Prendre ses propres décisions d'investissement à l'aide de deux grandes tendances

Parmi ceux qui investissent eux-mêmes, on observe deux grandes tendances, deux grandes philosophies de placement.

*Chronique extraite du volume " Investir à la Bourse et s'enrichir " de l'auteur Bernard Mooney.

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Quand on est individualiste, ambitieux, orgueilleux et fier de l'être, on en arrive très vite au moment où on se rend compte qu'il est préférable de prendre ses propres décisions et de se fier d'abord à son jugement. Surtout que dans ce contexte, chaque erreur est un placement, un trésor d'expérience, d'apprentissage -n'est-ce pas vrai dans tous les domaines de la vie - ce qui l'est moins quand on se fie surtout aux autres.

Parmi ceux qui investissent eux-mêmes en générant leurs idées et en prenant leurs propres décisions, on observe deux grandes tendances, deux grandes philosophies de placement:

  1. ceux qui investissent en fonction de l'analyse dite "technique" et
  2. ceux qui le font selon l'analyse dite "fondamentale".

L'analyse technique

Je ne veux ni m'éterniser ni lancer un débat sur les qualités et les défauts de l'analyse technique, mais je tiens à die que j'ai essayé plusieurs approches à l'intérieur de l'analyse technique sans succès véritable. J'ai certes parfois réussi des transactions profitables, mais pas assez (loin de là) pour me convaincre qu'il y avait autre chose à l'oeuvre que le hasard.

Le but du placement est de faire de l'argent et non d'avoir raison (tant mieux si vous obtenez les deux en même temps!). C'est pourquoi j'ai délaissé l'analyse technique pour l'approche que je décris dans ce texte. De votre côté, si vous faites de l'argent en utilisant l'analyse technique, bravo! Continuez! Attention toutefois: assurez-vous que vous gagnez vraiment de l'argent. À la Bourse (comme partout dans la vie), l'être humain est génial pour créer des mirages, des illusions afin d'éviter de voir la réalité. Bien des personnes se font ainsi accroire qu'elles font de l'argent avec l'analyse technique tout simplement parce que leur ego est complètement investi dans la défense de cette approche. C'est du suicide financier.

Parce que ce n'est pas toujours si simple de calculer son rendement. Il faut tenir compte des entrées et sorties d'argent, du temps, des frais de commissions, etc. J'ai réalisé ce phénomène en discutant avec un adepte de l'analyse technique. il parle avec acharnement de son approche, tentant de me convaincre qu'il fait beaucoup d'argent. Et il me donne des exemples sans que je lui en demande:

  • J'ai acheté à 10 $; vendu à 12
  • J'ai acheté à 8,50 $; vendu à 10,25 $, etc.

Je lui lance alors bien innocemment: "Alors, vous ne faites jamais de mauvais coup?

Bien sûr, ça m'arrive. Ma politique est simple: si mon titre recule de 15 % par rapport à mon prix d'achat, je vends", répond-il avec conviction et fierté.

Par politesse, je me contente de sourire, sans poursuivre la conversation. J'en ai assez entendu. À mes débuts, j'aurais pensé que cette technique était géniale. Aujourd'hui, je me dis secrètement que j'aimerais être son courtier!

Il y a quelque chose de profondément stupide dans cette façon d'investir. Que nombre de gestionnaires professionnels le fassent ne change rien à ce fait. C'est stupide parce que dans le marché boursier, une baisse de 15 % n'est qu'une fluctuation insignifiante. J'ai vu des titres baisser de 25 %, voire 50 %, sans aucune raison fondamentale. Telle est la Bourse.

Je parle en connaissance de cause. Le 31 mai 1985, j'ai ouvert un compte chez le courtier escompteur Disnat pour économiser sur les commissions, étant donné que je n'avais pas besoin des conseils d'un courtier traditionnel (la prétention de la jeunesse!). J'y ai alors déposé 1 000 $ ce même jour - une fortune colossale pour moi à l'époque, cette somme représentant probablement 150 % de mon avoir net.

J'étais passionné par les marchés financiers que j'étudiais surtout d'un ceil technique. J'utilisais l'analyse technique pour profiter des mouvements de divers actifs financiers en achetant et vendant des options. C'est ce que j'ai tenté de faire, négociant activement des "call" (options d'achat) et des "put" (options de vente) sur l'or, les indices du marché boursier américain et les titres boursiers.

Récemment, je me suis amusé à calculer les résultats de cette période de 19 mois, qui s'est terminée le 31 décembre 1986. Les résultats m'ont assommé et ébahi à la fois. Au total, j'ai investi 4 120 $ pendant cette période, incluant le placement initial de 1000 $. J'ai fait une quarantaine de transactions. Au 31 décembre 1986, je devais 941,52 $ au courtier (ce qui signifie que j'avais réalisé certains achats sur marge). À mon actif, j'avais 400 actions de Robin International à 4,05 $ l'action (fabricant de vêtements pour enfants ayant fait une émission REA en 1986 et qui a été acheté par la suite par le Groupe Algo, toujours inscrit en Bourse) et 200 actions de Sumabus à 7$ (société active dans le transport d'écoliers et dont la destinée finale m'échappe ... ). Mon actif avait ainsi une valeur totale de 3 020 $ moins la dette, ce qui me donnait une valeur nette de 2 078,48 $ par rapport au capital investi de 4 120 $.

