Arne Alsin : Un surdoué de la sélection de titres en redressement

* Chronique d'André Gosselin parue sur le portail Les Affaires.com

La plupart des investisseurs ne veulent qu'une chose quand ils achètent des actions : éviter les compagnies à problèmes. Pourtant, une des clés du succès à la bourse est justement de dénicher des compagnies qui ont des problèmes. Mais pas n'importe quelle compagnie ou n'importe quel problème. Il faut savoir reconnaître les entreprises qui traversent des difficultés graves de celles qui ont des ennuis passagers.

Par définition, les titres qui constituent de bonnes aubaines sur le marché sont ceux de compagnies qui ne baignent pas dans l'huile. Les entreprises qui vivent le parfait bonheur et qui n'ont aucun dysfonctionnement ne se vendent jamais à prix d'aubaine. Si vous croyez avoir trouvé une compagnie parfaite dont l'action est à rabais, vous vous trompez. Le marché boursier est très efficace à reconnaître les compagnies extraordinaires, et il attribue un prix très élevé et souvent démesuré à ce genre d'entreprises.

Dans le marché boursier actuel, les compagnies qui constituent de bonnes valeurs et qui génèrent des bénéfices valent leur pesant d'or. Au cours des deux dernières années, les titres et les fonds communs que l'on classe dans la catégorie "valeur" ont nettement mieux fait que ceux que l'on désigne sous la bannière "croissance". Les approches de style valeur ont le vent dans les voiles, et leur supériorité sur les approches croissance pourrait durer plusieurs années.

Du côté américain, un bon nombre de compagnies se vendent à prix d'aubaine, notamment parmi celles qui ont traversé une période de problèmes passagers. Comme je l'expliquais dans ma dernière chronique, les entreprises en redressement devraient constituer un bon choix de placement pour 2002, et même au delà.

Les investisseurs de talent, spécialisés dans les compagnies en redressement, ne courent pas les rues. Pour le marché canadien, je n'en connais pas. Chez nos voisins du sud, j'en connais au moins un. Son nom : Arne Alsin. Professionnel de la gestion privée de portefeuille, Alsin est également, à ses heures, chroniqueur pour le site financier RealMoney.com. Depuis un an, je lis à chaque semaine les chroniques de M. Alsin, et je dois avouer que je suis assez impressionné par l'acuité de ses analyses et la rigueur de sa démarche.

En janvier 2001, Alsin a proposé à ses lecteurs un portefeuille de 10 compagnies en redressement qui ont généré un rendement moyen de plus de 55%. Même si la Bourse américaine a perdu 10% de sa valeur, Alsin a réussi à faire mentir ceux qui sont d'éternels pessimistes et qui prévoient toujours le pire des scénarios. Le plus étonnant est qu'il a réussi à le faire en diminuant son risque, et non pas en l'augmentant. Il a choisi des compagnies solides ayant des problèmes conjoncturels qui ont été exagérés par les investisseurs. Parmi ses meilleurs coups en 2001 on trouve J.C. Penney (+146,34%), Office Depot (+113,40%), Circuit City (+55,93%) et Hasbro (+80,82%). Un seul titre de son portefeuille a donné un rendement négatif.

Vous trouvez dans le tableau ci-dessous la liste des 10 compagnies en redressement favorisées par Alsin en 2002. Elles sont toutes inscrites sur le parquet de la Bourse de New York et constituent ce que l'on peut appeler des entreprises de petite capitalisation. Les faibles taux d'intérêt actuels favorisent ces entreprises car elles peuvent financer leur croissance à des coûts beaucoup plus intéressants qu'il y a 3 ou 4 ans.

Portefeuille de 10 compagnies en redressement
de Arne Alsin pour 2002
Compagnie
Symbole
Marché
Bowne
BNE
NYSE
Prime Hospitality
PDQ
NYSE
Dillard's
DDS
NYSE
Manpower
MAN
NYSE
York International
YRK
NYSE
Textron
TXT
NYSE
Toys R Us
TOY
NYSE
Spherion
SFN
NYSE
Phillips-Van Heusen
PVH
NYSE
Cummins
CUM
NYSE

Parmi les dix compagnies sélectionnées par le gestionnaire en 2002, il y en a une qu'il préfère par dessus tout : Toys R Us. Cette chaîne de magasins de jouets est bien connue des Québécois. La compagnie possède plus de 1500 succursales dans le monde, parmi lesquelles les magasins Kids R Us, Babies R Us et Imaginarium.

Cette grande franchise de l'industrie du détail a beaucoup enrichi ses actionnaires dans les années 1980, alors que les années 1990 ont vu les problèmes s'accumuler. À la fin de 1991 le titre se négociait à un plus bas de 20 $, et dix ans plus tard vous pouviez acheter les actions de la compagnie pour moins de 19 $.

Si Toys R Us fut le plus grand vendeur de jouets en Amérique du Nord dans les années 1980, cela n'est plus le cas depuis les années 1990. C'est la chaîne de magasins d'escompte Wal-Mart qui s'accapare aujourd'hui la grosse part du marché de la vente de jouets. L'expansion de d'autres grandes chaînes comme Wal-Mart (Target aux États-Unis, Canadian Tire au Canada, Price Cosco dans les deux pays) a grugé des parts de marché importantes à Toys R Us au fil des ans.

L'arrivée de géants de la vente en ligne comme Amazon, eToys et Toysmart à la fin des années 1990, dans le contexte de l'euphorie spéculative sur les titres internet, a constitué un vrai calvaire pour Toy R Us, au point où certains analystes financiers prédisaient rien de moins que la disparition de ce géant de la distribution. D'ailleurs, le marché était à ce point réceptif à cette thèse que l'action de la compagnie passa sous la barre des 10 $ en janvier 2002. Heureusement, les déboires de eToys et l'Internet, et l'alliance de Toys R Us avec Amazon, a redonné de la vigueur au titre de la société, au point d'atteindre les 30 $ au début de l'année 2001.

Mais les principales raisons qui nous permettent de croire à un redressement réussi de Toys R Us ne résident pas là, selon Alsin. Plusieurs réformes positives ont été réalisées depuis 2000 sous la direction du nouveau et très compétent patron John Eyler. Plus de 60 % des magasins Toys R Us ont été rénovés et réaménagés selon un concept qui facilite le magasinage et le rend plus agréable pour le consommateur. Les marques privées, toujours très lucratives pour un distributeur au détail, n'étaient pas assez exploitées par la compagnie. Aujourd'hui, elles constituent plus de 20 % des ventes. Selon Alsin, le titre de la compagnie a assez de potentiel pour doubler de valeur lors des 12 à 24 prochains mois.

Les meilleurs investisseurs de style valeur, à mon avis, sont capables de faire la distinction entre les compagnies qui vivent des problèmes qu'elles n'arrivent pas à surmonter et celles qui ont la capacité, les moyens et la volonté de s'en sortir rapidement. Arne Alsin est de ceux-là. Il sait faire la différence entre les vrais et les fausses aubaines.

André Gosselin, vice-président recherche Orientation Finance


 

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