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John Neff : la légende vivante de l'investissement et grande vedette de Barron's

Le célèbre Peter Lynch a été un invité assidu des tables rondes annuelles de l'hebdomadaire financier Barron's. Depuis son départ du merveilleux monde de l'investissement, la grande vedette de Barron's, sa légende vivante, est nul autre que John Neff, le gestionnaire du fonds Vanguard Windsor entre 1964 et 1995, année de sa retraite partielle de la vie active.

Le palmarès de John Neff parle par lui-même. Durant ses 31 ans à la tête du fonds Vanguard Windsor, il a réalisé un rendement annuel moyen de 13,7%, comparé à 10,6% pour l'indice S&P 500.

Traduisons ces pourcentages en dollars: si vous aviez investi 10 000$ dans le fonds Windsor en 1964, vous vous retrouviez en 1995 avec un capital accumulé de 554 640$, contre 223 000$ pour l'indice S&P 500. Son fonds a mieux fait que les grands indices du marché dans une proportion de 22 années sur 31.

Lors de la table ronde annuelle de l'hebdomadaire financier Barron's en janvier 2001, John Neff recommandait les six compagnies suivantes.

Compagnie
Symbole
Lafarge
LAF
Cooper Tire & Rubber
CTB
Ultramar Diamond Sham
UDS
Delta Air Lines
DAL
M/I Schottenstein Homes
MHO
Georgia Gulf
GGC

Les lecteurs du journal Barron's qui ont suivi ses recommandations en janvier 2000 n'ont pas été déçus de leur décision de faire confiance à ce grand chasseur d'aubaines. Pour les 12 mois de l'année 2000, les sept titres qu'il a recommandé ont procuré un rendement moyen de 35,9%: Washington Mutual (+115,5%); Bank of America (-2,4%); D.R. Horton (+105,9%); Toll Brothers (+124%); Highwoods Properties (+5,9%); Delta Air Lines (-1,7%) et Owens Corning (-95,9%).

Neff a eu la clairvoyance de vendre à découvert, en 1999, le fonds coté en bourse Nasdaq 100, ce qui veut dire qu'il a fait beaucoup d'argent avec la déconfiture des titres technologiques du Nasdaq en 2000-2001. Plus de 25% de son portefeuille d'actions était concentré au début 2000 dans la vente à découvert du Nasdaq. Il prévoyait alors une correction de 25% pour le S&P 500 et une correction d'au moins 40% du Nasdaq. Les faits lui ont amplement donné raison.

Dans son livre "John Neff on Investing" (Ed. John Wiley & Sons, 1999), il explique sa stratégie d'investissement axée sur les titres à bas ratio cours/bénéfices, ses préférences pour les compagnies négligées, boudées et mal-aimées des investisseurs qui réussissent malgré tout à croître à un rythme de 7% par année et qui paient un généreux dividende.

Neff, on l'aura compris, est un investisseur au style "valeur", un "contrarian" qui va à contre-courant des modes dominantes et des préférences des investisseurs.

Charles Ellis, un gestionnaire de portefeuille de la firme Greenwich Associates, situe John Neff sur le même pied d'égalité que Warren Buffett. Neff, dit-il, est le plus grand gestionnaire de style valeur qu'on a connu dans ce siècle, car Buffett et Lynch sont davantage des investisseurs au style croissance.

John Neff est le père de la formule qu'on appelle le ratio de rendement total (total-return ratio), qui consiste à prendre le taux de croissance des profits d'une entreprise, à lui additionner le rendement en dividende, et à diviser le tout par le ratio cours/bénéfices. Neff portera alors son attention sur les titres qui ont un ratio de rendement total d'au moins 2.

Le gestionnaire du fonds Windsor recherche des compagnies qui sont en mesure de faire croître leurs profits de 7% et plus par année. Par contre, il évitera toutes celles vis-à-vis lesquelles les analystes anticipent une croissance de plus de 20% des bénéfices par année, car c'est trop excessif à son goût: la moindre révision à la baisse des profits fera descendre le titre de plusieurs points.

Les dividendes versés par les entreprises comptent pour beaucoup dans son approche. Neff considère que plus de la moitié de son succès a par rapport aux indices de marché provient des dividendes supérieurs à la moyenne qu'il va chercher dans les titres.

Depuis quelques années, le marché américain, si l'on se fit aux entreprises du S&P 500, offre un rendement moyen en dividende d'à peine 1%. Pourtant, Neff trouve des dizaines et des dizaines de titres qui présentent un rendement en dividende variant de 3% à 5%.

L'avantage d'un bon rendement en dividende tient au fait que si un titre ne va nul part, vous obtenez au moins un gain en dividende appréciable. Vous pouvez alors vous retirer de votre position, récupérer votre argent en totalité, et l'investir ailleurs.

John Neff a aussi une discipline rigoureuse pour vendre. Contrairement à Warren Buffett, il ne tombe pas en amour avec les compagnies qu'il achète. Quand un titre comble plus de 70% du prix cible qu'il s'est fixé, il n'hésite pas à vendre une bonne part de son placement.


André Gosselin, vice-président recherche Orientation Finance



 

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