« Enlevez-nous nos 20 meilleurs employés, dit un jour Bill Gates, et je peux vous garantir que Microsoft deviendra une compagnie sans importance ». Gates parlait-il des 20 membres de la haute direction, ou des 20 petits génies qui se cachent dans l’un ou l’autre des 85 pays où Microsoft a pignon sur rue ? J’ose espérer qu’il pensait aux « petits génies anonymes » qui se fondent dans la masse de ses 61 000 employés, donnant ainsi à chacun l’illusion de faire partie des 20 piliers qui font le succès du géant mondial du logiciel.
Tous les patrons de grandes compagnies publiques vous diront que leurs employés constituent leur actif le plus important. La phrase est répétée tellement souvent, que c’est un euphémisme de dire qu’elle fait partie de la langue de bois des affaires.
Pour les investisseurs que nous sommes, la question est de savoir si nous devons acheter les actions de celles qui offrent les meilleures conditions à leurs employés, ou s’il n’est pas plus sage de viser les entreprises qui offrent des conditions de travail raisonnables, sans plus, dans l’intérêt des actionnaires d’abord.
Chaque année depuis 1998, le magazine américain Fortune dresse son palmarès des 100 meilleurs employeurs des Etats-Unis (100 Best Companies to Work For in America) : des compagnies généralement de très grande taille, cotées en bourse, et qui rivalisent pour offrir un environnement de travail de très grande qualité qu’aucune PME n’a les moyens de se payer, quand bien même elle le voudrait.
L’investisseur a-t-il quelque chose à gagner avec ce genre de titres ? Peut-il espérer de bons rendements pour son portefeuille ? Une étude de Greg Filbeck et Dianna Preece a montré que dans l’ensemble, il n’a rien à perdre, mais rien à gagner non plus. Ce type de titres donne le même rendement que les indices de référence.
Les deux chercheurs se sont également intéressés au palmarès publié par le magazine Working Mothers, concernant les 100 meilleurs employeurs américains pour les mères de famille (100 Best Companies for Working Mothers) : des entreprises qui constituent des modèles à suivre quant à leurs programmes de conciliation travail/famille. Encore une fois, le résultat est le même : il s’agit sans conteste d’entreprises extraordinaires pour leurs employées, mais bien ordinaires pour leurs actionnaires.
Le Canada a aussi ses hit-parades des meilleurs employeurs. Le plus connu est celui du magazine Report on Business, concernant les 50 meilleurs employeurs au pays. Utile pour les travailleurs en quête d’emploi, je doute qu’il le soit aussi pour les investisseurs.
Vous pouvez investir, pour toutes sortes de raisons idéologiques, que dans les compagnies qui forment la crème des employeurs. Ne vous attendez pas, toutefois, à des rendements supérieurs au marché. Et, de grâce, ne levez pas le nez sur les sociétés qui ne brillent pas au hit-parade des meilleurs employeurs. Elles n’ont souvent pas le choix, écartelées qu’elles sont entre les exigences de leurs clients, de leurs actionnaires et de leurs employés.