Le rendement étonnant des titres négligés par les analystes

On gagne beaucoup, semble-t-il, à ne pas être aimé. Du moins lorsque l'on est une entreprise cotée à la Bourse.

*Source « Investir dans les titres de petites entreprises » de l’auteur André Gosselin.

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On gagne beaucoup, semble-t-il, à ne pas être aimé. Du moins lorsque l'on est une entreprise cotée à la Bourse. Certains investis­seurs professionnels, tel Gerald Perritt, sont convaincus qu'une petite firme doit être ignorée ou inconnue des autres investisseurs profes­sionnels pour être un bon placement. Notamment au moment de la sélection du titre. Par la suite, bien sûr, une action gagne en rende­ment si elle est populaire auprès des gros détenteurs de capitaux et des investisseurs institutionnels.

L’effet négligence est bien connu de ceux qui ont lu L’Amérique boursière: Investir dans les titres de croissance. Je démontre dans ce livre que Peter Lynch s'est fait le champion des entreprises négligées par les analystes et les investisseurs professionnels. Les recherches universitaires des années 1980 confirment en grande majorité son intuition: les entreprises qui sont le moins suivies par les analystes financiers connaissent de meilleurs rendements boursiers que les entreprises les plus suivies, peu importent leur taille et leur capitali­sation boursière.

En 1987, les professeurs Carvell et Strebel présentèrent les résultats d'une étude sur plus de 2000 entreprises, suivies par environ 1200 analystes financiers. Après avoir divisé leur échantillon en trois portefeuilles (les entreprises suivies par moins de trois analystes, les entreprises suivies par un nombre de trois à huit analystes, et enfin les entreprises suivies par plus de huit analystes), les chercheurs ont découvert que les entreprises négligées par les analystes (suivies par moins de trois analystes) ont toujours un meilleur rendement que les autres, et que cet effet négligence est indépendant de la taille des entreprises"'.

Une étude des professeurs Arbel et Strebel, effectuée au début des années 1980, a fait remarquer que les grandes firmes qui sont boudées par les investisseurs institutionnels ont aussi un meilleur rendement que celles qui attirent toute leur attention"'. Les entre­prises les plus populaires auprès des investisseurs institutionnels ont un rendement annuel moyen de 10,36%, celles qui sont moyen­nement populaires ont un rendement de 16,89% et celles qui sont les moins populaires ont un rendement de 20,84%.

D'ailleurs, les probabilités sont fortes que les entreprises négligées par les analystes le soient aussi par les gros investisseurs. Après tout, les analystes financiers font des études sur les compagnies qui intéressent les « institutionnels », et les « institutionnels » investissent dans les compagnies sur lesquelles ils ont suffisamment d'informa­tion de la part des analystes.

Une explication possible de ce phénomène est que l'information se paie et que les actions des firmes qui n'ont pas fait l'objet d'études de la part des analystes financiers sont vendues à meilleur prix que celles sur lesquelles on a diffusé de multiples rapports. La grande accessibilité de l'information pour certaines valeurs boursières aug­mente leur prix d'achat et diminue d'autant leur rendement par rap­port aux valeurs qui ne jouissent pas de ce privilège.

Les titres semblent obtenir des rendements excédentaires jusqu'au moment où huit investisseurs institutionnels sont détenteurs d'actions. Au-delà de ce chiffre, les rendements excédentaires sont difficiles à obtenir. Lorsqu'un titre est détenu par un nombre d'investisseurs insti­tutionnels variant entre six et huit, il a tendance à connaître son meilleur rendement"'. Une dizaine d'investisseurs institutionnels, c'est peu: des sociétés comme IBM, AT&T, Boeing, Coca-Cola, GE et GM peuvent compter plus de 1 000 actionnaires institutionnels.

Le professeur Richard Sias et l'analyste Craig Beard, dans l'étude la plus récente publiée à ce jour sur l'effet négligence, ont cherché à connaître l'ampleur du phénomène pour la période de 1982 à 1995124. La catégorie des entreprises les plus négligées par les ana­lystes (c'est-à-dire qui ne sont suivies par aucun analyste) ont un ren­dement annuel moyen de 31,5%, contre 16,6% pour la catégorie des entreprises les plus suivies (5 analystes et plus). Ils observent, toutefois, que l'effet négligence se manifeste dans la famille des entreprises de très petite taille. Dans les portefeuilles qui contien­nent les plus grandes entreprises et dont la capitalisation boursière est supérieure à 100 millions de dollars, les titres suivis par un grand nombre d'analystes ont un meilleur rendement que les titres qui sont ignorés.

L’effet négligence serait-il déjà périmé ? On ne peut écarter du revers de la main l'hypothèse que les investisseurs ont suffisamment exploité cette « anomalie » du marché pour la faire disparaître. À l'exception, cependant, des entreprises de très petite capitalisation.

André Gosselin


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