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Réexamen
des arguments en faveur des actions de croissance
selon Bill Sterling
Il est probable que 75% des
titres de sociétés du S&P 500 cotées dans 15
ans seront des titres dont la plupart des gens n’ont jamais entendu
parlé.
*Extrait intégral
du texte de William Sterling, Stratège mondial, CI Global Advisors
LLP
Les points saillants
- Nous avons récemment
relu l’histoire de la forte baisse du marché de 1973-74,
qui malheureusement comporte de nombreuses similarités avec la
situation actuelle
- Tout le monde
se précipite vers les fonds obligataires, au moment où
les obligations semblent plus surévaluées qu’elles
ne l’ont été depuis des décennies.
- Nous croyons donc
que la discipline de placement s’efforçant d’identifier
les sociétés ayant des perspectives supérieures
de croissance et dont le cours du titre est raisonnable génèreront
d’excellents rendements
- Dans un environnement
de changements structurels et technologiques continus, relativement
peu de sociétés ont des chances de remplacer des sociétés
bien établies dans un processus de « destruction créative
» qui récompense de façon disproportionnée
les sociétés innovatrices.
- La plupart des
indices boursiers « passifs » fonctionne comme des portefeuilles
actifs qui laissent les gagnants poursuivre leur route en éliminant
continuellement les positions perdantes
- En tant qu’investisseurs
axés sur la croissance, nous croyons qu’il faut continuellement
s’efforcer d’identifier les sociétés qui ont
le vent en poupe et celles qui sont en déclin. L’objectif
est simple : laisser les gagnants continuer tout en éliminant
constamment les perdants
- À l’intérieur
de secteurs d’activité spécifiques, le rendement
global pour les actionnaires (RGA) de jeunes sociétés
a été beaucoup plus élevé que pour les sociétés
plus anciennes.
- Dans les années
90, le taux moyen de rotation du S&P 500 a été de
près de 5 %, sous-entendant une durée de vie moyenne à
la cote de 20 ans, et non plus 65. M. Foster.
- Il est probable
que 75 % des titres de sociétés du S&P 500 cotées
dans 15 ans seront des titres dont la plupart des gens n’ont jamais
entendu parlé.
- Durant cette période
extrêmement douloureuse, quand la partie « destruction »
prend temporairement le dessus sur la partie « création
», nous continuons à penser que l’avenir de l’investissement
en actions de croissance demeure brillant
Au milieu
des rumeurs de guerre et du carnage quotidien des marchés boursiers,
il pourrait sembler déplacé de parler des thèmes
de placement à long terme. Il n’y a pas si longtemps
que cela, nous regardions un dessin animé résumant le sentiment
de nombreux investisseurs sur l’investissement à long terme.
Le dessin animé montrait un conseiller financier poussant ses clients
à penser à long terme. Pour faire passer son message, il
leur présentait un graphique avec une courbe de hausse impressionnante
des rendements – datant de l’ère jurassique.
Mis à part le dessin animé, nous sommes convaincus qu’une
des choses les plus importantes que les investisseurs doivent faire en
de telles périodes est d’ignorer les émotions passagères
et de penser sérieusement à la dynamique économique
de placement à long terme. Nous avons récemment
relu l’histoire de la forte baisse du marché de 1973-74,
qui malheureusement comporte de nombreuses similarités avec la
situation actuelle. Nous avons été encouragés
à réaliser que certains des meilleurs investisseurs des
dernières décennies avaient été gravement
touchés durant la période, mais avaient tout de même
réussi à émerger grands gagnants sur le long terme.
Ce qui les distinguait était leur concentration, malgré
la grande morosité, et le positionnement de leurs portefeuilles
pour qu’ils puissent rebondir fortement au moment de la reprise
des marchés de 1975 et 1976.
L’investissement axé sur la croissance est-il mort
?
Un des problèmes qui préoccupe de nombreux conseillers financiers
actuellement est de savoir si les styles de placement axés sur
la croissance sont de l’histoire ancienne. Alors que se poursuit
un débat sans fin sur la définition même des différents
styles de placement, un des éléments populaires de mesure
de la croissance par rapport à la valeur sépare les actions
en deux groupes. On définit les actions de croissance en disant
qu’elles sont dispendieuses en terme de cours par rapport à
la valeur comptable, alors que les actions de valeur sont les actions
qui, selon la même mesure, se rangent dans la moitié des
actions bon marché du groupe. Comme l’indique le tableau
1, les actions de croissance ont surclassé les actions de valeur
pendant de nombreuses années et ont dégringolé en
2001, au moment où les actions axées sur la valeur ont enregistré
des rendements nettement supérieurs.

