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Investir avec Peter Lynch Avec Warren Buffet, Peter Lynch est le gestionnaire de portefeuille le mieux connu et le plus populaire auprès des petits investisseurs américains. Comme Buffet, il est une légende vivante du capitalisme financier moderne. Les rendements qu'il a réalisés en gérant le fonds Magellan de Fidelity sont comparables à ceux que Buffett a obtenu avec le portefeuille de la société Berkshire Hathaway. Tout simplement exceptionnels. Peter Lynch est l'auteur, avec John Rothchild, chroniqueur financier pour le Time magazine, de trois livres sur l'investissement qui sont devenus très rapidement des bestsellers de l'investissement. Les titres de ses deux premiers ouvrages en disent long sur sa philosophie de placement. Le premier : One up on Wall Street : How to use what you already know to make money in the market (traduit en français par : Et si vous en saviez assez pour gagner en Bourse); le second : Beating the Street (Battre la rue, c'est-à-dire Wall Street). Le petit investisseur, pense Lynch, peut battre le marché s'il sait profiter de ses connaissances particulières et des avantages qu'il a sur les investisseurs professionnels. Le grand principe que le gestionnaire de Boston a cherché à enseigner aux petits investisseurs est celui du " invest-in-what-you-know ". Regardez dans votre propre cour, dit-il, vous pouvez y dénicher des merveilles. La compagnie et l'industrie dans lesquelles vous, vos parents ou vos amis travaillez; les magasins où vous allez faire vos achats et les restaurants que vous fréquentez; les produits que vous et votre famille consommez; les hôtels où vous dormez en vacance, etc. Le secret est de découvrir les entreprises à forte croissance avant que les grosses légumes de Wall Street se jettent dessus. Six catégories d'entreprises Lorsqu'il analyse une compagnie cotée à la Bourse, Lynch tente de la placer dans l'une des six catégories suivantes :
Les valeurs à croissance lente se reconnaissent au dividende généreux et régulier qu'elles versent aux actionnaires. Ce sont les sociétés de service publique comme les compagnies téléphoniques. Les piliers sont ces compagnies gigantesques et multinationales qui ont une croissance annuelle des bénéfices variant entre 10% et 12%. Ce sont Coca-Cola, Bristol Myers, 3M, Kellogg ou Proctor and Gamble. Lynch en gardait toujours dans son portefeuille car, dit-il, elles offrent une bonne protection pendant les récessions et les périodes difficiles. Les valeurs à croissance rapide sont de celles que Lynch préfèrent. Des entreprises jeunes, de petite ou de moyenne taille, agressives, dont les bénéfices sont en augmentation de 20% à 25% par année. Lynch recherche celles qui ont de bons bilans et des bénéfices assez réguliers. L'astuce, comme pour toute stratégie de croissance, est de deviner quand leur croissance commencera à ralentir ou quand elles cesseront de grossir, afin de savoir combien on est prêt à payer pour cette croissance. Les valeurs cycliques, comme le nom le dit, sont celles dont les ventes et les bénéfices montent et baissent, et remontent et baissent encore, selon un rythme plus ou moins prévisible, qui dépend en bonne partie des secteurs industriels. Les fabricants d'automobiles, les compagnies aériennes, les aciéries, les compagnies chimiques, les fabricants de pneus sont tous des cycliques. Le défi ici consiste à savoir quand acheter un titre cyclique et quand le vendre. Les compagnies en redressement (ou les situations spéciales) sont ces morts en sursis, ces organisations à l'agonie qui ont encore quelques chances de s'en sortir. Le meilleur exemple qu'on pouvait retrouver dans le portefeuille de Magellan est Chrysler. Lynch avait commencé à acheter les actions du fabricant d'automobiles en 1982, et les actionnaires de Fidelity ont pu voir son cours multiplier par 15 en cinq ans. Enfin, la dernière catégorie d'entreprises