L’analyse des secteurs industriels : des écarts de rendement étonnants selon André Gosselin

* Source : Livre : « Investir dans les titres de petites entreprises», écrit par André Gosselin, aux éditions Transcontinental.

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L’analyse des secteurs industriels mène à une stratégie d’investissement que certains investisseurs appellent la rotation de secteurs. Il s’agit de trouver les secteurs qui connaîtront le meilleur rendement au cours des prochaines années et de miser sur les entreprises de ce secteur. S’il n’y avait pas de différences marquées dans les rendements boursiers des différents secteurs industriels, il ne vaudrait pas la peine de s’attarder à l’analyse industrielle du marché. Mais ce n’est pas le cas.

La recherche universitaire est parvenue à un certain nombre de conclusions solides sur le rendement boursier par secteur industriel. On sait, par exemple, qu’il est impossible de déterminer par secteur d’industrie les rendements à venir sur la seule connaissance des rendements passés. D’une année à l’autre et d’une industrie à l’autre, les différences de rendement sont très variées, au point qu’on ne peut y déceler de tendances claires et précises. En voyant les écarts de rendement entre les industries, certains chercheurs se sont demandé s'il ne valait pas mieux que les analystes et les investisseurs concentrent toute leur attention sur ce plan et laissent tomber l'examen des entreprises en particulier. Si toutes les firmes au sein d'une même industrie connaissent des rendements similaires, pourquoi pousser l'investigation auprès de chaque entreprise individuelle?

Or, on a découvert que les écarts de rendement entre les entreprises d'un même secteur industriel sont aussi grands qu'entre les secteurs eux-mêmes. Les chercheurs ont observé aussi que certaines entreprises sont beaucoup plus dépendantes des forces de leur industrie que d'autres entreprises évoluant dans d'autres secteurs. Par exemple, on a remarqué que les entreprises dont les activités sont dans le domaine du pétrole, des métaux précieux, de l'acier, de l'automobile et des chemins de fer subissent très fortement l'influence des forces (marchés, employés, syndicats, taux d'intérêt, revenu des particuliers, réglementation, etc.) qui touchent toute l'industrie.

Les deux chercheurs démontrent, chacun de leur côté, qu'en général plus de 20 % des bénéfices des entreprises est attribuable à l'environnement économique, et un autre 20 % des profits est redevable à la conjoncture qui prévaut dans leur secteur industriel. La différence, de plus ou moins 60 % des bénéfices, est attribuable à l'entreprise. On constate plus particulièrement que les secteurs de l’automobile, des magasins à rayons, des pâtes et papiers et du pétrole sont fortement soumis aux aléas de l'économie et aux forces de leur industrie respective. En retour, les secteurs de l'aéronautique, de l'alimentation et de la pharmaceutique sont parmi les plus indépendants de leur environnement économique et industriel.

L’investisseur qui préfère une industrie plutôt qu’une autre a intérêt à connaître les sensibilités externes ou « environnementales » des titres qu’il convoite. De cette façon, il saura quelle importance il doit accorder à l’aspect macro-économique et industriel de son analyse fondamentale.


André Gosselin, vice-président recherche Orientation Finance.