Cela laisse une perte nette sèche de 2 041,52 $, soit 50 % du capital.

Ce qui est encore plus étonnant, c'est que sans m'en rendre compte j'avais dépensé 1336,73 $ en commissions, plus de 100 % de mon capital initial en moins de deux ans. Cela s'est fait sournoisement, semaine après semaine, achetant un call sur l'or convaincu que le prix de l'or avait brisé une résistance et qu'il grimperait en flèche, pour revendre quelques jours plus tard (une fois j'ai revendu le même jour) alors que le prix de l'or avait croulé sous un niveau de support, etc. Certaines de ces transactions ont été heureuses, comme celle où j'ai quadruplé mon argent en quelques jours alors que je ne faisais que commencer. J'ai dû me prendre à ce moment?là pour un génie de la finance... jusqu'à ce que la réalité me rattrape.

D'autres fois, je devais vendre parce que, comme on dit dans le jargon, ma position avait atteint mon stop-loss, c'est-à-dire le point prédéterminé où je vends parce que je veux limiter ma perte.

Vu sous l'angle technique, un titre boursier n'est qu'un billet dont le numéro change chaque jour, chaque minute. L'analyste tente de discerner des signes préalables à une hausse ou à une baisse de ce numéro.

Pour l'analyste dit "fondamental", cette approche est on ne peut plus étrange, car il considère les titres boursiers comme des entreprises, des organismes vivants passionnants à analyser, à étudier. En fait, l'analyste fondamental aime profondément l'entreprise ? au point de s'emballer pour ses compagnies (au grand dam du mythe qui veut qu'on ne doit pas s'amouracher de ses titres).

Pour simplifier, on pourrait comparer les deux approches en disant que l'une tente de deviner les réalisations futures d'une personne en analysant son numéro d'assurance sociale, alors que l'autre le fait en étudiant ses qualités, ses défauts, son caractère, ses aptitudes, sa formation, son expérience de travail et de vie, et ses habitudes.

Les différents visages de l'analyse fondamentale

La métaphore précédente laisse entendre que l'analyse fondamentale est toujours très sérieuse, unidimensionnelle. Ce n'est pas le cas. Il y a tout un panorama, tout un univers d'approches qu'on pourrait regrouper sous la grande catégorie de l'analyse fondamentale. Elles vont des très sérieuses à certaines plutôt douteuses et peu recommandables à l'investisseur ordinaire.

Commencer par le haut

Grossièrement, on pourrait diviser les approches fondamentales en deux camps en faisant une analogie entre l'investisseur et le prospecteur minier. Ce dernier peut chercher un gisement minier en survolant les régions propices ou travailler sur le terrain. L'investisseur a le même choix: il peut investir en esquissant d'abord un scénario économique général et, sur la base de celui-ci, trouver des secteurs boursiers intéressants. Il peut, par exemple, déterminer de grandes tendances macro-économiques (comme la déconsommation) et socio-économiques (comme le vieillissement de la population).

Ensuite seulement, il cherchera des titres à bon potentiel à l'intérieur des industries ciblées. C'est commencer le placement par le haut en descendant progressivement vers les titres (de l'anglais top-down).

Selon moi, cette approche -tentante en théorie - est pour le moins inaccessible à l'investisseur ordinaire. D'après mon expérience, vraiment très peu d'investisseurs professionnels peuvent réussir en utilisant cette approche sur plusieurs années.

Commencer par le bas ou compagnie par compagnie

À l'opposé du mode de fonctionnement de l'approche précédente, je pense qu'une personne peut réussir en "commençant par le bas " (ou bottom-up en anglais), soit en analysant et en investissant compagnie par compagnie. Je ne veux pas nécessairement dénigrer l'autre façon d'investir. Je ne veux pas non plus passer beaucoup de temps sur les démonstrations théoriques pour prouver pourquoi l'une est meilleure que l'autre (si vous faites de l'argent en utilisant la première façon, continuez de le faire). Ce que je sais c'est que selon mon expérience, un investisseur peut faire beaucoup d'argent en analysant la Bourse compagnie par compagnie, en éliminant celles qui ne l'intéressent pas, en étudiant les autres en détail pour acheter seulement les rares qui correspondent exactement à ses objectifs et à ses critères de placement.

Encore une fois, cette approche comporte des différences notables, des sous-approches qui sont souvent aux antipodes. Une bonne façon de les comprendre est de les illustrer par mon exemple personnel.