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La
révolution dividende Pas du tout. Le changement majeur auquel on assistera sera le retour du dividende. C’est du moins ce que croient plusieurs vieux routiers des marchés financiers, et j’ai tendance à penser qu’ils ont raison. Certains vont même jusqu’à dire que les compagnies de technologie comme Cisco ne reviendront dans le cœur des investisseurs que si elles acceptent enfin de verser un dividende à leurs actionnaires. Le facteur qui milite le plus en faveur d’une politique de dividende est celui de la bonne gouvernance corporative. Les investisseurs sont de moins en moins dupes. Leur faire miroiter de belles perspectives de croissance grâce à des acquisitions, des innovations technologiques ou de nouveaux produits n’est pas suffisant. Ils veulent savoir si la direction d’une entreprise les traite comme de vrais partenaires. Et l’une des meilleures façons de le savoir, sinon la seule, réside dans une politique de dividende sérieuse et constante. Comme le dit si bien l’économiste américain Robert Shiller, la nouvelle attitude des investisseurs est celle du show me the money. Les entreprises américaines semblent d’ailleurs bouger sur ce front. L’augmentation du dividende par les compagnies qui en accordent est en hausse de 20% depuis le printemps dernier, et la part des profits remise aux actionnaires est aussi à la hausse depuis le début de 2002 (+0,50%), notamment au niveau des entreprises qui forment l’indice S&P 500. Le rattrapage à faire est considérable. Le pourcentage des compagnies du S&P 500 qui offrent un dividende est passé de 94% en 1980, à 70% à la fin de l’année 2001. Et la part de profits que les entreprises versent à leurs actionnaires a rétréci comme une peau de chagrin. Alors que le rendement en dividende moyen du S&P 500 était de 6% au début des années 1980, il n’était plus que de 1,4% l’année dernière. La compagnie qui donne un dividende à ses actionnaires doit être disciplinée, tout en ayant les deux pieds sur terre. Elle doit protéger ses sources de profits et les parts de marchés qui sont les plus rentables dans son secteur, tout en évitant les projets d’expansion trop risqués et trop coûteux, notamment en termes d’endettement et d’intérêts à payer. Selon une étude britannique récente, sur les 6,7% de rendement annuel octroyé par la bourse américaine entre 1900 et 2000, au moins 4,1 points de pourcentage provient du gain en dividende. Autrement dit, plus de la moitié du rendement du portefeuille sur les actions américaines provient du dividende. Selon la même étude, pour 13 des 20 dernières décennies, les investisseurs américains ont gagné davantage d’argent avec le réinvestissement de leur dividende qu’avec la hausse du prix de leurs actions. L’histoire des 30 dernières années n’est pas différente. Selon une étude de Kathleen Fuller de l’Université du Michigan et Michael Goldstein du Collège Babson, les gains mensuels obtenus grâce au dividende, lors des périodes de hausse des marchés, ont été légèrement supérieurs à ceux réalisés par l’appréciation boursière des titres (3,83% vs 3,79%). Lors des marchés en baisse de la période 1970-2000, les pertes mensuelles ont été moindres pour les compagnies du S&P 500 qui offrent un dividende que pour celles qui n’en offrent pas (-2,2% vs –3,1%). Bien que les années 1980 et 1990 aient été une période de gloire pour les entreprises en croissance et de haute technologie qui n’ont pas de politique de dividende, on constate malgré tout que celles qui donnent un dividende ont mieux récompensés leurs actionnaires. Regardez simplement ce qui se passe en 2002. Alors que l’indice S&P 500 est en baisse de 22,1% depuis le début de l’année, les 351 entreprises de l’indice qui offrent un dividende ont chuté de 13,1%. Celles qui n’en donnent pas ont plongé de 29,9%. Les prévisions les plus optimistes pour les 10 prochaines années anticipent une croissance des profits de 6% par année pour les grandes compagnies nord-américaines, auquel s’ajoutera un rendement en dividende de 1,7%. Comme les multiples cours/bénéfices sont encore plus élevés que leur moyenne historique, il ne faut pas s’attendre à un gain en capital important, bien au contraire. Par ailleurs, des rumeurs à Washington laissent croire que le gouvernement de George W. Bush aurait l’intention de diminuer considérablement l’impôt sur les revenus de dividende. Plusieurs journaux américains en ont parlé la semaine dernière, et la seule évocation de cette possibilité a permis aux entreprises qui offrent de généreux dividendes (Philip Morris par exemple) de connaître une hausse de leur titre, en dépit d’une baisse généralisée des marchés. Le débat reste
à suivre. Une telle politique serait une occasion en or de redonner
confiance aux investisseurs, tout en incitant les entreprises à
améliorer leur gouvernance, à gérer plus efficacement
leurs activités et à mieux prendre en compte les intérêts
de leurs action
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