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Les
effets saisonniers de la Bourse
Les meilleurs
mois de l'année pour détenir des actions vont de novembre
à avril, alors que les pires mois pour le rendement des actions
vont de mai à octobre.
* Chronique de
André Gosselin parue dans Finance
et Investissement
Un adage à
Wall Street, vieux comme le monde, dit ceci: "Sell in May, then go
away", qu'on pourrait traduire par "vendre en mai, pour mieux
profiter de l'été". L'idée est simple
: elle stipule que les meilleurs mois de l'année pour détenir
des actions vont de novembre à avril, alors que les pires mois
pour le rendement des actions vont de mai à octobre. Pour
l'investisseur québécois la consigne est facile à
suivre, il faut acheter dès la première neige, et vendre
dès que la dernière a fondu.
Des statistiques compilées par le Stock Trader's Almanac, dans
son édition 2000, montraient des rendements assez contrastés
entre les mois de l'été (du 1er mai au 31 octobre) et les
mois de l'hiver (1er novembre au 31 avril). L'investisseur qui aurait
placé, il y a 49 ans, 10,000$ dans les titres du S&P 500 pour
les seuls mois d'hiver aurait réalisé un gain de 340,250
dollars, alors que celui qui aurait placé ce même 10,000$,
mais seulement durant les mois d'été, aurait obtenu un pauvre
profit de 11,138$ pour tout ce demi siècle.
Pour la période qui va de 1950 à 1998, le rendement
de l'indice S&P 500 a été de 1,88% durant nos six mois
les plus chaud, alors qu'il a fait du 7,93% durant les mois les plus froid.
Ainsi, 10,000$ placé dans le S&P 500 pour les "six mois
d'été" valait 21,138$ après 48 ans, alors que
le même montant, sur la même période, valait 350,250$
lorsqu'il était investi seulement dans les "six mois d'hiver".
Michael O'Higgins, auteur du best-seller Beating the Dow, parle
dans son livre de l'indicateur de l'Halloween. Cet indicateur pose comme
principe que le meilleur moment pour acheter des actions est à
la fête de l'Halloween, car c'est à partir du 31 octobre
(et jusqu'au 30 avril) que les titres boursiers donnent le maximum de
leur rendement.
En concentrant votre portefeuille sur le marché boursier
pour ces six mois de l'année, et en plaçant tout votre actif
sur le marché monétaire pour les autres six mois, vous devriez
profiter de la période où les gains sont les plus forts,
et vous éviterez les mois où le marché a tendance
à végéter.
Entre 1925 et 1989, explique O'Higgins, quelque 85% des gains en capital
de l'indice Dow Jones ont été réalisés de
novembre à avril. C'est pourquoi, disent certains, il vaut mieux,
pour le reste de l'année, compter sur les bons du Trésor
plutôt que sur les titres boursiers pour augmenter son rendement.
Au Canada, le magazine torontois Report on Business a observé un
effet saisonnier significatif sur les marchés boursiers canadiens,
mais moins radical que ce qu'on observe aux États-Unis ou en Europe.
En effet, le rendement du TSE 300, au cours des 43 dernières années,
a permis de faire passer un capital de 1,000$ à 16,873$. Par contre,
l'investisseur qui n'a placé son argent sur le marché des
actions que durant les mois d'hiver (1er novembre au 31 avril), a réussi
à récolter un joli magot de 25,716$ avec son 1,000$ initial.
Pour toute cette période qui va de 1956 à l'an 2000, les
mois d'été ont généré une perte cumulative
de 34,4% aux portefeuilles en actions des investisseurs canadiens.
L'effet janvier
Une phrase célèbre de Mark Twain, tiré de l'un de
ses romans, dit à peu près ceci: "Octobre est un des
moins les plus dangereux pour jouer à la Bourse. Les autres sont
juillet, septembre, avril, novembre, mai, mars, juin, décembre,
août et février". En bout de ligne il n'y que janvier,
selon Twain, qui est un mois assez sûr pour spéculer en Bourse.
Les études universitaires confirment cette constatation que le
grand romancier et les investisseurs pouvaient faire à son époque.
Le phénomène cyclique le plus étrange et
énigmatique dans le comportement des cours boursiers est de loin
l'effet janvier. Janvier, en effet, est le mois où les
valeurs boursières, notamment les titres de faible capitalisation,
réalisent les gains les plus appréciables dans toute l'année.
Selon Jeremy Siegel, auteur de l'excellent et classique "Stocks
for the long run", plus de 20% du rendement des titres de grande
capitalisation se passe en janvier, alors que pour les titres de petites
capitalisations c'est plus de 40% de leur rendement annuel qui est réalisé
en janvier seulement.
Mais que se passe-t-il de si particulier dans le comportement des investisseurs
et dans le rapport entre l'offre et la demande pour que janvier soit si
"prolifique"? Selon certains chercheurs, c'est pour
des raisons fiscales qu'il est courant de voir les investisseurs américains,
institutionnels ou individuels, se débarrasser des valeurs qui
ont subi une dépréciation en cours d'année et pour
lesquels ils peuvent demander un crédit d'impôt.
