|
|
Investir avec James
O'Shaughnessy
À 37 ans
déjà, il avait publié les trois ouvrages qui allaient
faire de lui une des références de cette fin de siècle
en investissement.
Le problème avec la grande majorité des investisseurs institutionnels
et individuels est qu'ils sont humains, trop humains. S'ils pouvaient
laisser de côté leurs opinions et leurs émotions,
ils connaîtraient plus de succès. Il faudrait simplement
qu'ils adoptent une approche froide et totalement robotique pour gérer
leur portefeuille.
Pourquoi l'indice S&P 500 fait mieux que 80% des gestionnaires
de fonds de placement? Parce que c'est une stratégie entièrement
mécanique, disciplinée et constante qui mise sur les 500
plus grandes corporations américaines. L'approche indicielle (sur
le S&P 500 ou sur un autre indice) ne change pas d'idées et
de stratégies en court de route; elle ne se laisse pas influencer
par les émotions, les modes et les opinions du moment.
Le nouveau champion de cette philosophie d'investissement aux
États-Unis s'appelle James O'Shaughnessy. Les journalistes
financiers le décrivent comme l'un des grands quantitativistes
et statisticiens des marchés boursiers aux États-Unis. Diplômé
d'économétrie de l'Université du Minnesota, il a
été conseiller auprès des plus grandes sociétés
de fonds de placement aux États-Unis et au Canada, et est lui-même
gestionnaire de fonds et président de O'Shaughnessy Capital Management,
une entreprise située dans la petite localité de Greenwich
au Connecticut.
À 37 ans déjà, il avait publié les
trois ouvrages qui allaient faire de lui une des références
de cette fin de siècle en investissement. Ses livres,
sortis en 1994, 1997 et 1998, continuent encore de faire des vagues auprès
des investisseurs, aussi bien institutionnels qu'individuels. Aucun professionnel
de l'investissement, avant lui, n'a fait autant de bruit en si peu de
temps.
Le second livre d'O'Shaughnessy (What Works on Wall Street, 1997) est
celui qui a le plus contribué à faire connaître le
gestionnaire du Connecticut. C'est la suite logique de Invest Like the
Best, dans la mesure où son auteur tente de vérifier sur
une très longue période la performance des critères
de sélection qui sont ceux des grands gestionnaires professionnels.
Comme son premier livre, il renferme de multiples tableaux et graphiques,
à tel point qu'on retrouve une page de texte pour deux pages de
données statistiques. Le lecteur moyen pourrait avoir le
réflexe de reculer ou de s'endormir devant tant de chiffres, mais
ce serait bien injuste car la pensée d'O'Shaughnessy sur l'investissement
en est une des plus originales qui soit en terre d'Amérique.
Le portefeuille idéal : un mixte de valeur et de croissance
Dans What Works on Wall Street, O'Shaughnessy nous donne les performances
comparées de plus d'une cinquantaine de stratégies employant
au moins deux critères et plus. Voyons les six stratégies
multi-critères les plus performantes qu'il a découvertes.
- La meilleure stratégie
multi-critères consiste à retenir d'abord, parmi l'ensemble
du marché, que les titres qui ont des bénéfices
positifs lors des cinq dernières années et un ratio cours/ventes
annuelles inférieur à 1,5 ; et à sélectionner
parmi eux les 50 titres qui ont connu la meilleure performance de leurs
cours lors de la dernière année. C'est ce que O'Shaughnessy
appelle la Pierre angulaire de croissance (The Cornerstone growth).
Le rendement annuel composé obtenu en 40 ans : 18,22%.
- La seconde stratégie
consiste à sélectionner, parmi l'ensemble du marché,
tous les titres qui ont un ratio cours/ventes annuelles inférieur
à 1, et à retenir dans ce groupe les 50 titres qui ont
connu la meilleure performance de leurs cours lors de la dernière
année. Le rendement annuel obtenu en 40 ans : 18,14%.
- La troisième
stratégie consiste à sélectionner, parmi l'ensemble
du marché, tous les titres qui ont un ratio cours/valeur comptable
inférieur à 1, et à retenir dans ce groupe les
50 titres qui ont connu la meilleure performance relative de leurs cours
lors de la dernière année. Rendement annuel en
40 ans : 17,27%.
