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Investir
avec James O'Shaughnessy
L'aspect pratico-pratique
O'Shaughnessy est
découragé par les rendements que ses compatriotes américains
obtiennent sur leurs économies. Le rendement du portefeuille d'une
famille américaine typique a été de 5,71% par année
au cours des 30 dernières années. C'est nettement insuffisant,
selon lui, pour assurer une retraite respectable à un couple vivant
aux États-Unis. Les fonds mutuels sont perçus comme une
bonne solution pour avoir un portefeuille diversifié avec un rendement
décent. Pourtant, la majorité des individus possédant
des fonds mutuels gèrent tellement mal leur portefeuille que c'est
tout juste s'ils réalisent 2% de rendement par année. Surtout
quand ils détiennent des fonds de croissance. O'Shaughnessy cite
une étude de la société Fundminder Inc de Los Angeles
qui a évalué la performance de 199 fonds de croissance sur
une période de six ans. Alors que ces fonds ont procuré
un rendement annuel moyen de 12,01%, les détenteurs de ces fonds
ont réalisé un piètre rendement de 2,02% par année.
Comment expliquer
un tel écart ? Simplement par le fait que les investisseurs n'ont
pas de discipline et de cohérence dans leurs décisions.
Certains entrent et sortent du marché des actions en essayant de
prévoir, avec un résultat catastrophique, les tendances
à court ou long termes ; d'autres changent de fonds dès
qu'ils connaissent une mauvaise année ; d'autres encore entrent
sur le marché lorsqu'il est à son plus haut, et en sortent
quand il est à son plus bas.
Dans How to Retire
Rich, son dernier livre publié en 1998, O'Shaughnessy donne une
série de conseils à l'investisseur individuel afin qu'il
puisse mettre à profit les stratégies gagnantes qu'il a
découvertes dans What Works on Wall Street. Il propose plus
exactement six stratégies, tout dépendant de la situation
financière des individus, de leur âge et de leur tolérance
au risque. Certaines sont des adaptations des stratégies qu'il
a longuement testées et commentées dans son précédent
livre, d'autres sont des stratégies nouvelles qu'il explique pour
la première fois à ses lecteurs.
Dans chaque cas
cependant ce sont des stratégies mécaniques, très
simples d'application, qui exigent de l'investisseur un minimum de recherche
documentaire et une gestion de portefeuille qui implique un renouvellement
du portefeuille une fois l'an. De plus, il ne recommande pas nécessairement
de posséder 50 titres dans le portefeuille, mais plutôt un
nombre variant entre 25 et 50, et dans certains cas seulement 10. De cette
façon, l'investisseur peut être assuré qu'il profitera
au maximum des avantages de sa méthode d'investissement. Voyons
quatre de ces stratégies.
- La stratégie
de la Course raisonnable (Reasonable Runaway) qu'il propose dans
How to Retire Rich est une version légèrement modifiée
de celle qui s'est classée au 2e rang dans What Works on Wall
Street. C'est une stratégie relativement agressive, qu'il
suggère aux investisseurs les plus jeunes qui peuvent se permettre
un horizon de placement d'au moins dix ans. De façon concrète,
cette approche vous invite à vous concentrer sur les entreprises
ayant une capitalisation boursière d'au moins 150 millions de
dollars, et un ratio cours/ventes annuelles inférieur à
1. La suite consiste simplement à sélectionner, dans ce
groupe, les 25 à 50 titres ayant connu la plus forte appréciation
de leurs cours lors de la dernière année. Rebâtir
le portefeuille une fois l'an, à la même date et en utilisant
les mêmes critères. C'est tout. Pour un montant tout à
fait raisonnable, plusieurs firmes aux États-Unis peuvent vous
fournir la liste de ces entreprises, pour peu que vous en fassiez la
demande avec des critères assez précis. Cette stratégie,
judicieux mélange de valeur et de croissance, a battu l'indice
S&P 500 plus de 80% du temps entre 1951 et 1996. Le seul aspect
négatif de la stratégie proposée par O'Shaughnessy
est sa forte volatilité : sur une échelle annuelle, les
gains les plus forts de la stratégie sont plus grands que les
gains les plus forts de l'indice S&P 500 ; mais en retour les pertes
les plus fortes de la stratégie sont plus importantes que les
pertes les plus fortes de l'indice S&P. Pour cette raison, l'investisseur
doit s'engager dans ce type de stratégie de portefeuille avec
un horizon de placement d'au moins 10 ans.
