Maîtriser la vente à découvert

* Source : Chronique d’André Gosselin parue dans le «Bulletin Disnat » www.disnat.com

L'investisseur qui s'initie au placement boursier est toujours étonné d'apprendre qu'il lui est possible de vendre sur le marché, des actions qu'il ne possède pas, mais qu'il aura pris soin d'emprunter préalablement à son courtier. Il lui suffit alors de les racheter plus tard en espérant que leur cours aura baissé, de remettre les actions à son courtier et d'empocher la différence.

Avec la chute des marchés en 2000, 2001 et 2002, les rares investisseurs qui ont fait de l'argent sont ceux qui n'ont pas hésité à vendre à découvert, c'est-à-dire à miser sur la baisse d'un titre. Imaginez votre gain si vous aviez vendu à découvert 1000 actions de Nortel lorsque celles-ci se négociaient à 100 $ à Toronto, pour éventuellement les racheter à 3 $ quelque part au début de 2003.

Comme le marché est encore élevé et que les aubaines se font rares, la vente à découvert demeure certainement un outil que les investisseurs ont intérêt à maîtriser s'ils veulent tirer leur épingle du jeu.

Malgré tous les problèmes de conscience morale que la vente à découvert peut poser à certains investisseurs, je reste convaincu que cette pratique est utile et même nécessaire pour rendre les marchés boursiers plus efficaces et moins exubérants. La vente à découvert permet de réduire l'ampleur des bulles spéculatives qui affligent périodiquement les marchés, comme ce fut notamment le cas en 1987 ou à la fin des années 1990.

 
Des économistes « nobélisés » comme Milton Friedman ont souligné le rôle fondamental des vendeurs à découvert dans le bon fonctionnement des marchés financiers, en l'occurrence des marchés boursiers. La vente à découvert est désormais considérée non seulement comme un instrument légitime de diversification du portefeuille, mais également comme une technique permettant de rendre les marchés plus efficients et plus à même de jouer adéquatement leur rôle d'évaluation des actifs financiers.

On compte à peine une dizaine d'études sur les rendements dégagés de la vente à découvert. La grande majorité d'entre elles démontrent que cette stratégie d'investissement, telle que pratiquée sur les marchés américains, constitue une activité rentable. Selon les chercheurs, les investisseurs qui s'adonnent à la vente à découvert sont plus compétents et mieux informés que la moyenne, comme en font foi les rendements de leurs portefeuilles.

Les deux recherches les plus intéressantes et exhaustives, à ma connaissance, ont porté sur les marchés de l'AMEX et du NYSE pour la période s'échelonnant de 1976 à 1993 (Dechow et al.), et sur le marché du Nasdaq pour la période 1988-1994 (Desai et al.). Dans les deux cas, les chercheurs ont démontré que les titres les plus vendus à découvert (en fonction de leurs volumes d'actions en circulation) ont effectivement affiché des rendements négatifs et, par le fait même, procuré des gains aux vendeurs à découvert. Et n'oublions pas que ces derniers ont accompli cet exploit dans un marché fortement haussier.

Mais attention: vous pouvez avoir raison quant à la médiocrité d'une entreprise ou au prix nettement exagéré de son titre, encore faut-il que le marché boursier partage votre opinion. Voilà le véritable défi.

André Gosselin

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