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technologie ne compte plus! * Chronique d'André Gosselin parue sur le site LesAffaires.com. Une nouvelle technologie ne confère un avantage stratégique que lorsqu’elle est rare et aux premiers stades de son développement. Et ce n’est plus le cas avec les TI actuelles. Est-ce que les technologies de l’information offrent encore des avantages compétitifs aux entreprises qui se lancent dans de tels investissements? Le débat fait rage sur cette question depuis la parution d’un article (IT Doesn't Matter) dans l’édition de mai 2003 de Harvard Business Review. Jusqu’à Bill Gates et Larry Ellison (grand patron d’Oracle) qui se mêlent de la partie pour décrier la thèse de Nicholas Carr, l’auteur de l’article controversé. Selon Carr, les technologies de l’information ou TI (logiciels aussi bien que réseaux informatiques) suivent exactement la même évolution que les chemins de fer il y a 150 ans, ou l’énergie électrique et le moteur à combustion au début du 20e siècle. Pour une brève période, lors de leur introduction dans les entreprises, ces technologies d’infrastructure ont ouvert des perspectives de croissance significatives pour celles qui cherchaient à dépasser leurs concurrents. Mais rapidement, leur grande disponibilité et leurs coûts sans cesse décroissants en ont fait des commodités, des facteurs de production bien ordinaires qu’on trouve partout. C’est exactement ce qui arrive aux TI. Plus personne ne peut en tirer un avantage comparatif. Nous avons atteint un point où toute nouvelle amélioration dans les TI au sein d’une entreprise est rapidement copiée par les concurrents, et très souvent à moindres frais. Les responsables des TI au sein de nos entreprises, lance Carr, ne doivent plus gérer ces outils en se demandant ce qu’ils offrent comme opportunités de marché et de croissance, mais plutôt s’interroger sur les risques qu’ils représentent pour la santé financière de leur entreprise. Leur attitude offensive doit faire place à une position défensive. Les entreprises ne doivent pas craindre de ne pas assez investir dans les TI, mais plutôt de trop dépenser dans cette quincaillerie. Carr ne conteste pas le fait que les TI puissent augmenter la productivité des entreprises. Elles continueront sans doute de le faire dans l’avenir. Mais gains de productivité ne riment pas nécessairement avec profits plus élevés ou avantage concurrentiel. Selon lui, une nouvelle technologie ne confère un avantage stratégique que lorsqu’elle est rare et aux premiers stades de son développement. Et ce n’est plus le cas avec les TI actuelles. On comprend la réaction violente des patrons de Microsoft, Oracle, IBM, Intel, Dell et autres, devant des propos aussi «outrageants» (pour leurs chiffres d’affaires surtout), publiés dans une revue aussi prestigieuse que Harvard Business Review, et repris à pleine page dans le New York Times, le Washington Post et le magazine Fortune, pour ne citer que ceux-là. Le discours dominant, depuis deux ans, est de dire que les dépenses en TI vont nécessairement reprendre dans les prochains mois, et que ce sera un important stimulant non seulement pour le secteur des technos, mais aussi pour l’ensemble de l’économie. Les ordinateurs et logiciels de gestion des entreprises se font vieux, et il faudra bien remplacer tout cela. L’avenir de centaines d’entreprises dans les TI repose sur cet espoir, et gare à ceux qui remettent ce dogme en question. Depuis le début des années 1960, les dépenses en ordinateurs, logiciels et services informatiques ont été de deux à trois fois supérieures à la croissance de l’économie. La plupart des firmes de recherche qui suivent l’industrie des TI tablent sur une croissance de moins de 3 % en 2003 (une année de transition dit-on), et de 6 % à 7 % de 2004 à 2007. Évidemment, Carr n’est pas d’accord avec ces prévisions et pense plutôt que l’industrie des TI n’est plus une industrie en croissance. À tout le moins, elle ne devrait plus l’être et il n’y a pas de raisons qu’elle le soit. Sa croissance, au mieux, devrait s’aligner sur celle de l’économie, pas davantage. Je ne suis pas un expert dans les TI, ni même dans l’histoire des technologies au sens large, mais il me semble que les anciennes technologies comme le chemin de fer, la machine à vapeur, le moteur à combustion ou l’électricité étaient conçus pour fabriquer ou transformer la matière. Les technologies de l’information sont beaucoup plus que cela : il s’agit de manières de faire, d’outils intellectuels, de systèmes sophistiqués de collecte, de traitement et de diffusion de l’information. Bref, voilà une technologie dont la nature propre permettra encore longtemps, me semble-t-il, d’introduire une valeur ajoutée dans les produits et services des entreprises. Comme le disait un grand patron d’IBM, les avancées dans le domaine des microprocesseurs, des logiciels et de l’entreposage de données font que la technologie ne pose pas vraiment de problème aujourd’hui. C’est plutôt la façon dont les entreprises et leurs employés gèrent ces outils qui fait défaut. On ne le dira jamais assez: les entreprises non technologiques ont un grand bout de chemin à faire pour tirer tous les bénéfices des TI, et y retrouver l’avantage stratégique qui les démarquera de leurs concurrents. Il ne faut donc pas s’étonner de voir les services conseils en TI prendre plus de place que le «hardware» lui-même; un virage qu’ont bien compris les IBM et Hewlett-Packard de ce monde. Dire que les TI sont devenues des infrastructures standardisées et communes à tous les joueurs économiques ne veut pas nécessairement dire que chacun sait comment s’en servir. Affirmer que cette technologie ne compte plus, c’est comme affirmer que chaque entreprise a dorénavant assez d’informations sur ses opérations courantes, ses marchés, ses clients, ses fournisseurs et ses employés. Peu de patrons seraient prêts à soutenir une telle affirmation. Récipiendaire du A.M. Turing Award en 1999 (considéré comme le prix Nobel des sciences de l’informatique), Jim Gray déclarait récemment qu’au cours de ses 30 ans de carrière comme chercheur en informatique, il a connu au moins deux périodes où tout le monde croyait que la technologie informatique avait atteint une sorte de plateau permanent. À chaque fois, la technologie surprenait les sceptiques avec une nouvelle vague de développements. Comme quoi c’est toujours difficile, voire impossible, de prévoir ce qui arrivera dans ce domaine dans les 5 ou 10 prochaines années. «Cette chose qu’est l’ordinateur, lança-t-il, n’en est probablement qu’à ses premiers balbutiements». Les technologies comme le chemin de fer, la radio et l’automobile ont conduit à de tels excès d’investissement, disent certains économistes, qu’il s’en est suivi à chaque fois une période de douloureuse déflation d’au moins cinq ans. Selon eux, c’est exactement ce qui risque d’arriver après les excès d’investissement que nous avons connus dans les entreprises qui fournissent des technologies de l’information… et dans celles qui les ont achetées. Voilà une menace bien réelle, surtout si les dirigeants d’entreprises adhèrent aux thèses de Nicholas Carr, et cessent de croire au potentiel actuel et futur des TI. Ce que je doute. André Gosselin, vice-président recherche Orientation Finance. Pour consulter les chroniques précédente de "Investir selon les tendances", cliquez ici
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