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Battre
le marché : une mission impossible selon les « savants »
La théorie des marchés efficients Les efforts des professionnels ou des amateurs pour battre le marché sont vains et contre-productifs, prétend la théorie simplement parce que chacun joue très bien son rôle, avec autant de savoir, de détermination et d’intelligence qu’il est possible. Les gestionnaires de fonds prennent un temps fou et dépensent des sommes d'argent considérables pour comprendre la santé financière, la rentabilité, le potentiel et l'avenir des entreprises cotées en Bourse; il sont si nombreux à le faire et l'information circule si rapidement, que personne ne peut avoir un avantage sur les autres. Par la théorie du marché efficient, on affirme que le marché boursier (ou, si l'on préfère, les investisseurs pris collectivement) est à ce point efficace que toute l'information pertinente en ce qui concerne l'évaluation du titre d'une compagnie influe automatiquement sur son prix, souvent, avant même que cette information ne soit du domaine public. Tous les éléments et événements connus (donc passés), et même ceux qui sont prévus (ex. : taux d'intérêt, profits, chiffres d'affaires, etc.), sont reflétés très rapidement dans le prix des actions. Certes, ces renseignements ne sont pas toujours parfaitement intégrés dans le cours des valeurs, mais cela n'a pas d'importance. L’essentiel est que personne ne peut arriver à découvrir systématiquement les titres qui sont mal évalués par leurs semblables. Chacun est à la recherche de l'aubaine, du titre qui ne sera pas apprécié par le marché à sa juste valeur, si bien que les bonnes affaires s'envolent très rapidement et qu'elles ne sont jamais accaparées par les mêmes. C'est comme d'envoyer 1000 athlètes professionnels dans un grand magasin en leur disant que le but du jeu est de trouver les 10 articles dont le prix est plus bas que chez les concurrents. Les chances sont minces, si l'on répète cet exercice une centaine de fois, que ce soit toujours les mêmes qui gagnent. La Bourse n'est pas tellement différente. La concurrence est telle entre les investisseurs, qu'ils soient institutionnels ou individuels, que personne ne peut espérer longtemps réaliser des profits substantiels qui dépassent la norme. La théorie des marchés efficients pose un remarquable défi aux investisseurs dont l’ambition est de battre le marché à long terme, c'est-à-dire à ceux qui veulent aller chercher le 2 %, 3 % ou 4 % de plus que la moyenne du marché qui rapporte très gros à l'âge de la retraite. C'est à se demander si la tâche n’est pas impossible et s’il n’est pas préférable de se contenter de faire la moyenne du marché en misant sur les fonds de placement qui ne cherchent qu'à copier les indices de référence. Cette réaction normale de l'investisseur commence à se généraliser dangereusement, comme en témoigne la popularité grandissante des fonds indiciels en Amérique - en particulier les fonds qui cherchent à calquer l'indice S&P 500 et qui ont vite fait de conclure que son rendement est presque imbattable. Ce qui a effectivement été le cas dans la seconde moitié des années 1990. Des anomalies dont on peut tirer profit Je pense qu'il ne faut pas jeter la serviette trop rapidement. Comme beaucoup d'autres, je crois qu'il est très difficile de battre le marché, mais j'estime que ce n'est pas impossible. Il existe des stratégies qui ont fait la preuve, par le passé, qu'elles arrivaient à faire mieux que le marché par une marge pouvant aller jusqu'à 7 % ou 8 % au-dessus de la moyenne du marché, et ces stratégies sont suffisamment simples, systématiques et rigoureuses pour être exploitées encore de nos jours et donner à l'investisseur moyen de bonnes chances de tirer son épingle du jeu. Si je devais donner un ordre de grandeur, je dirais que ces stratégies ont 70 % de chances de s'en tirer encore avec une victoire. Peut-être pas par une marge aussi grande que par le passé, mais par une marge suffisante pour inciter l'investisseur à prendre ce risque. Un risque que j'estime d'ailleurs bien calculé, car si ces stratégies ne font pas mieux que le marché, elles ne devraient pas faire beaucoup moins. Comme on dit, le risque en vaut la chandelle. Soyons tout de même francs et donnons l'heure juste. Si l'on fait remonter les débuts de la théorie des marchés efficients aux années 1950, on peut affirmer que près des trois quarts de la recherche universitaire réalisée aux États-Unis et dans le monde confirment la justesse de cette théorie. De ces 3 000 ou 4 000 travaux de recherche publiés dans les revues académiques reconnues, le quart observe tout de même certaines «anomalies» dans les marchés (pour employer l'expression consacrée). Les chercheurs, jusqu'à ce jour, ont testé environ une quarantaine de facteurs qui peuvent influer sur les rendements enregistrés par les valeurs à la Bourse. De ce nombre, il y en a six ou sept, tout au plus, qui recueillent un certain consensus chez les chercheurs et qui nous permettent de croire qu’ils contribuent à générer des rendements supérieurs à la normale. Pour l'investisseur, la question capitale est de savoir s'il peut utiliser ces facteurs dans une stratégie d'investissement qui sera efficace. Comme je le montrerai, ce n'est pas toujours évident. On a découvert un jour que l'uranium dégageait une immense source d'énergie lorsqu'il subissait un certain nombre de manipulations. Toutefois, la construction de centrales nucléaires alimentées en uranium a nécessité de nombreuses années de recherche supplémentaires. Il en est de même de la recherche sur les marchés financiers. Les chercheurs découvrent des facteurs qui exercent un effet significatif sur les rendements des actions, et qui suscitent des rendements « anormaux », mais ils donnent très rarement le mode d'emploi permettant de tirer profit de ces découvertes. C'est aux investisseurs de découvrir la recette, le mode d'emploi ou l'application pratique de l'observation théorique qui leur fera profiter des anomalies observées. Une lecture exhaustive de la documentation sur le sujet me permet de croire que les marchés boursiers comportent des failles et des poches d'inefficience, démontrées par la recherche académique, assez bien exploitées par des stratégies méthodiques et parfaitement accessibles à tout investisseur qui a peu de temps à consacrer à la gestion de son portefeuille, mais qui possède une intelligence moyenne et, surtout, une discipline inébranlable. L’investisseur prudent comprendra qu'il lui faut avoir un solide point de vue sur la recherche académique s'il veut se sentir à l'aise avec une stratégie d'investissement particulière.
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