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Les
principaux titres dans les fonds d’actions valent-ils la chandelle
?
Les gros placements faits par les fonds d’actions
américaines n’ont pas un meilleur rendement que les fonds
dans leur ensemble.
*Chronique d'André
Gosselin, vice-président recherche de Orientation Finance, parue
dans le mensuel Finance et Investissement parue en 2002.
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Plusieurs investisseurs
autonomes, qui préfèrent investir directement dans des actions
plutôt que dans les fonds communs, cherchent quand même des
idées de placement chez les gestionnaires de fonds qu’ils
estiment les meilleurs. Nous pouvons aimer la philosophie d’investissement
d’un gestionnaire et être fort impressionné par la
performance historique de son fonds, sans pour autant vouloir y investir
directement notre argent (ou celui de notre client).
Les raisons qui nous font hésiter à embarquer dans un fonds
peuvent être nombreuses : frais de gestion trop élevés,
capital sous gestion trop gros, quelques titres trop risqués à
notre goût, montant d’argent initial demandé trop important
par rapport à nos moyens, fonds qui n’est pas admissible
à un REER, etc. Pourtant, nous pouvons être intéressés
par plusieurs des titres qui composent le fonds, même si nous n’aimons
pas particulièrement investir dans les fonds communs de placement
(FCP).
Comme la plupart des FCP dévoilent publiquement leurs dix principales
positions, c’est-à-dire les dix titres dans lesquels ils
ont le plus investi, nous avons très facilement accès à
ce que les Américains appellent le « Top 10 Holdings »
de chaque fonds. Des sites internet comme lesaffaires.com, globeinvestor.com
et morningstar.com fournissent cette information gratuitement, dans le
but d’aider le petit investisseur à se faire une petite idée
de la nature d’un fonds et de ses choix concrets de placement.
Quand un gestionnaire de fonds est interviewé par un journaliste
dans le but de révéler ses titres préférés,
il y a bien des chances de le voir mentionner les compagnies dans lesquelles
il a placé 7%, 8% ou 9% du fonds, plutôt que celles qui ne
comptent que pour 1% ou 2% de l’actif sous gestion. Si vous croyez
au talent de ce gestionnaire, vous aurez tendance à accorder une
plus grande attention à ses positions les plus significatives plutôt
qu’à celles que ne comptent que pour quantité négligeable
au niveau des sommes d’argent qui y sont investies.
Conditionné par ce réflexe, j’ai longtemps pensé
qu’une bonne stratégie d’investissement, parmi d’autres,
pourrait consister à identifier une dizaine de fonds communs en
actions reconnus comme les meilleurs de leur secteur, et à acheter
chaque titre qui se classe dans le haut de la liste de chacun de ces fonds.
Malheureusement, une recherche récente de la firme Morningstar
ne donne pas beaucoup de fondement à ce type de stratégie.
L’étude de Morningstar
L’étude réalisée par la firme Morningstar a
porté sur les cinq dernières années et concernait
1,157 fonds d’actions américaines. Les analystes
de Morningstar ont voulu savoir si, en moyenne, les 10 plus importantes
acquisitions dans chacun des fonds ont un rendement supérieur ou
inférieur aux fonds dans leur ensemble.
Selon la réglementation américaine, les gestionnaires de
fonds sont tenus de dévoiler deux fois par année la composition
entière de leurs portefeuilles. Certaines firmes, comme Fidelity,
vont jusqu’à dévoiler à chaque trimestre les
10 principaux titres de chacun de leurs fonds, alors que d’autres,
comme Vanguard Group, poussent la transparence jusqu’à divulguer
à chaque mois, sur leur site internet, les 10 principales positions
de chacun de leurs FCP. L’étude a tenu compte des politiques
de chaque firme, si bien que pour certaines les rendements étaient
calculés deux fois l’an, alors que pour d’autres firmes
on pouvait calculer les rendements jusqu’à 12 fois par mois.
Les résultats de l’enquête de Morningstar ont montré
que seulement 48% des fonds ont un rendement de leurs dix principales
positions qui est supérieur à celui des fonds dans leur
ensemble. Le rendement annuel moyen des « Top 10 Holdings
» de chaque fonds a été de 13,2%, alors que le rendement
moyen des fonds quand on considère l’intégralité
de leurs portefeuilles a été de 13,4%.
Les analystes de Morningstar en tirent une leçon toute simple :
si les grosses positions dans un fonds d’actions peuvent aider l’investisseur
à mieux comprendre le style d’un gestionnaire et les types
de titre, d’entreprise ou d’industrie qu’il favorise,
en revanche il n’y a rien de magique ou de particulièrement
performant dans les titres qui constituent les plus gros investissements
d’un fonds. Le titre qui compte pour la plus grosse position d’un
fonds n’est pas plus performant que celui qui constitue sa plus
faible position.
Mais attention ! Ce n’est pas parce que les 10 plus grosses positions
d’un FCP ont un moins bon rendement que l’ensemble du fonds
qu’il faille automatiquement en conclure qu’il s’agit
d’un mauvais fonds ou d’un mauvais gestionnaire. Par exemple,
le fonds américain de moyennes capitalisations Needham Growth Fund,
qui fut l’un des meilleurs de sa catégorie lors des cinq
dernières années, n’a pas eu beaucoup de chances avec
ses 10 plus grosses positions, dont le rendement avait environ 20% de
points d’écart avec l’ensemble du fonds.