Tableau 1 : Les actions axées sur la valeur ont largement surclassé
les actions de croissance en 2001, mais il y a eu de longues périodes
où les actions de croissance faisaient mieux.
Bien entendu, les
résultats de 2001 ont convaincu de nombreux investisseurs de renoncer
à jamais aux actions de croissance, passant aux fonds axés
sur la valeur cette année alors qu’à la fois les styles
axés sur la croissance et la valeur encaissaient les coups. À
l’heure actuelle, tout le monde se précipite vers
les fonds obligataires, au moment où les obligations semblent plus
surévaluées qu’elles ne l’ont été
depuis des décennies. Si un style de déflation
de 10 ans à la japonaise se réalisait, les obligations pourraient
bien continuer à être l’instrument de placement de
choix. Mais si la croissance repart aux États-Unis et dans les
autres principaux pays, les rendements des actions devraient facilement
battre ceux des obligations.
Avant de nous lancer dans le débat en faveur des actions axés
sur la croissance, regardons simplement les chiffres. Avec un taux de
rendement de 2,4 % du Dow Jones, les actions ont besoin d’une remontée
des cours de simplement 1,2 % par an pour faire aussi bien que les obligations
d’État à 10 ans qui ne rapporte actuellement que 3,6
%. En d’autres mots, si le Dow maintient un taux de rendement de
2,4 % et remonte au niveau des 8600 points sur les 10 prochaines années
(sur la base d’une appréciation annuelle des cours de 1,2
%), son rendement sera alors comparable à celui des bons du Trésor
à 10 ans. Bien entendu, si le rendement global des actions revient
à des nombres à deux chiffres, les rendements des actions
battront à plates coutures ceux des obligations. C’est la
façon spectaculaire dont la valorisation relative des actions par
rapport aux obligations a changé durant le marché baissier.
Qu’en est-il donc des placements axés sur la croissance ?
Notre première constatation est simple. Dans un climat
de faible inflation et de faibles rendements, la croissance sera certainement
une denrée rare pour laquelle les investisseurs paieront une prime.
Nous croyons donc que la discipline de placement s’efforçant
d’identifier les sociétés ayant des perspectives supérieures
de croissance et dont le cours du titre est raisonnable génèreront
d’excellents rendements. Avec de nombreux secteurs d’activité
mûrs devant faire face à la concurrence mondiale et au déclin
de leur marges de profits, le nombre de « zones de non-profit »
de l’économie pourrait bien augmenter, donnant du charme
aux sociétés de croissance.
Façon dont la « destruction créative »
affecte les indices boursiers
Notre deuxième constatation est moins évidente :
Dans un environnement de changements structurels et technologiques continus,
relativement peu de sociétés ont des chances de remplacer
des sociétés bien établies dans un processus de «
destruction créative » qui récompense de façon
disproportionnée les sociétés innovatrices. Une
de nos plus fortes croyances porte sur le fait que le processus de changements
structurels et technologiques s’accélèrera probablement
au cours des prochaines décennies, impliquant des vagues continues
de destruction créative.
De nombreux investisseurs ont appris que la meilleure stratégie
à long terme consiste à acheter et à garder les titres.
Toutefois, cette démarche comporte certains risques très
importants qui ne sont pas toujours bien compris. Possédant des
portefeuilles largement diversifiés – par exemple un panier
de titres représentant l’indice S&P 500 – s’est
révélé rentable sur de longues périodes. Mais
détenir les titres de l’indice n’est absolument pas
la même chose que d’avoir une stratégie consistant
à acheter et à garder des titres de sociétés
spécifiques. Ceci en raison du fait que la composition des indices
boursiers populaires a changé à un rythme croissant au cours
des dernières années.
Chaque année, de nouvelles sociétés sont ajoutées
au S&P 500 alors que des sociétés plus anciennes en
sortent. Virtuellement un indice boursier important sur deux a les mêmes
caractéristiques. En d’autres termes, la plupart
des indices boursiers « passifs » fonctionne comme des portefeuilles
actifs qui laissent les gagnants poursuivre leur route en éliminant
continuellement les positions perdantes. Par conséquent,
les indices ont eu tendance à faire mieux que l’on aurait
pu s’y attendre si l’on se fonde sur les tendances économiques
générales. La compétitivité dont ont
joui les indices a été de deux ordres : Ils ont bénéficié
de la création de valeur associée à l’arrivée
de nouveaux participants dynamiques, et évité la destruction
de valeur associée aux sociétés en déclin.
