Les analyses de tendances

Tout l'art de l'analyse technique se résume à découvrir les tendances qui sont de vraies tendances.

*Chronique extraite du volume « Investir à l’aide de l’analyse technique » de l’auteur André Gosselin.

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Celui qui s'engage dans l'analyse technique doit être convaincu d'une chose: les prix des actions fluctuent suivant des tendances tantôt imprévisibles, tantôt prévisibles. Dire que les prix des titres boursiers suivent des tendances n'est pas une découverte révolutionnaire. La question est de savoir si ces tendances vont dans une direction qu'il est possible d'anticiper.

L’analyste technique est prêt à admettre qu'il y a des titres qui évoluent dans des voies qu'il est impossible de prévoir. Dans de tels cas, il ne sert à rien d'acheter, et il est prudent de vendre si jamais l'un de ces titres fait partie de votre portefeuille. Il existe, heureuse­ment, des titres dont les cours à la Bourse suivent un pattern détectable, clair et prévisible. C'est dans cette famille de titres qu’il faut investir, quand la tendance prévisible, bien sûr, est à la hausse.

Tout l'art de l'analyse technique se résume à découvrir les tendances qui sont de vraies tendances. Les prix des actions doivent avoir un comportement suffisamment ordonné, cohérent, régulier et fort pour être appréhendé par l'intelligence et la perception humaine, avec les outils dont on dispose pour déceler ces mouvements presque logiques. Il s'agit, par la suite, de pouvoir déceler ces mouvements avant la masse des investisseurs, de détecter les tendances à la hausse pour pouvoir en profiter, et les tendances à la baisse pour les éviter (ou en profiter par vente à découvert). Les meilleurs analystes techniques arriveront à découvrir une tendance dès son origine, au moment où elle s'amorce, pour profiter du meilleur prix possible. Ils doivent même devancer, sur ce terrain, les autres analystes techniques qui ne manqueront pas d'alimenter la tendance dès qu'ils la découvriront à leur tour.

Les analyses de tendances portent souvent sur un marché dans son ensemble, car si le marché va bien, les titres que vous détenez dans votre portefeuille ont de fortes chances de bien se comporter aussi. Les analystes techniques repèrent une tendance haussière dans un marché quand ils observent que chaque pic successif (ou sommet) qui pointe vers le haut est plus élevé que le précédent, alors que chaque pic qui pointe vers le bas (ou creux) n'est pas aussi bas que le précédent. Le graphique de l'indice Dow Jones, pour la période de 1995 à 2000, montre assez clairement une tendance haussière, avec ses creux et ses sommets toujours plus hauts que les précédents.


Graphique 2.1

Quand le marché n'arrive pas à dépasser le sommet précédent, comme cela est arrivé en 2000 avec l'indice Dow Jones, c'est un avertissement d'un possible changement de tendance. En effet, l'indice Dow Jones avait atteint un sommet en janvier 2000, alors que le som­met suivant, en avril 2000, était plus bas que celui-là. Le creux du 15 octobre 1999, à 10 000 points, avait même été suivi d'un creux plus bas encore le 10 mars 2000, sous la barre des 10 000 points. Pour nombre d'analystes techniques qui ont les yeux rivés sur l'indice Dow Jones, il était évident que la cassure à la baisse de ce creux du 15 octobre 1999 était une confirmation qu'un renversement de tendance avait eu lieu.

Le support et la résistance

On observe parfois sur certains titres que les prix fluctuent dans un corridor qu'on peut définir par deux droites plus ou moins parallèles. C'est le cas du titre suivant de CitiGroup, inscrit sur le parquet de la Bourse de New York.


