Vaut-il la peine d'investir dans le Top 100 de Business Week?

Une équipe de trois professeurs de finance s'est posée la question et leur conclusion n'est pas des plus positives. : Les meilleures compagnies cotées en bourse ne restent pas les meilleures très longtemps.

* Chronique d'André Gosselin parue sur le site LesAffaires.com.

Depuis 1985, le magazine Business Week publie un dossier sur les 100 compagnies américaines présentant la plus forte croissance et, conséquemment, le meilleur potentiel pour l’investisseur. Publié au mois de mai de chaque année (sous le titre Hot Growth Companies), ce classement des 100 meilleures petites entreprises américaines repose sur trois critères de sélection : la croissance des profits et des ventes lors des trois dernières années, ainsi que le rendement moyen sur le capital au cours de cette période.

Afin d’identifier les entreprises qui semblent avoir trouvé une formule gagnante pour enrichir leurs actionnaires, les éditeurs de Business Week concentrent leur attention sur les firmes ayant des revenus de plus de 50 millions de dollars, et de moins de 1,5 milliard de dollars. Le titre doit se vendre à au moins 5 $ sur le marché et la capitalisation boursière doit être supérieure à 25 millions de dollars. Toutes les entreprises qui ont connu un trimestre de décroissance récemment sont éliminées de la liste, de même que celles dont l’action n’a pas réussi à faire mieux que l’indice industriel composé Standard & Poor’s.

Le palmarès de 2003 suscite un certain intérêt des investisseurs, car il s’agit d’entreprises qui ont connu une croissance assez formidable de leurs ventes et de leurs bénéfices, malgré le ralentissement de l’économie américaine depuis trois ans. On se dit qu’avec la reprise des activités économiques en 2003 et 2004, leur croissance pourrait être encore plus forte et soutenue.

Les 100 compagnies étoiles de Business Week de 2003 ont connu une croissance annuelle de leurs ventes de 25 % lors des trois dernières années, et une croissance annuelle de leurs profits de 44 %. Ensemble, elles présentent un rendement sur le capital de 15 %, ce qui est nettement mieux que le rendement moyen de 5,35 % pour les entreprises de l’indice composé S&P.

Prenons le cas d’Aeropostale, la compagnie qui se classe au premier rang du palmarès de cette année. Depuis 2000, la croissance annuelle de ses ventes est de 52 %, celle de ses profits est de 65 %, tandis que le rendement moyen sur le capital, depuis trois ans, frise les 32 %. La société exploite 278 magasins de vêtements et accessoires de toutes sortes (jeans, t-shirt, casquettes, lunettes de soleil, etc.) pour la clientèle des 11 à 20 ans. Rien de très spécial ou de hautement technologique.

Le palmarès de Business Week comporte toujours son lot d’entreprises de commerce de détail. Mais le plus étonnant cette année est de voir que le classement contient six entreprises spécialisées dans les services éducatifs aux adultes. Des compagnies qui ont le vent dans les voiles, tout simplement parce que de plus en plus d’adultes, dans un marché du travail plus difficile que durant les années 1990, cherchent à se perfectionner. Apollo Group, Carreer Education et Strayer Education occupent respectivement les 7e, 19e et 25e rang de Business Week.

Plus surprenant encore : 27 sociétés du palmarès sont dans le domaine de la santé. Des entreprises comme Odyssey HealthCare (3e rang), Sicor (15e rang), Eon Labs (22e rang) et Mylan Laboratories (41e rang). Elles semblent connaître beaucoup de succès, en raison de leur capacité à diminuer les coûts des médicaments et des services de soins de santé : une obsession de plus en plus grande chez les Américains, aussi bien du côté des individus que des assureurs ou des services publics.

Les éditeurs de Business Week n’insistent pas beaucoup sur la piètre performance des entreprises qui, à chaque année, forment leur palmarès. Dans l’édition de 2003 par exemple, ils parlent brièvement du rendement de leur sélection de 2001, pour rappeler que son rendement a chuté de 22,4 % en deux ans. Six des dix pires compagnies de cette sélection évoluaient dans l’industrie de la haute technologie. La compagnie qui se classait au 1er rang en 2001, Optical Communication Products, a généré un rendement négatif de –88,8 % en 24 mois. Un constat intéressant des éditeurs : les compagnies de plus grande taille s’en tirent mieux que celles de petite taille.

Vaut-il la peine d’investir dans le Top 100 de Business Week? Une équipe de trois professeurs de finance s’est posée la question, et leur conclusion n’est pas des plus positives. Ils ont calculé le rendement sur trois ans de chaque entreprise qui s’est classée dans le palmarès de Business Week entre 1985 et 1995. En moyenne, les Hot Growth Companies du magazine américain ont sous-performé l’indice de référence (CRSP Database) par une marge de 16,56 % par année. Autant les ventes que les profits chutent de façon drastique dans les années qui suivent l’apparition des compagnies au palmarès. Il en va de même pour le rendement sur le capital, qui passe d’une moyenne de 14 % à 8%.

La recherche des trois universitaires, publiée dans The Journal of Financial Research, illustre un phénomène sur lequel j’ai souvent insisté : les meilleures compagnies cotées en bourse ne restent pas les meilleures très longtemps. La forte concurrence, qu’on observe dans à peu près toutes les industries de l’économie américaine, a tôt fait de ramener les meilleures compagnies vers une performance très moyenne. En somme, les meilleures compagnies ne font pas nécessairement les meilleurs placements.

Référence :
Bauman, W.S., Conover, C.M., et D.R. Cox, Are the best small companies the best investments?, The Journal of Financial Research, été 2002, p. 169-186.

André Gosselin

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