- La quatrième
stratégie consiste à sélectionner, parmi l'ensemble
du marché, tous les titres qui ont connu une croissance ininterrompue
de leurs bénéfices lors des cinq dernières années,
et à retenir dans ce groupe les 50 titres qui ont connu la meilleure
performance relative de leurs cours lors de la dernière année.
Rendement annuel en 40 ans : 16,86%.
- La cinquième
stratégie consiste à sélectionner, parmi l'ensemble
du marché, tous les titres qui ont un rendement sur le capital
supérieur à 15%, et à retenir dans ce groupe les
50 titres qui ont connu la meilleure performance relative de leurs cours
lors de la dernière année. Rendement annuel en
40 ans : 16,78%.
- La sixième
stratégie qui a obtenu la meilleure performance consiste à
combiner la stratégie de la Pierre angulaire de croissance (stratégie
no 1) avec la stratégie de la Pierre angulaire de valeur (Cornerstone
Value) qui arrive, quant à elle, au 13e rang en termes de rendement.
Cette dernière stratégie consiste à retenir, dans
une première sélection, que les titres qui sont dans le
groupe des grandes compagnies, avec un nombre d'actions en circulation
et des fonds autogénérés supérieurs aussi
aux moyennes du marché et, enfin, un chiffre d'affaires d'au
moins 1,5 fois celui de la moyenne du marché. Enfin, la sélection
finale consiste à prendre, dans ce groupe, les 50 titres qui
ont le meilleur rendement en dividende. C'est la stratégie qu'O'Shaughnessy
appelle la Pierre angulaire de valeur, car tout investisseur devrait
détenir des actions de ce type dans son portefeuille. En détenant
25 titres de la Pierre angulaire de croissance et 25 titres de la Pierre
angulaire de valeur, l'investisseur se dote d'un excellent portefeuille
qui a obtenu le 6e meilleur rendement : 16,74% de rendement annuel composé
en 40 ans.
Ce qui est rassurant
avec ces six stratégies c'est qu'elles n'utilisent pas 5 ou 10
critères de sélection à la fois. Non ! Les plus performantes
n'en utilisent que deux et, à la limite, trois. En somme, plus
c'est simple, meilleur c'est.
Vous aurez remarqué
que ces six stratégies gagnantes misent toutes, d'une façon
ou d'une autre, sur le momentum du prix des actions. Ce n'est
pas le critère numéro un appliqué par chacune des
stratégies, mais c'est avec ce facteur que se fait la sélection
finale. Il aura aussi constaté que les trois meilleures
stratégies combinent à la fois un critère de valeur
et un critère de croissance (le momentum des prix). Vous
obtenez le meilleur des deux mondes. Grâce au critère de
valeur, l'investisseur s'assure de mettre la main sur des titres qui ne
sont pas hors de prix et qui constituent encore de bonnes aubaines, même
si leurs cours ont augmenté considérablement lors de la
dernière année.
En somme, les trois premières stratégies consistent à
miser sur des titres qui ont la faveur des investisseurs depuis peu (les
12 derniers mois), qui commencent à être populaires sur le
marché, mais qui présentent un bilan intéressant
sans qu'il en coûte les yeux de la tête. Vous n'avez pas besoin
d'attendre une éternité pour que vos titres de valeurs commencent
à être reconnus par le marché, car l'appréciation
des prix lors des 12 derniers moins annonce déjà un regain
d'intérêt de la part des investisseurs.
Dénicher de bonnes aubaines est une chose, mais dénicher
des aubaines qui commencent sérieusement à être reconnues
par plusieurs investisseurs est mieux.
Consulter la chronique
: Les
facteurs qui expliquent le succès de la stratégie "Momentum
en valeurs".
Consulter la philosophie
de conseil en placement adoptée pour les portefeuilles de "Valeurs-en-
momemtum canadien" et "Valeurs-en-momentum
américain" de Orientation Finance.
André Gosselin
©
Orientation Finance Inc.
|