Investir avec William O'Neil

Le système C.A.N.S.L.I.M a comme objectif de trouver les plus merveilleux titres qu'un investisseur puisse souhaiter, ceux dont les rendements boursiers seront parmi les plus spectaculaires, bref les compagnies à croissance vertigineuse.

William O'Neil, gestionnaire de fonds de placement et fondateur du Investor's Business Daily, est une sorte de Charles Dow. Comme le fondateur du Wall Street Journal, il a lancé un journal quotidien sur la finance et le placement qui est devenu en quelques années un farouche concurrent du vénérable quotidien newyorkais. Comme Charles Dow, il est aussi globalement qu'elle est une stratégie de croissance.

O'Neil est l'auteur d'un livre édité en 1988 (How to make money in stocks : A winning system in good times or bad) qui est rapidement devenu, lui aussi, un bestseller de l'investissement. Il y fait part d'une stratégie qu'il a baptisé du nom bizarre de C.A.N.S.L.I.M. : " C " pour Current quarterly earnings per share; " A " pour Annual earnings increases; " N " pour New products et New management; " S " pour Supply and demand; " L " pour Leader or Laggard; " I " pour Institutional sponsorship; et " M " pour Market direction.

Chaque lettre du " mot " C.A.N.S.L.I.M permet d'identifier chacun des sept éléments qui ont caractérisé ces super gagnants. Le système C.A.N.S.L.I.M serait, aux dires de l'auteur, le meilleur système actuellement disponible pour l'investisseur individuel, qu'il soit novice ou expérimenté. Plus de 200 000 personnes ont pris connaissance de cette stratégie dans les séminaires et ateliers conçus pour le diffuser et l'enseigner. Plusieurs des utilisateurs de la méthode ont d'ailleurs remporté l'une ou l'autre des compétitions d'investissement qui se déroulent chaque année aux États-Unis.

Afin d'élaborer sa stratégie d'investissement, O'Neil a développé une méthode de recherche empirique et inductive, relativement rigoureuse et même ingénieuse, qui part de l'observation de certains titres qui ont connu des rendements extraordinaires, pour essayer ensuite d'en retrouver les caractéristiques communes ou générales. Autrement dit, comment les compagnies et les titres en question se comportaient-ils juste avant d'exploser à la Bourse? Quelles étaient leur croissance des bénéfices, leur volume de transaction, leur nombre d'actionnaires institutionnels, etc.

O'Neil met donc à jour, depuis 1953, une sorte de livre des records des grands titres gagnants (The Record Book of Greatest Stock Market Winners), dans lequel on compte plus de 500 cas répertoriés. On y retrouve les Texas Instruments de la fin des années 1950, les Xerox des années 1960, les Dome Petrolum et Prime Computer des années 1970, jusqu'aux Microsoft et Wal-Mart des années 1980 et 1990. Tous des titres qui ont comme trait commun premier d'avoir vu leurs cours multipliés par 10, 20 et parfois 30 en quelques années seulement.

Les règles à suivre

En quoi consiste le système C.A.N.S.L.I.M développé par O'Neil afin de capturer ces valeurs championnes? Simplement en sept critères de sélection, comme les sept lettres du mot. En fait, il s'agit plutôt d'étapes car à chacune d'elles O'Neil recommande plusieurs règles. Certains investisseurs reconnaîtront dans certaines de ces étapes des principes propres à l'analyse fondamentale, et les lecteurs familiers avec l'analyse technique verront aussi que O'Neil n'est pas rébarbatif à cette méthode d'analyse boursière. L'objectif : trouver les plus merveilleux titres qu'un investisseur puisse souhaiter, ceux dont les rendements boursiers seront parmi les plus spectaculaires, bref les compagnies à croissance vertigineuse.

1- La première étape retenue par O'Neil est relative à la croissance des bénéfices par action lors du plus récent trimestre, par rapport au même trimestre de l'année précédente (c'est le C de C.A.N.S.L.I.M, pour Current quaterly earnings per share). Les bénéfices du trimestre courant qui s'est terminé, disons, en décembre, doivent avoir augmenté d'au moins 20% par rapport au trimestre qui a pris fin en décembre l'année d'avant.

2- Le deuxième étape de la méthode C.A.N.S.L.I.M concerne aussi la croissance des bénéfices. Mais cette fois-ci l'investisseur devra retenir de sa première liste que les titres qui ont connu une croissance régulière des bénéfices par action, année après année, lors des cinq dernières années. À la limite, vous accepterez une année sans croissance, mais seulement si l'année suivante est marquée par une bonne reprise de la croissance par rapport aux bénéfices enregistrés deux ans auparavant.

3- La troisième étape est plus qualitative que les deux précédentes Il faut plus que des chiffres pour dénicher un titre super champion. Il faut savoir reconnaître un produit révolutionnaire, un service plus que jamais en demande, une nouvelle équipe de direction incroyablement efficace et ingénieuse, ou de nouvelles conditions qui changeront complètement le visage de tout un secteur industriel.