identifiée par Lynch est celle des " jeux d'actifs ". Ce sont des entreprises assises sur un trésor que les bonzes de Wall Street ignorent (liquidités importantes, terrains, immeubles, équipements, filiales, droits d'exploitation, etc.). C'est le côté " valeur " du gestionnaire de Fidelity. Payer une action 50 dollars pour une compagnie dont les actifs valent 100 dollars l'action est toujours tentant. La stratégie d'investissement de Peter Lynch est surtout expliqué dans " One up on Wall Street : How to use what you already know to make money in the market? " Les 13 règles à respecter L'action parfaite, selon Lynch, possède 13 caractéristiques. Derrière l'ironie avec laquelle il expose certains de ces critères, on découvre un fil directeur : miser sur les titres négligés et mal-aimés par les investisseurs professionnels. Premier critère : elle a un nom sans intérêt, ou mieux, ridicule. C'est Bob Evans Farm ou, pire encore, Pep Boys-Manny, Moe and Jack. Deuxième critère : son activité est ennuyeuse. C'est Crown, Cork and Seal, une société qui fabrique des boîtes de conserve et des capsules de bouteilles. Qu'est-ce qui pourrait bien être plus ennuyeux que cela et repousser les professionnels de Wall Street? Troisième critère : son activité est désagréable ou dégoûtante. C'est Safety-Kleen, une compagnie qui fournit aux stations services une machine qui dégraisse les moteurs de voitures et qui récupère la vieille graisse pour ensuite la recycler. On peut penser aussi à Envirodyne, qui fabrique des fourchettes en plastique, des pailles, des emballages pour hot-dogs et saucisses. Quatrième critère : c'est une filiale émancipée. Il arrive que des sociétés-mères laissent partir une filiale pour la mettre entre les mains d'une équipe de managers qui aura les mains libres pour faire les choses à sa façon, réduire les coûts et prendre plus facilement des initiatives profitables. Lynch aime bien ce type de compagnie car elles ne partent pas à zéro, et elles ont toute la souplesse voulue pour réaliser de grandes choses. Comme ce fut le cas avec les " Baby Belle " issus du démantèlement d'AT&T (Ameritech, Bell Atlantic, Bell South, etc.), ou Toys R Us, sortie du giron de Interstate Department Stores. Cinquième critère : les institutionnels n'en ont pas et les analystes ne la suivent pas. Trouvez une société qui ne figure pas dans le portefeuille des gestionnaires et à laquelle aucune analyste n'a rendu visite ou écrit quelque chose à son sujet, et vous avez déniché un double gagnant potentiel. Sixième critère : les rumeurs abondent et on craint la présence de la mafia ou de l'industrie controversée des déchets toxiques. Waste Management Inc., qui a vu son cours multiplié par 100 dans les années 1980, possède ces deux atouts : la gestion des déchets toxiques et le mythe que la mafia italienne contrôle tout autant l'industrie de la poubelle que celle des huiles d'olives ou des casinos. Septième critère : elle a quelque chose de déprimant. Service Corporation International (SCI) en est l'exemple type. Wall Street ne semble pas aimer les entreprises qui évoluent dans l'industrie de la mortalité, pourtant SCI est une compagnie très rentable et en pleine croissance, qui possédait à la fin des années 1980, 461 salons funéraires, 121 cimetières, 76 fleuristes, 21 usines de produits funéraires et trois centres de distribution de cercueils (un bel exemple d'intégration verticale). Huitième critère : c'est un secteur sans croissance. Comme l'écrit Lynch: " Une valeur à forte croissance ne doit pas forcément appartenir à un secteur à forte croissance. D'ailleurs, je préfère que cela ne soit pas le cas (...) Elle a seulement besoin de place pour se développer dans un secteur à faible croissance. C'est le cas de la bière où Anheuser-Busch a grossi rapidement en récupérant des parts de marché après avoir incité les consommateurs à changer de marque à son profit. Le secteur de l'hôtellerie