Richard Foster, associé principal de McKinsey & Company, a
étudié en détails ce processus et est arrivé
à une conclusion étonnante. En raison du roulement
continu des sociétés qui composent l’indice S&P
500, il n’y avait en 1997 que 74 sociétés qui composaient
l’indice 40 ans plus tôt. Et de ses 74 survivantes,
seules 12 ont surclassé l’indice sur la période 1957-1998.
Si vous aviez donc su à l’avance quelles sociétés
survivraient ces 40 années, une stratégie consistant à
acheter et à conserver ces sociétés aurait rapporté
des rendements peu brillants par rapport au marché global.
Avez-vous conduit une Studebaker récemment ?
Quel intérêt ? Selon la recherche de M. Foster, si le marché
actuel n’était composé que des sociétés
cotées en 1957, le rendement global de l’indice aurait été
de 20 % inférieur à ce qu’il a été.
La contribution des nouveaux participants et l’impact de la sortie
des sociétés qui ont perdu leur fortune ont été
des éléments clés des excellents rendements des indices
boursiers sur de longues périodes.
La destruction créative, livre publié en 2001 par
M. Foster et sa co-auteure Sarah Kaplan, raconte l’histoire de la
montée et du déclin de nombreuses grandes sociétés.
Un élément clé du livre est la façon dont
le processus de naissance et de décès d’une société
affecte les résultats généraux de la Bourse sur des
longues périodes. Un des thèmes principaux des auteurs,
mentionné ci-dessus, est de constater que les sociétés
qui ont survécu n’ont pas nécessairement été
des placements rentables pour leurs actionnaires. Une excellente illustration
de ceci se trouve dans une étude du magazine Forbes de 1987 pour
célébrer le 70è anniversaire de sa liste originelle
« Forbes 100 » des plus grandes sociétés américaines
en 1917.
Comme le montre le tableau 2, seules 18 de ces sociétés
avaient réussi à demeurer parmi les 100 meilleures entre
1917 et 1987. Ces sociétés – y compris Kodak, DuPont,
General Electric, Ford, General Motors, Proctor & Gamble et une douzaine
d’autres – étaient clairement des sociétés
respectées ayant survécu la Grande dépression, plusieurs
guerres, de nombreuses récessions et des changements technologiques
stupéfiants. Toutefois, en tant que groupe, ces sociétés
n’ont pas enregistré de bons résultats pour les actionnaires
et ont rapporté à leurs investisseurs des rendements à
long terme entre 1917 et 1987 inférieur de 20 % à ceux du
marché en général. Par miracle, seules deux d’entre
elles, General Electric et Eastman Kodak, ont enregistré de meilleurs
résultats que le marché sur la période complète;
et Kodak fait depuis moins bien que le marché.

Tableau 2 : Seules 18 sociétés de la liste du «
Forbes 100 » de 1917 ont réussi à demeurer à
l'affiche en 1987, et seulement deux d'entre elles ont surclassé
les indices.
Des sociétés
de la liste « Forbes 100 » de 1917, 61 avaient cessé
d’exister en 1987 et 21 autres ne faisaient plus partie des 100
meilleures. Ceci illustre bien la difficulté de battre le marché
sur le temps pour les investisseurs qui achètent et conservent
les titres, même si au départ ils s’étaient
concentrés sur les plus belles de ces sociétés de
premier ordre. M. Foster parle en détails de l’histoire poignante
de sociétés renommées qui ont disparu, y compris
Studebaker, American Locomotive et Anaconda Copper.
De nombreux investisseurs sont actuellement effarés par l’orgueil
démesuré de nombreux chefs d’entreprises qui n’ont
pas su voir les risques auxquels leurs sociétés devaient
faire face, mais un rappel historique peut rapidement nous remémorer
que ceci n’a rien de nouveau. Songez aux prédictions de C.
Jay Parkinson, président d’Anaconda : « Cette société
demeurera solide pour les 100 ans, voire les 500 ans à venir. »
Trois ans plus tard, la société déclarait faillite.
Il faut retirer de ce passage historique que la production de rendements
supérieurs sur le long terme requière plus que la détention
d’une liste de sociétés aujourd’hui renommées
pour les conserver à long terme. En tant qu’investisseurs
axés sur la croissance, nous croyons qu’il faut continuellement
s’efforcer d’identifier les sociétés qui ont
le vent en poupe et celles qui sont en déclin. L’objectif
est simple : laisser les gagnants continuer tout en éliminant constamment
les perdants. Il n’y a aucune garantie que cette démarche
fonctionne chaque trimestre ou chaque année. Toutefois, nous croyons
que prévoir la dynamique du processus de destruction créative
est probablement une des meilleures façons de générer
des rendements supérieurs sur le long terme – et nous ne
parlons pas à l’échelle d’une ère géologique.
