L’étude de la démographie pour investir

8 industries qui seront favorisées par la démographie selon William Sterling.

* Source : Extraits du texte de William Sterling.

Au milieu des années 1990, nous avons débuté des recherches sur les conséquences, pour les investisseurs, de l’évolution à long terme des données démographiques, des technologies et de la mondialisation. Cette recherche sur l’économie démographique a fait l’objet d’un ouvrage publié en 1998 sous le titre de Boomernomics. Nous avons également lancé le Fonds économie démographique mondiale CI cette année-là, en nous inspirant des thèmes commerciaux en cause – juste avant que ne s’installe dans le monde de l’investissement l’une des périodes les plus tumultueuses des dernières décennies.

En entreprenant des recherches thématiques sur les placements et en mettant ces notions en pratique, nous visons à examiner à long terme les risques et les possibilités inhérents au marché. Nous croyons foncièrement, par exemple, que cette approche peut ajouter de la valeur dans un environnement financier bombardé par un flot quotidien de nouvelles et en proie à de brusques changements de perception.

Le passé

Si l’on considère la dernière période de cinq ans, ses guerres et le pénible cycle baissier qui semble maintenant achevé, il convient d’analyser nos réalisations, nos forces et nos erreurs, sans oublier les nouvelles perspectives à long terme.

Presque toutes les personnes qui investissent à la Bourse ont vu les récentes années comme une véritable épreuve. Pour l’ensemble de cette période, le Fonds économie démographique mondiale CI a devancé l’indice MSCI Monde pendant quatre années civiles sur cinq depuis sa création, et aussi en 2003 jusqu’à ce jour.

Nos recherches entamées vers le milieu des années 1990 ont débouché sur plusieurs conclusions, dont la plus probante était que nous allions connaître des niveaux d’intérêt spectaculairement bas, sous l’effet d’une maîtrise persistante de l’inflation, dans un contexte d’intense concurrence internationale et de gains de productivité dus aux technologies. Nous avons aussi prévu avec raison que ces facteurs allaient permettre de maintenir les ratios cours-bénéfice à des niveaux historiquement très élevés, quoique nous n’ayons pas prévu l’importante compression des ratios cours-bénéfice survenue lors du marché baissier.

Et bien que nos recherches n’aient en aucun cas indiqué la fin des cycles économiques ni des marchés baissiers, nous n’avions pas escompté la gravité des pertes de bénéfices ni des chocs géopolitiques des dernières années.

L’avenir

Qu’est-ce que l’avenir nous réserve ? Comme nous le mentionnions dans la chronique Le monde selon Sterling du mois dernier, nous pensons que les investisseurs seront surpris de la vigueur de la remontée des bénéfices au cours des prochains trimestres, et nous restons optimistes quant aux horizons des marchés boursiers.

Nous continuons de croire que les taux d’inflation et d’intérêt demeureront faibles tout au long de la décennie, mais à notre avis, ils ont atteint leurs creux cycliques en juillet dernier. Comme le numéro de juin l’expliquait, nous estimons en outre exagérées les craintes selon lesquelles les États-Unis sombreraient dans une conjoncture déflationniste semblable à celle du Japon. De ce fait, pour le moment, seules des prévisions pointant vers une déflation ou une dépression justifieraient une stratégie d’investissement concentrée autour des titres obligataires.

En conséquence, puisque nous jugeons que les actions surpasseront de loin les obligations dans les quelques années à venir, nous avons abandonné nos activités d’investissement obligataire à la hausse. Notre pronostic s’appuie sur des travaux d’évaluation relative et la mutation de données fondamentales, que nous explorerons rapidement dans les quelques paragraphes ci-dessous.

Si nous devions désigner les facteurs qui ont changé durablement depuis le milieu des années 1990, nous retiendrions les éléments suivants :

En premier lieu, les personnes nées dans l’après-guerre avancent en âge et ont encore moins d’années devant elles pour économiser avant la retraite. En effet, les (nombreux) membres les plus âgés de ce groupe sont nés en 1946 et auront donc 65 ans en 2011.

En deuxième lieu, les dettes à la consommation ont augmenté, et les pressions visant la hausse de l’épargne et l’assainissement des bilans entraînent plusieurs conséquences. La priorisation de l’épargne sous-entend qu’il faudra nous montrer plus sélectifs ces prochaines années dans le choix de placements orientés vers le secteur de la consommation. De même, le haut niveau d’endettement sur la scène économique peut entraver les cycles de taux d’intérêt, rendant la Réserve fédérale plus encline à procéder précautionneusement au moment d’annoncer la prochaine majoration des taux.

En troisième lieu, la gravité de la récente débandade boursière pourrait avoir stimulé la demande structurelle à l’égard des titres de placement à revenu fixe, surtout que de nombreux investisseurs vieillissants optent désormais pour des répartitions d’actif plus prudentes malgré les taux de rendement anémiques dont ils doivent alors se contenter. Une telle situation viendrait aussi ralentir la remontée des rendements obligataires accompagnant le redressement de l’économie – ce qui, paradoxalement, soutiendrait des ratios cours-bénéfice supérieurs.

