Des cycles boursiers réels ou des prévisions qui se réalisent?

Les cycles boursiers reposent?ils sur des facteurs fondamentaux réels ou s'agit?il de cycles provoqués par des croyances, des habitudes et des mouvements de mode?

*Chronique extraite du volume « Investir dans les titres de petites entreprises » de l’auteur André Gosselin.

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La question que je me pose au sujet des cycles boursiers est la suivante: De tels cycles reposent-ils sur des facteurs fondamentaux réels (cycles de production, de consommation, d'épargne, d'investissement, d'inflation, de rotation des stocks, etc.) ou s'agit-il de cycles provoqués par des croyances (vraies ou fausses), des habitudes et des mouvements de mode?

Les marchés boursiers tentent de prévoir, dans une boule de cristal, dirais-je, les mouvements de l'économie, les tendances dans telle ou telle industrie et les bonnes occasions d'affaires représentées par telle ou telle entreprise. Le seul fait de prévoir un événement peut faire que l'événement prévu arrive. Par exemple, si une majorité d'individus croient que l'inflation ou le prix des biens augmentera considérablement au cours de l'année suivante, cela est suffisant pour les pousser à acheter des biens à ce moment-là et faire advenir la poussée inflationniste qu'ils craignent.

Le seul fait de croire, aujourd'hui, que les titres de petite et de grande capitalisation suivent des cycles désynchronisés suffirait-il à engendrer de tels cycles ? Je crois que oui. Du moins, il faut prendre cette hypothèse au sérieux. Sans doute qu'à l'origine les cycles boursiers entre grandes et petites entreprises reposaient sur des faits économiques indépendants de toute volonté individuelle ou collective. Néanmoins, il arrive un moment où les investisseurs, surtout professionnels, croient tellement à la présence des cycles qu'ils les amplifient et, pire encore, les font naître.

Les investisseurs professionnels et les zinzins de Wall Street ont tenté, tant bien que mal, de rationaliser les cycles opposés des titres de petite et de grande capitalisation. Certains ont cru remarquer que les petites capitalisations donnaient leurs meilleurs rendements au tout début d'une phase de croissance ou de reprise économique. L’explication standard retient deux facteurs. Le premier est que les titres des petites entreprises sont particulièrement vulnérables au moment des récessions économiques; et dès que la reprise se fait sentir, ils profitent d'un rattrapage spectaculaire par rapport aux titres de capitalisation élevée. Le second facteur consiste en ce que, au moment d'une reprise économique, les petites entreprises réagissent rapidement aux nouveaux besoins et aux nouvelles demandes des consommateurs. Leurs ventes et leurs profits augmentent plus rapidement que ceux des grandes entreprises et les investisseurs retrouvent un intérêt pour cette catégorie d'actifs.

Cela signifie-t-il qu'une stratégie de timing du marché doit accompagner toute stratégie de placement axée sur les titres de petite capitalisation ? Malgré la clarté et la régularité des cycles de rendement des petites capitalisations et leur correspondance avec les cycles économiques, peu de spécialistes américains des small stocks s'avancent sur ce terrain miné. Du moins, ils ne le font pas publiquement. En effet, nous avons de bonnes raisons de croire qu'en privé ils gèrent leurs placements selon certains scénarios de prévision des tendances générales du marché.

La plupart des analystes financiers acceptent maintenant l'idée que les titres de petite capitalisation obéissent à des cycles et que leur rendement alterne avec celui des titres de grandes compagnies. Pour ceux qui considèrent comme une évidence les cycles boursiers des petites compagnies, la tentation du timing du marché peut être grande, et ce, tant chez les gestionnaires de fonds à petites capitalisations que chez les investisseurs individuels. Pour certains gestionnaires, il est plus important de savoir quand investir dans les petites entreprises que de savoir quels titres choisir. Il faut, disent-ils, tenir compte du fait qu'il y a un cycle où les petites capitalisations ont un meilleur rendement que les grandes, suivi d'un autre cycle où les grandes compagnies sont meilleures que les petites, tout cela selon une régularité étonnante.

Une chose est sûre selon moi: plus on s'étonne de la régularité et de la récurrence des cycles boursiers des grandes et des petites firmes, plus on a tendance à les amplifier et à leur donner de la vigueur. L’investisseur intelligent doit donc moins exploiter les cycles « Objectifs » des petites et des grandes firmes que les cycles « subjectifs» inhérents aux croyances et aux attitudes des investisseurs. En somme, il faut se situer au-dessus de la masse des investisseurs, experts ou non. C'est la seule façon de bien exploiter les cycles boursiers des titres de petite et de grande capitalisation.

André Gosselin

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