Message des initiés

Au total, c’est plus de 3,1 G$ US d’actions qui ont été vendues par les initiés en mai 2003, un record des 24 derniers mois.

* Chronique d'André Gosselin parue sur le site LesAffaires.com.

Pour calmer les ardeurs des investisseurs lors d’un rallye comme celui que l’on connaît depuis la fin de la guerre en Irak, rien de telle qu’une bonne douche d’eau froide. La voici: les initiés des entreprises américaines, en mai dernier, ont tellement vendu de leurs actions, qu’il faut remonter à 2001 pour trouver une aussi grande vente de feu.

Au total, c’est plus de 3,1 G$ US d’actions qui ont été vendues par les initiés en mai 2003, un record des 24 derniers mois. Pour vous donner un ordre de grandeur: à chacun des quatre premiers mois de l’année, les ventes des initiés n’ont jamais dépassé 1,4 G$. En janvier par exemple, les initiés avaient vendu pour à peine 630 M$ US d’actions. Les ventes d’initiés seraient tout particulièrement importantes dans les industries de la technologie, de la santé et des services financiers.

Est-ce que les patrons des entreprises jugent qu’il faut prendre une partie de leurs profits tandis qu’il en est encore temps? Le marché serai-il déjà trop cher? Faut-il s’attendre à des profits moins élevés que ceux anticipés par les observateurs?

Le comportement des initiés inquiète les experts qui les suivent de près, car ils connaissent mieux que n’importe qui les perspectives de croissance de leur compagnie et de leur industrie. À titre de comparaison, quelques mois avant que ne débute le marché baissier de 2000, plusieurs patrons avaient vendu une part importante des actions de leurs portefeuilles personnels.

Ils ne savaient évidemment pas que l’on était sur le point d’entrer dans la plus longue déprime boursière depuis les années 1930, mais ils savaient très bien que les prix attribués aux titres de leurs compagnies étaient beaucoup trop élevés. Le message était clair: ils ne seraient jamais capables d’obtenir les chiffres d’affaires et les bénéfices qu’on attendait d’eux.

Ce n’est jamais simple d’interpréter les comportements des initiés. Surtout quand ils vendent leurs actions. Plusieurs raisons peuvent les motiver: certaines strictement personnelles (acheter une nouvelle maison, diversifier le portefeuille, etc.), et d’autres plus professionnelles (exprimer sa dissidence face à des collègues, éviter la prochaine correction du marché, vendre avant que les analystes ne révisent leurs prévisions à la baisse, etc.). Ce n’est pas comme quand ils achètent. Dans un tel cas, le message est sans équivoque: les actions constituent une aubaine trop intéressante pour la laisser passer.

Les nouvelles règles de régie d’entreprise, au Canada comme aux États-Unis, font que les transactions d’initiés, plus que jamais, représentent un indicateur important afin de connaître les perspectives de croissance des entreprises et de l’économie. Comme les initiés ne peuvent plus communiquer aussi facilement qu’avant avec les analystes financiers et les gestionnaires de portefeuilles - notamment pour leur dire les profits ou les ventes qu’ils anticipent lors des prochains trimestres - il faut se contenter d’observer leurs gestes (la gestion de leurs portefeuilles personnels) plutôt que leurs dires.

Peut-être ne faut-il pas trop s’en faire avec ces transactions de vente. Sans doute est-il normal qu’elles grimpent en mai, puisque plusieurs entreprises interdisent à leurs dirigeants de faire des transactions lors du premier trimestre de l’année. Et il ne faut pas oublier que les initiés, même s’ils sont plus riches que la moyenne de leurs compatriotes, ont aussi souffert du long «bear market» de trois ans que l’on a connu jusqu’à maintenant. Sans compter que plusieurs d’entre eux n’ont jamais été en mesure de capitaliser leurs options: cette carotte qu’on leur avait brandie sous le nez pour les attirer dans une nouvelle entreprise.

À côté de tous ces initiés qui vendent une part de leurs actions, il y a ceux, moins nombreux certes, qui en achètent. Or, les investisseurs professionnels qui suivent les transactions d’initiés pensent qu’il est temps plus que jamais de regarder qui achètent, et pour quelles compagnies.

Pourquoi ? Pour deux raisons. La première est que les dirigeants d’entreprises ont détourné leur attention de la guerre en Irak, pour se concentrer sur les affaires de leurs compagnies. La deuxième est que les nouvelles règles américaines régissant les transactions d’initiés font que le public des non-initiés a accès plus rapidement à l’information concernant ces transactions.

Les initiés sont des gens qui achètent à long terme. Ce ne sont pas des day traders. Quand on achète un titre en raison des achats d’initiés, il faut au moins le conserver pour un an.

Voici une dizaine de titres américains qui ont fait l’objet, au cours des trois derniers mois, de transactions d’initiés significatives (pour l’essentiel des achats par des membres de la haute direction). Ils sont notamment recommandés par les investisseurs professionnels qui placent le critère des transactions d’initiés au cœur de leur stratégie d’investissement (Pour plus de détails, cliquez sur le nom de l'entreprise sous la rubrique «Pour en savoir plus», située à droite du texte):

Intervoice (INTV)
Providian Financial (PVN)
Max Re Capital (MXRE)
Prudential Life (PLFE)
CMS Energy (CMS)
Interface (IFSIA)
Perceptron (PRCP)
Biopure (BPUR)
Matria Healthcare (MATR)
Avnet (AVT)

André Gosselin

Pour consulter les chroniques précédentes "Les meilleures stratégies", cliquez ici