De nombreuses formes d’investissement axé sur la valeur se
concentrent sur l’identification de sociétés mûres
dont le titre se négocie temporairement en dessous de leur niveau
garanti d’évaluation, et de telles stratégies peuvent
de toute évidence générer d’excellents rendements
si elles sont judicieusement exécutées. Mais une des raisons
pour lesquelles nous croyons que les stratégies axées sur
la croissance reviendront en vogue provient du fait que les rendements
globaux des investissements dans des sociétés mûres
- telles que les « survivantes » mentionnées plus haut
– ont généralement été inférieurs
aux rendements générés par les sociétés
dynamiques nouvelles.
À l’intérieur de secteurs d’activité
spécifiques, le rendement global pour les actionnaires (RGA) de
jeunes sociétés a été beaucoup plus élevé
que pour les sociétés plus anciennes (voir tableau
3). Ce qui ne signifie pas qu’il n’y ait pas occasionnellement
de grandes valeurs parmi les sociétés mûres. Mais
les chances de trouver des sociétés enregistrant de belles
performances tendent à être plus élevées parmi
les nouveaux arrivants. Une fois de plus, ceci se fonde sur le
travail de M. Foster et Mme Kaplan, qui disent que les sociétés
à petites et moyennes capitalisations sont souvent sous-évaluées
par rapport à leur potentiel de croissance, même quand leur
ratio cours/bénéfices sont plus élevés que
ceux des sociétés plus mûres. Dit différemment,
des ratios c/b plus bas pour des sociétés mûres ne
garantissent souvent pas que ces sociétés n’afficheront
pas des résultats décevants ou qu’en finale elles
ne prendront pas le chemin de Studebaker, American Locomotives ou Anaconda.

Tableau 3 : À l'intérieur des secteurs d'activité,
les nouveaux arrivants ont habituellement joui d'un rendement global pour
les actionnaires plus élevé que celui des sociétés
mûres.
En avant toute
La récente récession et déprime du marché
ont en fait ralenti le rythme des restructurations industrielles en réduisant
temporairement le montant de capital-risque disponible pour entreprendre.
Toutefois, ceci ne sous-entend pas que le processus de destruction créative
va s’arrêter progressivement. La tendance des dernières
décennies a été avant tout d’accélérer
le rythme de changement.
Dans les année 20 et 30 par exemple, le taux de rotation des sociétés
de l’indice S&P 500 était en moyenne de 1,5 % par an.
Ce qui signifiait que les nouveaux arrivants pouvait s’attendre
à demeurer à la cote pendant plus de 65 ans. Les sociétés
de cette époque étaient mises en place sur l’hypothèse
que les changements seraient très graduels. Dans les années
90, le taux moyen de rotation du S&P 500 a été de près
de 5 %, sous-entendant une durée de vie moyenne à la cote
de 20 ans, et non plus 65. M. Foster et Mme Kaplan avancent que
d’ici 2020, la duré de vie moyenne à l’indice
des sociétés sera d’environ 10 ans, compte tenu que
moins en moins de sociétés feront partie des « survivantes
».
Ceci n’est absolument pas une hypothèse exagérée.
Bien que le taux de rotation du S&P 500 soit d’environ 5 % pour
les années 90, il approche les 10 % en 1998. À mesure que
les marchés des capitaux se normalisent et reprennent leur rôle
de fournisseur de capital-risque, nous prévoyons que le taux de
rotation des principaux indices boursiers remontera à nouveau,
avec un équilibre raisonnable entre les parties « création
» et « destruction ». Si c’est le cas, il
est probable que 75 % des titres de sociétés du S&P
500 cotées dans 15 ans seront des titres dont la plupart des gens
n’ont jamais entendu parlé. En conséquence,
nous croyons que le processus d’anticipation des changements technologiques
et structurels et la restructuration adéquate des portefeuilles
seront plus importants que jamais dans les années à venir.
Durant cette période extrêmement douloureuse, quand
la partie « destruction » prend temporairement le dessus sur
la partie « création », nous continuons à penser
que l’avenir de l’investissement en actions de croissance
demeure brillant. Dans le passé, les principales reprises
ont inévitablement suivi les grandes secousses boursières.
Dans la reprise à venir, notre objectif est de prospérer,
pas seulement de survivre.
William Sterling, Stratège mondial,
CI Global Advisors LLP
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