La diversification du portefeuille doit être sectorielle avant d'être géographique

Une stratégie d'investissement utilise les fonds communs sectoriels pour battre le marché.

*Cette chronique d'André Gosselin parue dans "Finance et Investissement" .

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Les fonds communs de placement (FCP) dits sectoriels et ciblés sur des secteurs industriels précis sont de plus en plus populaires… et communs. Fidelity avait introduit en 1981 six de ces fonds sectoriels, en 1986 elle en offrait 16 de plus, si bien qu'on se retrouvait en 1999 avec 31 fonds sectoriels. Plusieurs autres grandes familles de fonds ont suivi l'exemple de Fidelity, en offrant à leurs clients une gamme très variée de fonds sectoriels.

Bien sûr, on a les incontournables fonds technologiques, financiers, biotechnologiques et énergétiques. Mais la liste ne s'arrête pas là. L'investisseur trouve maintenant des fonds spécialisés dans les secteurs de l'alimentation, de la construction, des produits forestiers, de la défense, des transports, du commerce de détail et du loisir.

Certains doutent de l'utilité de ce type de fonds. On les voit comme des produits qui consistent à séduire la clientèle, des objets de marketing, beaucoup trop spécialisés dans les faits pour vraiment augmenter l'efficience de la répartition de l'actif.

Il y a sans l'ombre d'un doute des motivations purement commerciales derrière la création de certains fonds sectoriels. On aurait tort toutefois de penser qu'il sont de peu d'aide dans la diversification du portefeuille.

Jusqu'à très récemment, on observait que la diversification géographique du portefeuille dans plusieurs pays ou régions de la planète était le plus important facteur de diminution du risque. Depuis quelques années, des études nous montrent que la diversification du portefeuille par secteur industriel est devenu un important facteur de réduction du risque, plus important encore que la diversification par pays ou régions du monde. C'est surtout vrai aux États-Unis, et sans doute de plus en plus le cas au Canada et dans d'autres pays développés.

On peut penser, sans trop se tromper, que la globalisation de l'économie et les mouvements de fusion et acquisition entre entreprises multinationales feront en sorte que la diversification sectorielle du portefeuille sera beaucoup plus importante que la diversification géographique. Une plus grande intégration des systèmes économiques de chaque pays a comme résultat immédiat que les cycles d'expansion et de contraction se ressemblent, avec un meilleur synchronisme que par le passé. Pourquoi alors s'attarder à la répartition géographique du portefeuille?

Industries en momentum

J'ai toujours été intrigué par l'effet momentum des cours boursiers. Les titres qui connaissent une forte croissance de leurs cours boursiers sur les 6 à 12 derniers mois ont tendance à battre les indices de marché sur les 6 à 12 mois suivants. Les investisseurs institutionnels qui ont su exploiter cette anomalie des marchés ont connu beaucoup de succès, notamment ceux qui ont été assez sages pour ne pas tout mettre leurs œufs dans le même panier techno.

On cherche toujours les causes de cette " anomalie " du marché qui permet à certains de réaliser des bénéfices supérieurs à la normale. L'explication la mieux connue jusqu'à ce jour consistait à dire que l'effet momentum des cours boursiers repose sur le fait que le marché est lent à réagir face aux entreprises qui connaissent du succès et qui réalisent des bénéfices supérieures aux attentes des analystes.

Depuis deux ans, quelques études montrent que l'effet momentum des cours boursiers serait assimilable à un effet d'industrie. En d'autres mots, les secteurs industriels qui se démarquent par de bonnes performances boursières lors des 6 à 12 derniers mois ont fortement tendance à faire mieux que le marché dans son ensemble lors des 6 à 12 mois suivants. En retour, les secteurs industriels qui ont produit de piètres rendements en bourse lors des 6 à 12 derniers mois ont fortement tendance à sous-performer lors des 6 à 12 mois suivants. Comme on dit : plus ça va bien, plus ça risque d'aller bien; mais plus ça va mal, plus ça risque d'aller mal.

Une étude signée par les professeurs Moskowitz et Grinblatt et qui porte sur la période 1963-1995 est assez révélatrice de cet effet de momentum boursier par secteur industriel. Ainsi, une stratégie qui consiste à investir dans les compagnies des 3 secteurs qui se sont le mieux illustrés lors des derniers 6 mois sur le plan boursier permet d'obtenir un rendement supérieur de 5%, sur une base annuelle, au rendement moyen du marché. La bourse génère du 10% de rendement! Cette stratégie vous donne du 15%. Voilà une donnée assez intéressante, théoriquement, pour ceux qui cherchent à battre le marché.

Le recours aux fonds sectoriels

En théorie, le momentum des cours boursiers au sein des secteurs industriels performants est un phénomène assez bien prouvé et documenté. Mais comment passer de la théorie à la pratique? Existe-t-il une stratégie concrète, pas trop coûteuse, qui puisse être adoptée pour tirer profit de ce phénomène?

