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John Neff, le brillant second

Tout le monde (ou presque) connaît le meilleur golfeur au monde, le meilleur joueur d'échec au monde ou le meilleur investisseur au monde. Mais qui connaît le second meilleur dans chacune de ces disciplines?

La vie est vraiment injuste. Le meilleur au monde jouit d'une célébrité qui est cent fois plus grande que celle retombant sur celui qui se classe bon second. Pourtant, l'écart de performance entre le meilleur et le deuxième n'est parfois que de quelques poussières.

Dans le monde de l'investissement, bien sûr, on citera Warren Buffett comme étant le plus brillant de tous. Mais qui connaît le deuxième plus grand investisseur au monde? Plusieurs s'accordent à dire que John Neff est un des plus grands investisseurs encore vivants, sinon le meilleur. On dit qu'il est le gestionnaire de fonds de placement qui a connu le plus de succès sur une aussi longue période.

En effet, le rendement du fonds Windsor géré par Neff entre 1964 et 1995 a surpassé de 3% par année le rendement moyen de la Bourse américaine. En fait, le rendement net du fonds Windsor pour toute cette période fut de 3,15%, après avoir comptabilisé tous les frais de gestion.

Un tel écart, sur une aussi longue durée, c'est énorme. Disons que votre portefeuille a réalisé le rendement moyen du marché lors des 24 dernières années, et qu'il se solde à un million de dollars aujourd'hui. Avec un rendement de 3% supérieur à celui du marché, vous vous retrouvez après 24 ans avec un magot deux fois plus élevé, soit 2 millions de dollars.

Depuis plusieurs années déjà, John Neff réserve ses recommandations d'achat pour la nouvelle année aux lecteurs de l'hebdomadaire Barron's. En janvier de l'année dernière, il avait proposé les six titres suivants, qui ont produit des rendements assez impressionnants pour cinq d'entre eux :

Compagnie
Symbole
Lafarge
LAF
Cooper Tire & Rubber
CTB
Ultramar Diamond Sham
UDS
Delta Air Lines
DAL
M/I Schottenstein Homes
MHO
Georgia Gulf
GGC

Quand on fait les comptes, on observe que le rendement moyen des six titres de Neff a été de plus de 37%. Dans le contexte d'un marché boursier généralement à la baisse, il s'agit d'un résultat digne de mention.

Selon les calculs des professeurs Moshe Milevsky et Michael Posner, (auteurs de Money Logic paru chez Stoddart en 1999 et traduit en français chez Transcontinental), les probabilités que la performance en carrière d'un tel gestionnaire de fonds soit redevable à la chance sont de une sur 50 000. John Neff est incontestablement un investisseur de grand talent. Ce qui ne veut pas nécessairement dire qu'il réussit à battre le marché à chaque année.

Quelle est la recette de son succès? Elle n'est pas aussi simple qu'on voudrait l'espérer. John Neff est un investisseur de style valeur. Un chasseur d'aubaines invétéré qui a toujours accordé une grande importance au prix qu'il paie pour les bénéfices réalisés par une compagnie. Il n'achètera des titres de grandes entreprises en forte croissance que si leurs actions ont baissé dramatiquement depuis quelques années. La croissance des ventes et des profits devra être d'au moins 7% par année, et un bon dividende en hausse constante sera toujours un atout.

Des compagnies solides, avec un endettement raisonnable et dans une industrie en croissance sont particulièrement prisées. Toutefois, il n'a jamais hésité à investir plus de 50% de son portefeuille dans des compagnies cycliques, surtout quand les multiples cours/bénéfices atteignent des plus bas historiques. En moyenne, les titres cycliques ont représenté 30% du portefeuille du fonds Windsor à l'époque où il en était le principal gestionnaire. Il savait les acheter à bas prix, et les vendre aussitôt la reprise économique enclenchée.

Pour 2002, John Neff recommande les quatre titres suivants :

Compagnie
Symbole
Washington Mutual
WM
Valero Energy
VLO
Salton
SFP
Highwoods Properties
HIW

Il propose même, pour les plus audacieux, de vendre à découvert Applied Materials (AMAT), un titre de haute technologie qui se vend à un prix ridiculement trop élevé à ses yeux.

Pour ceux qui veulent en savoir davantage sur cette légende américaine de l'investissement, je vous recommande la lecture de John Neff on investing, paru aux éditions Wiley en 1999. Un livre qu'apprécieront ceux qui aiment les biographies sur les grandes légendes de la finance boursière.


André Gosselin, vice-président recherche Orientation Finance



 

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