas avec les équipementiers des télécommunications, pour ne citer que ce seul exemple. Bref, la menace de la déflation n’est peut-être pas encore dans les chiffres, mais elle a de bonnes raisons d’être dans les esprits.
|