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Source : Chronique d’André Gosselin parue dans le «Bulletin
Disnat » www.disnat.com
Les
fausses croyances ont souvent la vie longue. Dans le monde de l’investis-sement,
l’une des plus tenaces est certainement celle voulant que
les meilleures compagnies constituent les meilleurs placements.Démontrer
le contraire s’avère toutefois un véritable
jeu d’enfant pour les économistes et les financiers.
En
effet, il suffit simplement de consulter un exemplaire d’un magazine
financier reconnu (numéro dont la publication remonte à
au moins trois ans) qui dresse le palmarès des meilleures entreprises,
et de comparer le rendement moyen affiché par celles-ci par rapport
à celui d’un indice de référence approprié.
Ou
encore, parcourez un succès de librairie publié il
y a cinq ou 10 ans qui dresse le portrait des meilleures compagnies
d’ici et d’ailleurs. Comparez ensuite le rendement boursier
des com-pagnies ainsi encensées avec celui d’un indice
comparatif perti-nent.
Prenez le livre de Peters
et Waterman (In search of excellence : Lessons from America’s best
companies), grand succès de librairie paru en 1982, traduit en plusieurs
langues et louangé par la critique. Dans ce bouquin, les auteurs
y tracent le portrait des grandes compagnies américaines
unanimement reconnues comme la crème des entreprises.
Vous
croyez que les investisseurs ont réalisé des gains substantiels
en plaçant leur argent dans la trentaine de compagnies qui,
selon Peters et Waterman, constituaient à l’époque
les entre-prises américaines les plus remarquables ? Eh bien,
détrompez-vous ! Comme l’ont si bien démontré
trois groupes de chercheurs indépendants, la performance financière,
économique et boursière affichée par ces entreprises,
lesquelles étaient toutes au sommet de leur gloire au moment
de la publication du livre, fut très décevante et bien
en deçà de la moyenne de leur groupe de référence.
Deux raisons expliquent essentiellement la piètre performance
boursière affichée par ces champions de l’économie,
à savoir : le processus concurrentiel et la tendance des investisseurs
à surévaluer les compagnies les plus prestigieuses.
Le processus
concurrentiel
Les investisseurs
semblent carrément négliger le fait que les entreprises
exceptionnelles puissent difficilement maintenir leur rythme de
croissance. Tôt ou tard, les concurrents directs de ces
entreprises adaptent leurs stratégies commerciales de manière
à s’accaparer une part du gâteau de ce qui leur
semble être un segment de marché fort lucratif.
À titre d’exemple, prenons le palmarès annuel
du magazine Business Week qui porte sur les 100 meilleures entreprises
dites de croissance aux États-Unis (communément appelées
Hot Growth
Companies).
Après publication du palmarès Business Week, l’ensemble
des titres y figurant entre 1985 et 1995 ont généré
un rendement triennal global de l’ordre de 31,9 %, soit une
performance inférieure de moitié à celle de
l’indice de référence.
Face à
l’accentuation de la pression concurrentielle, le rythme de
progression des ventes et des profits de ces entreprises «
étoiles » dégringole sous la moyenne. Les profits
anticipés n’étant plus au rendez-vous, le rendement
des titres vedettes souffre.
Affichant une croissance annuelle moyenne des profits de 76 % avant
leur entrée au prestigieux palmarès de Business Week,
les entreprises vedettes voient leurs bénéfices progresser
à un rythme nettement moindre de seulement 3 % au cours des
trois années suivant leur inscription au tableau d’honneur
du magazine américain. Il en va également de même
pour le rendement annuel sur le capital, lequel passe d’une
moyenne de 14 % (avant inscription) à quelque 8 % (après
inscription).
Tendance des investisseurs à surévaluer les
compagnies les plus remarquables
Pour bon nombre d’investisseurs, les entreprises
à forte croissance sont de meilleure qualité que les
autres. Voilà pourquoi ces derniers n’hésitent
pas à attribuer à leurs candidates préférées
des multiples supérieurs en termes de ratio cours/bénéfices,
cours/ventes et cours/valeur comptable.
Bien que ces entreprises méritent parfois de se voir accorder
des multiples supérieurs à ceux commandés par
leurs concurrents, il est plutôt rare que les fortes évaluations
souvent attribuées par le marché soient pleinement
justifiées. Même chose en ce qui concerne les prévisions
de certains analystes financiers portant sur les résultats
d’entreprises à forte croissance. En effet, il arrive
souvent que les analystes fondent leurs modèles uniquement
sur les derniers résultats financiers (deux ou trois dernières
années), extrapolant ainsi à tort la tendance observée
au cours du passé récent. Fort heureusement, les compagnies
concurrentes ont normalement tôt
fait de relever pareil excès d’optimisme.
Force est donc de constater que l'investisseur se doit de demeurer
vigilant s'il espère tirer, avec succès, son épingle
du jeu.
André Gosselin
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Mais attention: vous
pouvez avoir raison quant à la médiocrité d'une entreprise
ou au prix nettement exagéré de son titre, encore faut-il
que le marché boursier partage votre opinion. Voilà le véritable
défi.