À Toronto, plus de 90 % des titres peuvent faire l'objet d'une vente à découvert, ce qui donne quand même beaucoup de possibilités.

* Chronique d'André Gosselin parue sur le site LesAffaires.com.

Une des grandes surprises qui attendent celui ou celle qui fait l’apprentissage du marché boursier est de voir qu’on peut vendre un titre qu’on ne possède pas.

L’investisseur qui pense qu’un titre est surévalué peut emprunter les actions à son courtier pour les vendre sur le marché. Il lui suffit de les racheter plus tard en espérant que le cours aura baissé, et de remettre les actions en question à son courtier en empochant la différence.

Tout ce qui intéresse votre courtier c’est de ravoir les actions qu’il a prêtées, en exigeant une couverture minimale (30 % de la valeur des titres vendus par exemple). Cette stratégie qui consiste à miser sur la baisse d’un titre s’appelle la vente à découvert (selling short en anglais).

Disons, par exemple, que vous vendez à découvert 1000 actions de Bombardier à 5$ parce qu’à ce prix, selon vous, le titre est nettement surévalué. Deux mois plus tard les actions ne valent plus que 2$ et vous décidez de les racheter. Vous les remettez à votre courtier et vous encaissez un profit de 3$ l’action, soit 3000 $ au total.

Avec la chute des marchés depuis trois ans, les rares investisseurs qui ont fait de l’argent sont ceux qui n’ont pas hésité à vendre à découvert. Imaginez votre gain si vous aviez vendu à découvert 1000 actions de Nortel lorsqu’elles se négociaient à 100$ à Toronto, pour les racheter à 3$ quelque part au début de 2003. Si votre courtier exigeait une couverture de 30 000$ pour cette transaction, cela représente tout de même un rendement de près de 300% puisque le gain total est de 97 000$.

Je connais des investisseurs qui ont vendu à découvert, en 2000, des actions de Cisco à un prix de 89$, et qui maintiennent toujours leur position car selon eux le titre s’oriente résolument à la baisse, malgré un sursaut important depuis quelques mois (l’action de Cisco se transige aux alentours de 18$ ces jours-ci).

Il semblerait qu’à peine 5% des investisseurs américains font de la vente à découvert. Au Canada, le pourcentage est sans aucun doute moins élevé encore. Comme le marché est encore cher et que les aubaines sont rares, la vente à découvert reste pourtant un outil que les investisseurs ont intérêt à maîtriser s’ils veulent tirer leur épingle du jeu.

D’ailleurs, les courtiers québécois n’hésitent pas à faire la promotion de cet instrument financier pour aider leurs clients à avoir un portefeuille plus équilibré et mieux protégé contre les aléas du marché. Ainsi, on trouve dans le numéro d’été du bulletin d’information «Le Financier» de Courtage à escompte Banque Nationale (CEBN), un article qui tente de démystifier la vente à découvert.

Le client est bien averti que la vente à découvert implique un effet de levier, puisque les titres que le courtier prête au client supposent que ce dernier ne doit maintenir qu’une fraction de la valeur des titres en guise de couverture minimale. CEBN, comme tout autre courtier, se réserve le droit d’augmenter la couverture minimale exigée si jamais elle juge que le titre faisant l’objet de la vente à découvert comporte un risque plus élevé que la normale.

Le courtier peut également refuser l’autorisation de vente à découvert sur certains titres en particulier qu’il juge trop risqués pour le client comme pour lui-même, comme dans le cas du marchand Internet Amazon.com. Même s’il s’agit d’une situation exceptionnelle et très rare, le courtier pourrait avoir le droit, pour des raisons de disponibilité du titre, d’exiger de son client qu’il rachète les actions de sa vente à découvert. Dans un tel cas, le client pourrait devoir les racheter et encaisser une perte.

Évidemment, ce ne sont pas tous les titres sur le marché canadien ou américain qui sont disponibles pour une vente à découvert. Au Canada, l’Association canadienne des courtiers en valeurs mobilières (l’ACCOVAM) pose certaines exigences : le titre doit se transiger en haut d’un certain prix (2$ normalement), et il doit avoir un volume quotidien de transactions suffisant. À Toronto, plus de 90 % des titres peuvent faire l’objet d’une vente à découvert, ce qui donne quand même beaucoup de possibilités.

Plusieurs critiques ont été formulées à l’endroit de la vente à découvert et des risques que ce type de transactions comportent. Quand un investisseur achète un titre, dit-on, le pire qui puisse arriver est de le voir tomber à zéro. Quand on fait une vente à découvert en revanche, la perte est théoriquement illimitée puisqu’il n’y a pas de plafond lorsqu’un titre grimpe. Les partisans de la vente à découvert répondent à cette objection en disant qu’ils ont vu beaucoup plus de titres tomber à 0 $ que de titres monter à l’infini.

André Gosselin

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