Graphique 2.2

On arrive à dessiner des lignes de tendance en traçant une pre­mière droite qui touche aux sommets successifs atteints par le titre au cours d'une période donnée (entre mai 1999 et octobre 1999 dans cet exemple), et une seconde droite qui rejoint les creux suc­cessifs pour la même période. La ligne du haut est appelée une ligne de résistance, car les acheteurs ne semblent pas disposés (ou résis­tent) à payer plus cher que 50 $ pour le titre. La ligne du bas se nomme une ligne de support, car les détenteurs d'actions supportent le titre à ce prix et refusent de le vendre à un prix moindre que 42 $.

Un changement de tendance est observé, lorsque le cours du titre brise sa ligne de résistance et que, soudain, certains investisseurs semblent prêts à payer davantage que 50 $ pour acheter des actions de la compagnie. Ce fut le cas pour CitiGroup à la fin du mois d'oc­tobre 1999, alors que le titre a franchi la barrière de 50 $ pour attein­dre près de 55 $. Lorsqu'une telle situation se présente, une barrière psychologique est franchie. Selon la théorie standard de l'analyse technique, les acheteurs potentiels se disent que l'action de CitiGroup vient de franchir une nouvelle étape puisque certains investisseurs sont disposés à payer plus que la résistance de 50 $ pour acquérir le titre.

On peut aussi assister à un bris de support lorsqu'un titre franchit la ligne de prix en bas de laquelle les détenteurs refusaient unanime­ment de descendre pour vendre le titre. Ce fut le cas pour le titre de International Paper entre mai 1999 et août 1999.


Graphique 2.3

J'ai tracé une ligne de support qui montre que les détenteurs du titre refusaient de vendre en bas de 50 $. Mais, tout à coup, vers la fin du mois d'août, le titre est descendu à 47 $.

Une règle de l'analyse technique dit que plus longtemps et plus sou­vent une ligne de support ou une ligne de résistance sont testées par les investisseurs, plus important sera le mouvement à la baisse ou à la hausse lorsque le prix traversera l'une ou l'autre de ces lignes. Ainsi, si l'action de CitiGroup descend sous la barre des 42 $ (ligne de support mise à l'épreuve une douzaine de fois entre mai et octobre 1999), on peut supposer qu'une importante barrière psychologique sera traversée et que la force du mouvement à la baisse sera difficile à contenir. L’horizon temporel est un facteur important dans l'analyse des marchés. Un support ou une résistance qui ont été formés dans un horizon de deux ou trois ans sont plus importants que ceux qui ont été formés sur deux ou trois mois.

Dans la bible de l'analyse technique, Edwards et Magee écrivaient en 1948 que certains des traders parmi les plus expérimentés de Wall Street ont construit tout leur système sur les principes de ce qu'on appelle les supports et les résistances : les deux concepts qui sont au coeur de l'analyse des tendances. On en retrouve certains rudiments dans les écrits de Charles Dow" et dans un livre de Richard Wyckoff (Studies in Tape Reading) dont la publication remonte à aussi loin que 1910. Deux autres ouvrages, publiés immédiatement après la crise de 1929, abordent également cette analyse des tendances et en font un début de théorisation: le premier écrit par Richard Schabacker et le deuxième par Neill Humphrey.

Comme on l'aura deviné, l'investisseur technique surveille parti­culièrement de près les changements de tendance, peu importe que son horizon de placement soit à court, à moyen ou à long terme. Lorsque les cours d'une action amorcent en apparence un virage, de haut en bas ou de bas en haut, ils entrent dans une zone de transi­tion (a reversal formation selon l'expression d'Edwards et Magee) que l'investisseur doit interpréter pour savoir avec quelle force et dans quelle direction les prix s'aligneront. Plus importante est la fluctua­tion du prix dans cette zone de renversement, c'est-à-dire plus cette zone mettra de temps à se constituer, plus le titre risque de prendre une nouvelle direction avec force et détermination. Comme l'écrivent Edwards et Magee, « la tâche la plus importante de l'analyste technique consiste à découvrir les changements de tendance les plus forts et à juger quelle peut être leur signification en matière d'occa­sions d'investissement ».

André Gosselin

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