Edward O'Neal, un jeune professeur de finance de l'université Wake Forest en Caroline du Nord, a fait la démonstration, dans un article paru dans le numéro de juillet 2000 du Financial Analysts Journal, qu'il est possible d'utiliser les fonds communs sectoriels afin d'exploiter avec profit la découverte des professeurs Moskowitz et Grinblatt.

Les FCP sectoriels présentent deux avantages par rapport aux investissements directs en actions lorsqu'on cherche un moyen d'exploiter le momentum des secteurs industriels. Le premier est qu'ils constituent, dans un tel contexte, des véhicules de placement plus facilement gérables que les actions. Le second avantage est que les coûts de transaction peuvent être nettement moins élevés qu'avec les actions.

Un désavantage par contre est que les FCP sectoriels sont des fonds gérés activement. Ainsi, il peut arriver qu'un gestionnaire de FCP sectoriel ne soit pas un très bon gestionnaire et que le rendement de son portefeuille soit inférieur à celui d'un indice boursier sectoriel. Comme les FCP sectoriels de Fidelity comptent plusieurs fonds qui ont 10 ans, voire même 20 ans d'existence, O'Neal a choisi cette famille de fonds pour faire sa démonstration. Il suppose ainsi que plus un gestionnaire de FCP sectoriel a de l'expérience, mieux il est en mesure de capter les rendements des compagnies qui composent son secteur.

O'Neal a testé plusieurs stratégies. Trois premières variantes consistaient à miser sur les 3 fonds sectoriels qui avaient enregistré les meilleurs rendements lors des 3 derniers mois, des 6 derniers mois et des 12 derniers mois. Trois autres variantes consistaient à conserver le portefeuille pour une période de 3 mois, de 6 mois et de 12 mois. Il a même essayé de vérifier s'il est plus payant d'acheter les 6 meilleurs fonds sectoriels (les 6 secteurs industriels les plus performants) plutôt que les 3 premiers. Chaque variante a été testée sur la décennie 1989-1999.

Bonne nouvelle pour l'investisseur qui craint les transactions trop fréquentes : la stratégie la plus performante consiste à acheter les trois fonds sectoriels qui ont connu, lors des 12 derniers mois, le meilleur rendement parmi les 31 FCP sectoriels de la famille Fidelity, afin de conserver ces trois fonds pour une période d'au moins 12 mois. Le rendement annuel moyen de cette stratégie entre 1989 et 1999 a été de 26,5%. Si, à chaque année, vous aviez acheté les trois pires fonds sectoriels de l'année pour les conserver sur 12 mois, votre rendement annuel aurait été de 10,2% seulement.

Huit fois sur dix, la stratégie qui consiste à acheter les trois meilleurs fonds sectoriels des 12 derniers mois, pour les conserver durant un an, fait mieux que la moyenne des fonds américains en actions. Sept fois sur dix elle donne un rendement supérieur à l'indice S&P 500.

Les 31 fonds sectoriels de la famille Fidelity constituent sans doute un excellent domaine pour mettre en pratique une stratégie comme celle testée par le professeur O'Neal. Il serait intéressant de savoir si les fonds négociés en bourse, dont plusieurs sont construits en fonction d'un secteur industriel précis, ne sont pas un meilleur territoire pour la stratégie du momentum sectoriel.

On sait, d'une part, que ces fonds directement négociés en bourse, parce qu'ils sont purement indiciels, arrivent mieux à suivre la performance d'un indice que les fonds gérés de façon active. Par ailleurs, les fonds négociés en bourse impliquent des frais de transaction et d'administration qui sont réputés pour être nettement moins élevés que les traditionnels FCP. Voilà deux facteurs assez importants qui peuvent profiter encore davantage à une stratégie de momentum sectoriel.

Ce que j'aime bien de ce type de stratégie d'investissement est sa simplicité et sa rigueur. Vous n'avez besoin que de quelques statistiques sur le rendement des indices sectoriels pour faire votre choix, et l'ajustement du portefeuille ne se fait qu'une fois l'an à la même date. Pas nécessaire de vous compliquer la vie avec les prévisions des économistes et des stratèges des grandes firmes de courtage. Tout repose sur le comportement récent du marché au niveau de ses différents secteurs industriels. Point à la ligne.

Références :

O'Neal, E., " Industry momentum and sector mutual funds ", Financial Analysts Journal, juillet-août 2000, p. 37-49.

Moskowitz, T.J. et M. Grinblatt, "Do industries explain momentum", Journal of Finance, août 1999, p. 1249-1290.

Cavaglia, S., Brightman, C., et M. Aked, " The increasing importance of industry factors ", Financial Analysts Journal, septembre-octobre 2000, p. 41-54.