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Malgré l’endettement, les États-Unis offrent des avantages à long terme pour y investir Les États-Unis
ont besoin quotidiennement d'au moins un milliard de dollars net de capitaux
étrangers pour financer leurs besoins de consommation et d'investissement. Certains pensent même que les États-Unis ont bien plus besoin du reste du monde que l’inverse, si bien que la lutte au terrorisme et la guerre en Irak ne sont que des prétextes pour conserver le statut de superpuissance économique des États-Unis. C’est notamment la thèse que défend l’historien et démographe Emmanuel Todd dans un essai récent intitulé Après l’empire: essai sur la décomposition du système américain. Il faut arrêter de s'extasier sur les performances de la première puissance du monde, explique Todd, car le déficit commercial américain a plus que triplé dans la dernière décennie pour atteindre des montants vertigineux, ce qui démontre que la société américaine dépend désormais des importations à crédit de biens matériels. Il rappelle que le déficit commercial américain atteignait déjà les 450 G$ en 2000, alors qu'il n'était que de 100 G$ en 1993. Heureusement pour les Américains, les capitaux des épargnants du monde entier, en quête de rendement mais surtout de sécurité, affluent vers les États-Unis pour prendre la forme d'obligations corporatives, de bons du Trésor ou d’actions. Toutefois, ces capitaux sont dilapidés par les Américains sous forme de consommations à court terme alors qu’au même instant les États-Unis se désindustrialisent à grande vitesse. Cette consommation à crédit repose donc sur la confiance que placent les épargnants étrangers dans la puissance américaine, garante de la paix mondiale. L’intérêt ultime des États-Unis, dans un tel contexte, consiste à créer une insécurité à l’échelle internationale pour continuer de justifier la confiance que leur accordent les épargnants du monde entier. Pour conserver, du moins symboliquement, son statut de superpuissance auprès des investisseurs du reste du monde, l'Amérique doit mettre en scène sa puissance sur le terrain géostratégique. Selon Todd, trois principes non avoués vont désormais guider la politique étrangère des États-Unis: ne jamais résoudre définitivement un problème; se focaliser sur des micropuissances (l’Irak, l’Iran, la Corée du Nord, Cuba, etc.); développer un arsenal militaire censé être indépassable. La thèse d’Emmanuel Todd est fort contestable, surtout quand elle divague dans une sorte de théorie du complot à peine déguisée, une nouvelle logique des intérêts supérieurs de la nation, à laquelle adhéreront automatiquement tous les prochains gouvernements américains, qu’ils soient républicains ou démocrates. C’est vrai que la dette des États-Unis, quand on regarde son évolution sur les 30 dernières années, a de quoi couper le souffle. Les Américains vivent de plus en plus à crédit, et ils ont besoin du reste du monde pour financer leurs dépenses de consommation et d’investissement. Un article récent du Wall Street Journal montrait d’ailleurs que la dette totale et combinée des ménages, des entreprises et des différents paliers de gouvernement (fédéral, états et municipalités) est passée de 4 billions de dollars en 1980 (4 trillions en anglais américain) à 31 billions au troisième trimestre de 2002. Il faut regarder cette dette par rapport au PIB afin d’en prendre toute la mesure. Or, elle équivaut actuellement à 295% du PIB annuel, comparé à 160% en 1980 et 150% en moyenne durant les années 1960-70. À l’heure où le gouvernement américain s’engage dans une guerre qui s’annonce plus longue que prévu, et par conséquent plus destructive, on devine que le budget militaire grimpera de façon astronomique, tout comme les coûts de la reconstruction de l’Irak. Le déficit des comptes courants (flux des marchandises, des services et des capitaux entre un pays et le reste du monde), actuellement de quelque 450 G$, représente de 4 à 4,5% du produit intérieur brut américain. Les États-Unis ont besoin quotidiennement d'au moins un milliard de dollars net de capitaux étrangers pour financer leurs besoins de consommation et d'investissement. Heureusement, chaque dépréciation de 1% du dollar se traduit, sur une période de deux ans, par une réduction de dix milliards du déficit des comptes courants. La baisse du dollar est une chose positive et nécessaire car une dépréciation du billet vert augmente les exportations et freine les importations, ce qui devrait contribuer à corriger le déficit commercial et par ce biais celui des comptes courants américains, qui est trop lourd. Selon la plupart des économistes, le mouvement à la baisse du dollar américain ne va pourtant pas durer longtemps, en raison notamment de l’assainissement des dépenses auquel s’adonne les entreprises, et de la remontée en puissance tant attendue de la croissance américaine au second semestre de 2003. Pour la plupart des investisseurs à travers le monde, l'économie américaine, en raison de sa plus grande compétitivité et de sa capacité d’innovation, utilise plus efficacement les capitaux que l'Europe et le Japon et offre de meilleurs rendements. C’est encore, et de loin, le pays où la liberté d’entreprendre et les droits qui y sont associés sont les plus développés. Il n’en faut pas davantage pour acheter des dollars et investir aux États-Unis. Le déclin de l’économie américaine, n’en déplaise à certains, n’est pas pour demain. Et l’Amérique n’a pas besoin de déployer sa puissance militaire dans des conflits régionaux pour convaincre le reste du monde, et surtout les investisseurs, de ses avantages économiques. Pour consulter les chroniques précédente de "Investir selon les tendances", cliquez ici
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