a une croissance annuelle de 2% seulement, mais Marriott en se taillant une grosse part du gâteau ces dix dernières années, a vu sa part de marché atteindre 20%. Même chose pour Taco Bell dans le fast-food, Wal-Mart dans la distribution, et The Gap dans l'habillement. Ces météorites ont appris à réussir dans un endroit avant de dupliquer à l'infini la recette de leur succès, centre commercial après centre commercial, ville après ville. L'expansion vers de nouveaux marchés se mue en une extraordinaire accélération des bénéfices qui propulse les cours vers des hauteurs vertigineuses ". Neuvième critère : il y a une niche. Qu'elle soit dans le secteur du gravier, dans celui de la presse et de la télévision, ou encore dans celui de la pharmaceutique, une bonne entreprise est celle qui occupe une situation de quasi monopole, grâce à un brevet, une marque ou un territoire géographique sur lequel aucun concurrent ne viendra s'installer. Dixième critère : les gens doivent toujours acheter le produit. Autrement dit, Lynch conseille à l'investisseur de cibler des entreprises qui fabriquent des produits non durables (médicaments, boissons gazeuses, lames de rasoir, cigarettes, etc.). Onzième critère : elle ne fabrique pas de la technologie; elle l'utilise. Par exemple, plutôt que d'investir dans des fabricants d'ordinateurs ou de logiciels, pourquoi ne pas acheter des compagnies qui utiliseront ce type de technologie pour améliorer leur efficacité et accroître les profits? Douzième critère : les dirigeants achètent des actions. Il est assez facile pour l'investisseur d'appliquer ces règles pour la gestion de son propre portefeuille. Elles se résument en deux questions très simples : 1- est-ce que les cadres et les dirigeants achètent ou non des actions de la compagnie qu'ils gèrent?; 2- Quel pourcentage des actions de la compagnie détiennent-ils? La stratégie d'investissement de Lynch fait une grande place à ces deux critères. Si les cadres achètent à tour de bras, il est rassuré quant à la viabilité de la compagnie. C'est une garantie qu'elle ne fera pas faillite dans six mois. Treizième critère : la compagnie rachète ses actions. Lynch a une grande confiance dans les compagnies qui vont racheter leurs actions en circulation. Si la direction d'une compagnie a vraiment confiance en son avenir, le meilleur moyen de le prouver est de prendre une partie de ses bénéfices pour investir en elle-même, comme n'importe quel actionnaire. C'est une façon indirecte d'augmenter le dividende versé aux actionnaires. L'investissement dans les titres négligés : une vieille méthode Les fonds de placement, les banques, les fonds de retraite, les compagnies d'assurance et les analystes financiers sont comme les girafes. Leur préférence va pratiquement toujours pour les arbres les plus grands à se trouver dans la forêt de l'investissement, négligeant les plantes qui se cachent dans les buissons et les bosquets. Comme on l'a vu, Peter Lynch ne se comporte pas, dans la jungle de l'investissement, comme une girafe. Près de la moitié des critères de sélection de l'action parfaite qu'il propose dans " One up on Wall Street " visent directement à dépister les compagnies qui sont boudées par les professionnels de Wall Street. On ne peut évidemment
réduire la philosophie d'investissement de Peter Lynch au seul
phénomène des entreprises négligées et boudées
par Wall Street. Ce serait trop simple. Surtout quand on regarde la façon
dont Lynch a géré le fonds Magellan de Fidelity. Par contre,
on doit se rendre à l'évidence que le principal message
que Peter Lynch adresse dans ses livres aux petits investisseurs se résume
à l'idée d'acheter des entreprises vis-à-vis lesquelles
les gros investisseurs de Wall Street manifestent de l'indifférence,
ou plus simplement de l'ignorance. Pour consulter
les chroniques précédentes "Les meillleurs gestionnaires",
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