En dernier lieu, les enjeux internationaux posent manifestement plus d’inquiétudes qu’avant, d’où des répercussions négatives directes sur les budgets des gouvernements et peu de possibilités d’assister à une progression ferme des cours des obligations de l’État.


Graphique 2 : Les biens et services qui s’adressent aux baby-boomers vieillissants et à leurs enfants devraient profiter de données démographiques avantageuses au cours des cinq prochaines années.

Maintenant, voici ce qui n’a pas changé de manière durable depuis le milieu des années 1990, d’après notre analyse :

Premier élément – le processus de mondialisation, qui continue de créer de fortes pressions concurrentielles, lesquelles devraient contribuer au maintien de faibles taux d’inflation dans tous les pays industrialisés. Même si, d’après nous, les craintes relatives à un scénario de déflation sont surfaites, l’essor remarquable de nations telles que la Chine et l’Inde favorise grandement la réduction des pressions inflationnistes ailleurs dans le monde.

Deuxième élément – le rythme des progrès technologiques, qui continue de s’accélérer, en dépit des convulsions observées sur les places boursières du fait de la débâcle des «technos».

Troisième élément – les gains de productivité restent impressionnants, indépendamment des investissements moindres depuis quelques années. Les taux de croissance devraient s’en trouver améliorés, de même que les marges bénéficiaires, au gré de la reprise économique à l’échelle planétaire.

Finalement, parallèlement aux facteurs ci-dessus, les entreprises ont toujours besoin de substituer à une main-d’œuvre coûteuse des moyens technologiques abordables. On peut donc s’attendre à nouveau à un profil d’expansion articulée autour de l’investissement.

En bref, les conditions propices à un climat économique marqué par une inflation jugulée et une forte productivité sont encore en place, nonobstant le cycle conjoncturel et l’agitation géopolitique des récentes années. Si nous voyons juste et si la croissance des bénéfices affiche effectivement une puissance étonnante d’ici un an environ, les actions ne pourront manquer de faire beaucoup mieux que les titres à revenu fixe.

Dans notre sélection sectorielle, nous continuons de mettre l’accent sur les sociétés qui profiteront de tendances démographiques favorables, surtout du vieillissement de la génération du baby-boom et de la relève des membres du groupe d’âge suivant, les «écho-boomers» (enfants des baby-boomers). Au cours des quelques derniers mois, nous avons utilisé des données de sondage détaillées sur la consommation en fonction des groupes d’âge qui émanaient du Bureau of Labor Statistics américain, afin d’identifier les biens et services assortis des meilleures et des pires perspectives par rapport aux scénarios démographiques des cinq prochaines années. Nous avons procédé en mesurant d’abord les groupes d’âge en vue de trouver ceux qui croîtraient le plus ou se contracteraient le plus entre 2003 et 2007, puis en examinant les produits les mieux et les moins adaptés au profil démographique en cause. Quelques-uns de nos résultats principaux sont résumés dans les tableaux 2 et 3. Nous comptons revenir sur quelques-uns de ces thèmes à l’occasion des prochains numéros de la présente rubrique

Les secteurs faibles a la lumière des données démographiques


Graphique 3 : Les biens et services qui servent les groupes autres que les «babyboomers» et les «echo-boomers» vont probablement faire face à des défis au cours des cinq années à venir.

La fin de la désinflation ?

Une dernière observation : si nous avons raison et qu’a débuté, partout sur la planète, une période de faible inflation à long terme, nous devons alors considérer les diverses implications non négligeables d’un pareil état de choses, la plus importante étant la fin de l’ère de la désinflation. On entend par «désinflation» la propension qu’ont eu les taux d’inflation du monde entier à chuter année après année et ce, à compter du début des années 1980. Ce schème s’est soldé par un effondrement de longue durée des pourcentages d’intérêt qui a généré, bon an mal an, une manne de gains en capital au bénéfice des investisseurs présents sur le marché des obligations.

Le recul constant des rendements obligataires a également favorisé les profits colossaux réalisés sur les marchés boursiers, qui provenaient en majeure partie de ratios cours-bénéfice toujours plus hauts – et représentaient l’équivalent des gains en capital massifs des titulaires d’obligations.

Dans un contexte de faible inflation durable, toute cette réalité est bouleversée. Si les taux d’inflation et d’intérêt n’excèdent pas des niveaux très bas, les détenteurs d’obligations recevront la valeur de leur coupon – point à la ligne. Révolus, les gains en capital automatiques ! Du côté du prix des actions, les gains seront davantage tributaires de la croissance des bénéfices que de l’expansion des ratios cours-bénéfice.

Si telle est la donne, les gestionnaires de placements se sentiront sûrement (pour le moins) mis au défi d’obtenir de meilleurs résultats que l’indice, et que leurs concurrents.

Or (et nous en sommes absolument convaincus), une approche thématique de l’investissement comme celle que nous avons élaborée pendant nos recherches sur l’économie démographique pourra valoir à nos clients un avantage concurrentiel certain dans un tel scénario.

William Sterling
Chef principal des placements
CI Global Advisors LLP

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