Si la pression pour se débarrasser de cette catégorie de
titres est suffisamment forte en décembre, les prix devraient temporairement
diminuer. En retour, on peut présumer que ces actions afficheront
de meilleures performances que l'ensemble du marché dans les quelques
semaines de janvier qui marquent le début de la nouvelle année.
Pourquoi? Parce que rapidement les investisseurs se précipiteront
sur ces titres négociés en bas de leur valeur réelle,
les achèteront et feront monter leurs cours de manière substantielle
en quelques semaines seulement.
Un effet saisonnier associé au mois de janvier a aussi été
observé dans d'autres pays que les États-Unis. Toutes
les principales places boursières du monde connaissent un effet
janvier, y compris le Canada.
Outre des raisons fiscales, les chercheurs ont tenté d'expliquer
ce phénomène saisonnier à la Bourse pour deux autres
raisons. La première est relative à l'entrée de liquidités
pour plusieurs petits investisseurs - gestionnaires, cadres, représentants,
professionnels, etc. - sous formes de dividendes et de bonus de fin d'année,
leur permettant d'acheter des actions en janvier et de faire monter la
demande.
La seconde est liée à l'attitude des fonds de placement
qui consiste à se débarrasser, en fin d'année, des
titres qui ne répondent pas à leurs attentes, pour ainsi
se donner un rapport annuel (moyen de promotion important pour les clients)
qui ne montre que les bons investissements effectués par les gestionnaires.
Après ce coup de balai, qui voit la liquidité des fonds
augmenter en fin d'année, les gestionnaires réinvestiraient,
immédiatement en janvier, les sommes perçues à la
fin de l'année précédente, d'où une augmentation
considérable de la demande en titres boursiers en janvier, et l'augmentation
des cours qui l'accompagne.
L'effet septembre
Si les mois d'hiver sont si profitables à la bourse, c'est surtout
en raison de l'effet janvier. Mais si les mois d'été sont
si décevants, c'est d'abord à cause du mois de septembre.
Il y a 125 ans, Mark Twain n'était pas trop loin de la vérité
en disant qu'octobre est un mois dangereux pour les investisseurs boursiers.
Selon les données compilées par Jeremy Siegel, les
100 dernières années nous montrent que septembre est le
seul mois de l'année qui donne un rendement cumulatif négatif,
suivi de près par le mois d'octobre, qui a un triste record en
termes de corrections et de krach boursiers.
Selon Siegel, un dollar investi dans les titres de l'indice Dow Jones
en 1890 valait 179,74$ à la fin de 1996 (dividendes exclus). Par
contre, un dollar investi dans le Dow Jones, mais seulement pour les jours
de septembre, ne valait que 26 cents en 1996, 106 ans plus tard. Par opposition,
l'investisseur qui aurait eu le génie de placer son argent en Bourse
pour tous les mois de l'année sauf en septembre, récoltait
un capital de 681,92$ à la fin de 1996. En sortant votre
argent de la Bourse lors des jours de septembre, vous arriviez à
accumuler un magot près de 4 fois plus gros que si vous aviez des
positions à l'intérieur de ce mois maudit.
La performance plus que décevante du mois de septembre n'est pas
qu'un phénomène américain. Il a été
observé dans plus de 20 pays dans le monde, nous dit Siegel. Selon
lui, la seule hypothèse que nous avons pour l'instant pour comprendre
ce phénomène est celle des besoins en liquidités
des individus lorsqu'ils ont à payer pour leurs vacances d'été.
Titres cycliques et titres de croissance
La presse financière rate rarement l'occasion de parler des effets
saisonniers sur la Bourse quand arrive l'été. Dans un article
récent paru dans le Wall Street Journal, le journaliste
expliquait que l'effet des saisons sur la Bourse est lié aux fluctuations
de nos activités selon les saisons. Les investisseurs sont très
optimistes en début et en fin d'année, alors que l'été
est un temps mort où ils cessent de faire des anticipations sur
l'année en cours, alors qu'ils n'ont pas encore commencé
à faire des projections pour la prochaine année. Mais
cela ne signifie pas pour autant que vous devez tout vendre vos actions
en mai, pour vous réfugier dans les bons du Trésor. Certaines
précautions s'imposent toutefois. Par exemple, certains soutiennent
qu'il n'est pas recommandé de détenir des titres cycliques
durant l'été, tel le géant de l'aluminium Alcoa,
très sensible aux mouvements généraux de l'économie.
Ces titres font bien en début d'année, mais au fur et à
mesure que l'année avance, les analystes deviennent plus conservateurs
quant aux prévisions des bénéfices de ces compagnies,
et les prix des valeurs cycliques s'en ressentent. Au même moment,
les investisseurs deviennent moins optimistes quant à la force
des cycles de croissance de l'économie.
En bout de ligne, tout dépend de votre style d'investissement.
Si vous êtes un investisseur de long terme avec une philosophie
de buy-and-hold (acheter pour conserver), il n'y a pas de raisons de vendre
des titres de votre portefeuille cet été (ou en septembre).
Si vous croyez que vous avez misé sur des entreprises solides,
avec une bonne équipe de gestion et de bons produits à vendre,
il est aussi impératif de détenir ces titres l'été
que l'automne, l'hiver ou le printemps.
André Gosselin de l'équipe de Orientation Finance

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