- La stratégie
de la Pierre angulaire de valeur (Cornerstone Value) qu'O'Shaughenssy
recommande implique que l'investisseur accepte de céder quelques
points de rendements pour obtenir une meilleure stabilité de
son portefeuille et une plus grande protection de son capital. Son
portefeuille sera garni de très grandes entreprises, bien connues
et qui sont des chefs de file de leur industrie. Des compagnies qui
offrent un très bon rendement en dividende et qui respectent
depuis fort longtemps leur politique de redistribution des profits avec
les actionnaires. La sélection débute avec le groupe
des sociétés dont la capitalisation boursière est
supérieure à la moyenne du marché, soit environ
un milliard de dollars. Les fonds autogénérées
(ou flux de trésorerie) et le nombre d'actions en circulation
doivent aussi être supérieurs à ceux du marché,
et les ventes annuelles doivent être de 50% supérieur à
celles de la moyenne des compagnies. Cette pré-sélection
terminée, l'investisseur achète les 25 à 50 titres
qui offrent le meilleur rendement en dividende. O'Shaughnessy recommande
de retirer de la liste finale les entreprises de service public, car
même si elles offrent un dividende très intéressant,
leurs cours boursiers augmentent moins rapidement que ceux des entreprises
des autres secteurs. Si vous aviez investi 10,000 dollars en 1951 dans
ce type de portefeuille, votre capital aurait une valeur de $6,4 millions
en 1996, contre $1,7 million pour le S&P 500. Un rendement annuel
composé de 14,62%. La stratégie a aussi battu l'indice
S&P plus de 95% du temps. Une différence importante entre
cette stratégie de la Pierre angulaire de valeur, et la stratégie
de la Course raisonnable citée plus haut est le taux de roulement
de chaque portefeuille. Dans ce dernier cas l'investisseur doit s'attendre
à renouveler, en moyenne, 94% des titres de son portefeuille,
alors que dans le premier cas c'est seulement 35%. En d'autres mots,
la stratégie valeur donne plus de temps à l'appréciation
des titres que la stratégie mi-croissance, mi-valeur de la Course
raisonnable.
- La stratégie
des compagnies de service public. Pour les investisseurs qui cherchent
à investir sur le marché boursier, mais en profitant de
la meilleure garantie de protection du capital qui soit, O'Shaughenssy
propose une stratégie (Utility strategy) mécanique qui
mise sur les compagnies de service public. Des compagnies financièrement
solides, dans des secteurs industriels assez bien protégés,
qui offrent un haut dividende à leurs actionnaires. Pour
les trouver, vous n'avez qu'à consulter la dernière édition
du Value Line Investment Survey (disponible dans toutes les bonnes bibliothèques)
qui fournit une masse d'informations complètes sur plus de 1,700
sociétés. Les éditeurs de Value Line attribuent
un indice de " sécurité " (safety ranks) à
chaque société, sur une échelle de 1 (très
sécuritaire) à 5 (peu sécuritaire). Débutez
avec la liste des entreprises que se classent au 1er rang (environ 120)
et achetez les 10 titres qui procurent le plus haut rendement en dividende.
En utilisant ce dernier critère, vous tomberez pratiquement toujours
sur des sociétés de service public, très solides
et peu risquées. Rafraîchir votre portefeuille une fois
l'an avec la même méthode. Entre 1984 et 1996, le rendement
en dividende moyen des titres de ce portefeuille était, à
lui seul, de plus de 6% par année. Pour cette période
de 12 ans, le rendement annuel composé de cette technique a été
de 14,74%. Certes, la stratégie n'a pas permis de battre l'indice
S&P 500 (16,80% de rendement), mais là n'est pas son intérêt.
Il s'agit plutôt d'une stratégie qui constitue une excellente
alternative aux placements dans les obligations, tout en offrant aux
investisseurs l'occasion de faire des gains en capitaux sur l'appréciation
des cours boursiers.
- La stratégie
du noyau de valeurs (Core Value). La dernière stratégie
proposée par O'Shaughnessy est une autre stratégie conservatrice
qui utilise le classement du Value Line Investment Survey. Elle mise,
cette fois, sur le classement des sociétés en fonction
d'un indice de solidité financière (financial strength).
Il s'agit d'abord de retenir les entreprises qui obtiennent le rang
le plus élevé (A++), et dont le rendement en dividende
est supérieur à la moyenne de ce groupe. Ensuite, vous
sélectionnez les dix sociétés de ce groupe qui
devraient, selon les estimations des analystes de Value Line, profiter
de la plus forte augmentation de leurs dividendes dans les prochains
3 à 5 ans. De 1984 à 1996, le rendement annuel composé
de cette stratégie a été de 21,17%, contre 16,80%
pour le S&P 500. Pour un placement dit conservateur, c'est pas mal
du tout.
Bien que les deux
dernières stratégies proposées par O'Shaughnessy
ne reposent que sur une douzaine d'années de rendements historiques,
elles sont selon lui de la même trempe que la stratégie des
Dogs du Dow Jones puisqu'elles vont parier sur des société
solides, à haut rendement en dividende. Elles offrent aussi
l'avantage à l'investisseur de mettre 10 titres sur le pilotage
automatique plutôt que 25 ou 50. Ce n'est pas négligeable
pour celui qui dispose d'un capital ne lui permettant d'acheter qu'un
nombre restreint de titres. Mais l'essentiel est la discipline et la cohérence
que toutes ces stratégies imposent à l'investisseur. Une
fois l'an il faut se départir des titres qui n'obéissent
plus aux critères recommandés, conserver ceux qui y répondent
toujours et acheter les nouveaux titres qui compléteront le portefeuille.
Pour en connaître
davantage sur les stratégies d'investissement de James O'Shaughnessy,
Orientation Finance vous invite à consulter le livre "Investir
dans les titres de valeur" de André Gosselin, publié
aux Éditions Transcontinental.
Consulter la chronique
: Les
facteurs qui expliquent le succès de la stratégie "Momentum
en valeurs".
Consulter la philosophie
de conseil en placement adoptée pour les portefeuilles de "Valeurs-en-
momemtum canadien" et "Valeurs-en-momentum
américain" de Orientation Finance.
Consulter : Investir
avec James
O'Shaughnessy (1ère partie)

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