Bien sûr, il y a des gestionnaires qui ont un impressionnant palmarès
avec leurs 10 plus grosses positions. C’est le cas de William Miller,
gestionnaire du fonds Legg Mason Value Trust, dont le rendement du «
Top 10 Holdings » fut de 43% par année lors des cinq dernières
années, alors que le fonds lui-même a réalisé
un rendement annuel de 25,4%. Robert Stansky, qui gère le célèbre
fonds Magellan de Fidelity (un des plus gros au monde, géré
jadis par Peter Lynch) a aussi bien fait avec les 10 principales positions
du fonds (+19,4% de rendement annuel en cinq ans), alors que le fonds
entier a procuré un rendement de 14,2% par année.
Écarts importants entre catégories
Une analyse minutieuse de l’étude de la firme Morningstar
nous fait prendre conscience qu’il y a des écarts importants
entre les différentes catégories de fonds (croissance vs
valeur ; grandes vs petites capitalisations), lorsqu’on les examine
sous l’angle de leurs grosses positions.
Comme le montre le tableau ci-contre, plus de 59% des fonds de grandes
capitalisations qui sont un mélange de style croissance et valeur
ont des rendements sur leurs 10 grosses positions qui sont supérieurs
aux rendements des fonds en entier. En revanche, seulement 31% des fonds
valeur de petites capitalisations ont des rendements de leurs «
Top 10 Holdings » supérieurs aux rendements des fonds en
entier qui entrent dans cette catégorie. Dans ce dernier cas, les
10 plus gros placements de ce type de fonds ont réalisé
un rendement annuel moyen de 11,2% en cinq ans, contre 14,5% de rendement
annuel lorsqu’on regarde cette catégorie de fonds sur l’ensemble
de ses placements, gros ou petits.
En fait, les FCP de petites capitalisations, peu importe le style (croissance,
valeur ou un mixte des deux), semblent faire piètre figure au chapitre
des gros investissements qu’ils réalisent dans les titres
de small cap.
| |
Rendement
moyen des 10 plus grosses positions de chaque fonds |
Rendement
moyen des fonds en entier |
Pourcentage
de fonds dont les 10 plus grosses positions ont mieux fait que le
fonds au complet |
|
Grandes capitalisations, croissance |
14,5%
|
13,8% |
52% |
|
Moyennes capitalisation, croissance |
13,8% |
12,5% |
56% |
| Petites
capitalisations, croissance |
8,6% |
11,8% |
36% |
|
Grandes capitalisations, mixte croissance et valeur |
14% |
13,2% |
59% |
| Moyennes
capitalisation, mixte croissance et valeur |
16,4%
|
14,7% |
43% |
| Petites
capitalisations, mixte croissance et valeur |
12,5% |
13,5% |
32% |
| Grandes
capitalisations, valeur |
12,8% |
13,5% |
42% |
| Moyennes
capitalisation, valeur |
13,9% |
14,5% |
37% |
| Petites
capitalisations, valeur |
11,2% |
14,5% |
31% |
| Source
: Morningstar |
Intuitivement, on
serait porté à accorder une plus grande valeur aux grosses
positions prises par un fonds de petites capitalisations, en se disant
que le gestionnaire a vraiment fait un effort de recherche et d’analyse
plus grand pour ces titres que pour les autres du portefeuille. Aussi,
comme plusieurs titres de petites capitalisations sont peu ou pas du tout
suivis par les analystes financiers des firmes de courtage, on peut présumer
que lorsqu’un gestionnaire de fonds en a choisi un, c’est
qu’il s’est adonné à une analyse dont on aurait
avantage à tirer profit. Par exemple, vous pourriez acheter directement
les titres qui forment les gros investissements du fonds, en sachant que
les titres qui arrivent en 30e ou 31e position au sein du portefeuille
ont été analysés moins minutieusement, et que de
toute façon ce ne sont pas ces titres qui sont prévus pour
avoir une influence notable sur le rendement total du fonds.
Si vous avez eu cette vision des choses par le passé et que vous
vous êtes laissé guider par une telle stratégie de
sélection de titres, il y a bien des chances que vous ayez mordu
la poussière comme le laisse voir les résultats de l’étude
de Morningstar. Pourtant, une telle stratégie pouvait avoir du
sens et semblait reposer sur des prémisses solides.
La résolution de l’énigme est bien simple et pleine
de sens elle aussi. Plus souvent qu’autrement, les dix titres qui
constituent la part du lion de la valeur d’un portefeuille de petites
capitalisations sont des compagnies dans lesquelles on a investi modestement
par le passé, et qui se sont appréciés fortement
jusqu’à occuper le haut du pavé du portefeuille. Comme
le disent les gestionnaires de small cap, c’est l’image que
vous projète le rétroviseur sur vos meilleures idées
de placement des années passées. La hausse du cours de ces
titres en a fait les principales positions du portefeuille, mais rendus
à ce niveau il est difficile d’en attendre d’aussi
hauts rendements que lors des mois et des années écoulés.
Conclusion : les meilleures idées de placement dans les fonds de
petites capitalisations se trouvent dans les titres qui constituent un
faible pourcentage de la valeur du portefeuille.
Il en va autrement pour les fonds croissance de grandes capitalisations.
Dans ce cas, les gestionnaires ont plutôt pour objectif de faire
en sorte que les 10 plus grosses positions du FCP soient des actions locomotives,
des titres qu’ils jugent comme ayant le plus fort potentiel d’appréciation
parmi tous ceux que compte le portefeuille.
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