4- La quatrième étape de la méthode C.A.N.S.L.I.M fait référence à la lette " S ". " S " pour Supply and demand, et aussi pour Small capitalization. O'Neil rappelle ici l'importance de la loi de l'offre et de la demande sur les marchés boursiers. Ce qu'il propose à l'investisseur c'est de surveiller les volumes de transaction et le nombre d'actions négociées pour chaque titre. Comme plusieurs analystes techniques, il pense qu'une bonne augmentation des volumes de transaction, concomitante à un nouveau sommet dans le prix du titre, est un signal d'achat. Comme tout bon investisseur qui a une philosophie de croissance, O'Neil sait qu'il doit miser sur les compagnies de taille moyenne ou petite, plutôt que sur les grandes compagnies arrivées à maturité. La très grande majorité (95%) des titres qui se retrouvent dans son livre des records avaient moins de 25 millions d'actions en circulation dans les années 1980.

5- La cinquième étape de la stratégie développée par O'Neil en est une de pure analyse technique. Ce qu'il veut dire plus exactement ici c'est que le titre doit avoir un rendement boursier supérieur à plus de 70% de toutes les autres valeurs inscrites sur le marché durant les six ou douze derniers mois. La performance du titre doit donc être plus grande que la performance du marché lui-même, du moins lors de la dernière année. En somme, il s'agit de l'effet momentum constaté par des chercheurs institutionnels comme James O'Shaughnessy et confirmé par les travaux académiques les plus récents.

6- La sixième étape de la stratégie C.A.N.S.L.I.M a trait aux investisseurs institutionnels (c'est le I de C.A.N.S.L.I.M pour Institutions sponsorship). On ne sait trop pour quelles raisons, mais O'Neil avance qu'un bon titre de croissance doit faire partie du portefeuille d'un minimum de trois à huit investisseurs institutionnels. Le conseil d'O'Neil est de favoriser les titres qui comptent quelques actionnaires institutionnels avec des rendements supérieurs à la moyenne. S'ils ont du talent et qu'ils ont acheté des actions de compagnies que la méthode C.A.N.S.L.I.M vous a permis de sélectionner, c'est un gage supplémentaire de réussite.

7- La septième et dernière étape de la méthode C.A.N.S.L.I.M nous plonge en plein dans la problématique de la prévision des tendances du marché (c'est le M de C.A.N.S.L.I.M pour Market direction). Un investisseur peut avoir complété avec succès les six premières étapes, mais s'il n'est pas en mesure de déterminer le type de marché dans lequel il se trouve, les trois quarts des valeurs de son portefeuille vont lui faire perdre beaucoup si jamais un marché bear se pointe à l'horizon. Il n'y a pas de règles claires et limpides ici. Plusieurs indicateurs sont présentés mais sans jamais fournir de paramètres de décision bien tranchés.

Un test de validité de C.A.N.S.L.I.M par O'Shaughnessy

Dans son premier livre (Invest Like the Best) publié en 1984, James O'Shaughnessy propose un protocole pour tester la performance de la méthode de William O'Neil. La période de temps sur laquelle la stratégie d'O'Neil est vérifiée n'est pas très longue (7 ans, de 1985 à 1992), mais c'est la seule étude dont nous disposons pour avoir une idée de sa rentabilité. Le modèle précis qu'il a testé comporte les six facteurs suivants : 1- tout d'abord, les entreprises doivent avoir une croissance des bénéfices d'au moins 20% lors du dernier trimestre; 2- sur cinq ans, la croissance des bénéfices doit être d'au moins 15% par année; 3- il faut que le prix de l'action, au moment de l'achat, soit d'au moins 85,7% supérieur à son cours le plus haut des 12 derniers moins (85,7% étant la moyenne de la base de données à la date d'achat); 4- le nombre d'actions en circulation doit être de moins de 25 millions; 5- le pourcentage d'actions détenus par les investisseurs institutionnels doit être de moins de 60%; 6- enfin, sur 26 semaines, le taux de croissance des cours de l'action doit être d'au moins 32%. Pourquoi 32%? Parce qu'une fois qu'il a passé sa base de données à travers le filtre des autres critères, il s'est dit qu'il faudrait qu'il lui reste au moins 10 titres à la fin.

Comme on peut le constater, O'Shaughnessy nous donne un modèle qui est une interprétation, parmi d'autres, de la méthode de William O'Neil. C'est malgré tout un modèle qui se défend et qui se rapproche beaucoup des directives d'O'Neil. Pour la période qui va de décembre 1985 à décembre 1992, cette version de la stratégie C.A.N.S.L.I.M a enregistré un rendement annuel moyen de 30,06%. La pire année fut 1989 (6,55% de rendement) et la meilleure fut 1990 (112,82% de rendement). O'Shaughnessy conclut: "Non seulement ce modèle a permis de faire mieux que tous les fonds de placement inscrits dans la banque de données du Morningstar, mais en plus il a réalisé cette performance avec une majorité d'entreprises de petite capitalisation, une catégorie boursière plutôt défavorisée durant cette période ".

André Gosselin vice-président recherche Orientation Finance.