Les principaux critères pour apprécier une stratégie d’investissement, selon André Gosselin (deuxième partie)

* Source : Livre : « Investir dans les titres de valeur », écrit par André Gosselin, aux éditions Transcontinental.

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Afin d'être acceptable et bien adaptée aux intérêts et aux capacités des investisseurs individuels, une stratégie d'investissement se doit
d'être :

  1. Valide
  2. Fidèle
  3. Compréhensible
  4. Simple
  5. Systématique

3. Une stratégie qui n'est pas compréhensible n'est pas une bonne stratégie. On doit être en mesure de l'interpréter correctement pour lui accorder du crédit. « L’interprétabilité » d'une stratégie d'in­vestissement est sa faculté à utiliser des termes clairs, précis et sans équivoque. Elle est d'ailleurs une condition de sa fidélité, comme celle-ci est une condition de sa validité. À l'instar de toute discipline scientifique, une stratégie de placement ne vaut la peine qu'on s'y arrête que si elle est en mesure de définir adéquatement et de façon compréhensible tous les principaux concepts qu'elle utilise et les déductions auxquelles elle procède.

Je dois dire que, dans le merveilleux monde de l'investissement, les mots et les concepts sont généralement beaucoup plus clairs et plus précis que dans l'univers des sciences sociales par exemple, qu'il s'agisse de la sociologie, de la science politique, de la psychologie, de l'histoire et même de la science économique. Il y a de nombreuses raisons à cela. Les trois principales à mon avis sont que les notions les plus communes en investissement proviennent soit de la science comptable, soit des statistiques, soit de la science juridique. Le champ social de l'investissement est codifié par les comptables, les statisticiens et les juristes, et cela en facilite la compréhension.

Toutefois, tout un pan de l'analyse financière repose sur une approche qualitative, ce qui rend plus difficile la communication entre les investisseurs, et entre ceux-ci et les acteurs économiques, Par exemple, un certain nombre de stratégies insistent sur l'impor­tance d'investir dans des sociétés où l'équipe de direction est compé­tente, dynamique, honnête et soucieuse de l'intérêt des actionnaires. Or, l'on pourrait discuter longtemps de ces notions pour déterminer à quoi elles font référence exactement. La très grande majorité des insti­gateurs de stratégies d'investissement populaires qui ont avancé sur ce terrain glissant l'ont souvent fait avec un langage et un vocabulaire peu détaillés et très peu précis. Cela entraîne de gros problèmes d'interprétation de leurs idées, et de reproductibilité (ou fidélité) de leur méthode.

Une stratégie dont les critères sont observables, mesurables et quantifiables sera toujours préférable à celle dont les critères ne le sont pas. C'est souvent à cette condition qu'il est possible de l'inter­préter de façon univoque. On pourrait dire, pour employer une expression à la mode, que ses principes doivent être objectifs. Dès qu'un principe laisse une trop grande place à l'interprétation de tous et chacun, il n'est pas fiable. C'est le cas de l'affirmation selon laquelle un bon investissement est celui qui est fait dans une compagnie dont la direction est honnête et compétente. Ce genre de principe laisse trop de place à l'interprétation pour être valide. Il n'est pas dit qu'on n'ar­rivera pas un jour à mesurer adéquatement les caractéristiques de l'équipe dirigeante des entreprises, mais, jusqu'à ce jour, aucun chercheur n'a sérieusement testé cette variable et son effet sur le rendement des actions.

4. Le quatrième critère d'évaluation d'une stratégie d'investissement est son degré de simplicité. Ce critère n'est pas le plus important, mais il a sa place dans la méthodologie des sciences comme dans celle des stratégies de placement. Dans l'activité scientifique, la sim­plicité est une qualité admise depuis fort longtemps. Entre deux explications d'un même phénomène, les savants retiendront habituellement l'explication la plus simple.

En matière d'investissement, nous verrons que les stratégies les plus rentables ne reposent pas sur 10 ou 20 critères, mais sur trois ou quatre critères. D'ajouter un plus grand nombre de facteurs de sélection de titres ou de prévision des marchés dans une stratégie n'améliore en rien son efficacité. Au contraire, elle perd en rende­ment et en efficacité. Certains chercheurs institutionnels ont tenté, en toute bonne foi, de construire des grilles de sélection dans lesquelles un titre devait posséder une dizaine de caractéristiques pour être retenu. Or, les portefeuilles ainsi constitués ne donnaient pas un meilleur rendement que ceux construits avec une grille n'exigeant que deux ou trois qualités de la part des titres considérés.

5. Enfin, le cinquième et dernier critère nous permettant d'évaluer une stratégie d'investissement est son caractère systématique. Tous les titres du marché boursier visé par la stratégie doivent pouvoir être examinés, passés en revue et comparés. En somme, le marché au complet doit être tamisé ou filtré au moyen de la griIIe de sélec­tion de la stratégie. Le caractère systématique d'une méthode de recherche, en sciences sociales, est sa capacité à observer tous les individus qui font partie d'un échantillon représentatif de la population que l'on cherche à étudier.

Ainsi, pour qu’une stratégie soit considérée comme véritablement systématique, elle doit, dans la pratique, dans l’application concrète de sa méthode, faire en sorte que tous les titres d’un marché soient examinés afin de ne sélectionner que les meilleurs et les plus accomplis d’entre eux, selon les critères de choix retenus au départ. Absolument toutes les compagnies inscrites à un marché boursier seront passées à la loupe. Il n’y aura aucun biais dans la sélection de départ. Aucun titre ne sera ignoré.

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